Xbox et Sega : 20 ans d’amour, d’alliance et de collaboration

«Et si le Halo était un anneau de Sonic géant ?» le 17 novembre @ 18:462021-11-17T20:43:23+01:00" - 3 réaction(s)

« Aujourd’hui, [...] Microsoft Corp. et Sega Corp. ont annoncé une alliance stratégique à long terme pour apporter les futures versions des grands jeux de Sega au système de jeux vidéo Xbox de Microsoft de la prochaine génération. » Vous croyez lire le communiqué officiel de l’annonce du 1er novembre dernier concernant un partenariat de poids ? Il n’en est rien : il s’agit d’un extrait de celui de 2001 et de comment l’alliance de 2021 pourrait s’en inspirer. Explications.

Cet article a été rédigé dans le cadre des 20 ans de Xbox. Nous consacrons ainsi ce mois de novembre à l’anniversaire de la marque au travers d’une série d’articles et dossiers pour fêter les 20 ans de Xbox, surprises à la clé !

Sega, à jamais plus fort que toi !

Un logo mythique, un slogan qui a marqué une génération !

C’est en pleine Guerre de Corée que Sega voit le jour, au milieu des années 1950. Non comme fabricant de consoles, bien entendu, mais d’abord comme importateur de juke-box pour les soldats américains, stationnés sur des bases militaires de l’archipel.

Création donc américaine, Sega est ensuite rachetée et exploitée avant tout au Japon en 1960 où elle deviendra une entreprise dédiée aux machines à sous. Évoluant avec son temps, la société prend le tournant vidéoludique, avec l’essor de l’arcade dans les années 1970, avant de venir concurrencer de front Nintendo et sa Famicom (NES) sur le marché des consoles de salon : la SG-1000 voit le jour.

Loin d’être un succès commercial, cette première tentative dans le jeu vidéo domestique a toutefois donné naissance à l’une des plus féroces bataille entre deux constructeurs que l’histoire du jeu ait connu. Le point culminant étant l’affrontement entre la Super Nintendo et la Sega Méga Drive ; un duel sans merci imposant Sega et sa mascotte Sonic comme les éternels rivaux de la firme de Kyoto représentée par Mario, le plombier moustachu. Cet affrontement prit fin le 31 mars 2001, lorsque Sega se retira du marché du jeu vidéo suite à l’échec de sa dernière console, la Dreamcast.

Sega x Microsoft, la genèse d’une amitié

Une version dérivée de Windows CE équipait les Dreamcast

Lancée le 14 octobre 1999 en Europe, la Sega Dreamcast était alors la première console de sixième génération 128 bits ; un petit bijou technologique avec son modem intégré pour communiquer et jouer en ligne, ses cartes mémoires indépendantes avec écran, ses GD-Rom à la capacité unique, ses licences incontournables et... Son système d’exploitation sous Windows ! Si, par le passé, la Sega Saturn (mais aussi la Sony PlayStation !) avait bel et bien embarqué la solution graphique Softimage 3D de Microsoft pour la partie logicielle et le développement de jeux, cette fois la collaboration était matérielle.

Et oui, il suffit de regarder la façade de la dernière de Sega pour s’en rendre compte ou de lancer un jeu : le logo Windows CE est bel et bien présent. Cette collaboration devait faciliter le travail de développement et permettre le portage de jeux PC vers la console de salon et vice versa. À l’époque, Microsoft signait donc une entrée fracassante dans le jeu vidéo domestique en compagnie d’un acteur majeur de l’industrie :

Microsoft Corp. a annoncé aujourd’hui qu’elle collaborera avec Sega Enterprises Ltd. sur le nouveau système de jeu vidéo domestique Dreamcast de Sega, dont la sortie est prévue au Japon le 20 novembre 1998 et dans le reste du monde en 1999. À la suite de cette collaboration, Microsoft fournira une version optimisée du système d’exploitation Microsoft® Windows® CE avec des services DirectX® intégrés en tant que système d’exploitation à utiliser avec Dreamcast.

Avec l’inclusion de Windows CE, Dreamcast apportera pour la première fois les avantages d’un environnement de développement windows avancé au monde du développement de jeux sur console. En utilisant Windows CE, les développeurs seront en mesure de créer des titres multiplateformes plus efficacement en tirant parti des API Win32® et DirectX bien établies qui sont compatibles avec le code source avec le système d’exploitation Windows sur le PC. L’incorporation de DirectX permettra également au système Dreamcast de mettre à profit l’élan vers les jeux sur PC et le nombre toujours croissant de développeurs créant des jeux pour la plate-forme Windows.

Dans les faits, ce partenariat n’a pas eu l’effet escompté puisque la Dreamcast embarquait également un système d’exploitation dédié, le SegaOS. En concurrence permanente avec celui de Microsoft, les développeurs ont eu du mal à exploiter le potentiel de la console et seuls une cinquantaine de titres ont bénéficié de Windows CE avant que Sega ne tire sa révérence le 30 mars 2001. Sony et sa PlayStation 2 étaient bien plus forts.

Microsoft entre dans le « game » !

Sega ne s’est pas laissée abattre malgré son retrait. Ce dernier ne signait pas l’arrêt de mort de l’entreprise, simplement celle de son activité manufacturière. Désormais, la firme japonaise se concentrera sur le développement de jeux vidéo ; et sur ce point, elle n’en manque pas. Des licences cultes de Sega, vous en connaissez forcément une : Alex Kidd in Miracle World DX ou Streets of Rage 4 ont connu des retours gagnants sur nos consoles actuelles. Mais ce n’est pas tout, vous avez forcément combattu sur Total War, dirigé un club dans Football Manager 2022 ou été pris en excès de vitesse avec Sonic Colors : Ultimate !

Là où tout a commencé...

Ce patrimoine culturel, Sega n’a jamais voulu l’abandonner. Les licences réservées à la défunte Dreamcast avaient du potentiel, beaucoup de potentiel. Au point que certaines d’entre elles ont survécu... Sur Xbox. Véritable outsider du jeu vidéo domestique, Microsoft s’est lancée dans la bataille, en parallèle de sa collaboration matérielle avec Sega, et en développant un prototype dès 1998.

Sous l’impulsion de Bill Gates, la Xbox a été rendue publique lors de la Games Developpers Conference de l’an 2000 et devait taper fort dès l’E3 2001 pour s’imposer sur un marché dominé par Sony et Nintendo. Véritable monstre de puissance cachant un PC maquillé, la Xbox a impressionné dès le lancement : le rachat de Bungie Studios, à qui l’on doit la franchise Halo, fut un coup de maître qu’on ne présente plus. Mais un coup de maître isolé. Avant sa frénésie de rachats de studios, Microsoft développait peu de titres en interne et ne pouvait guère proposer davantage que de nouvelles licences sportives (Amped, RalliSport Challenge, NFL Fever 2002) ou éditer des studios indépendants pour obtenir l’exclusivité de licences plus renommées (Oddworld Munch’s Odyssey, Dead or Alive 3, Project Gotham Racing). À ce titre, il manquait donc une alliance forte, un développeur respecté pour ramener des titres mémorables (et, déjà, séduire le public japonais) à ce nouveau-venu : Sega a répondu présent.

La Xbox, une Dreamcast 2 ?

Dans un dernier baroud d’honneur, la veille d’annoncer la fin de production de la Dreamcast, Microsoft et Sega annoncent une collaboration inédite au Tokyo Game Show 2001 : une alliance passée quasi inaperçue à l’époque et portant sur l’adaptation, en exclusivité, de plusieurs titres des franchises Sega. Et plus que de simples portages, des suites officielles disponibles uniquement sur Xbox ! Le Youtubeur, Modern Vintage Gamer, consacre d’ailleurs une vidéo très intéressante sur le sujet :

Imagineriez-vous Nintendo cesser toute production de consoles et lancer Luigi’s Mansion ou The Legend of Zelda sur PlayStation ? C’est pourtant ce qui s’est passé ce 30 mars 2001 alors que Sega et Microsoft s’allient dans ce qu’il est déjà convenu d’appeler une « alliance stratégique ». Dans les faits, il s’agit de transposer au minimum 11 licences Sega sur la nouvelle Xbox. Parmi lesquelles, des suites de titres ayant fait la réputation de la Dreamcast, de Sega, mais également de nouvelles licences exclusives dont :

  • Jet Set Radio Future
  • Crazy Taxi 3
  • Sega GT 2002
  • Sega GT Online
  • Shenmue 2
  • Panzer Dragoon Orta
  • Toe Jam & Earl 3
  • Gun Valkyrie
  • House of the Dead III
  • Headhunter Redemption (également disponible sur PS2)
  • Iron Phoenix
  • Otogi : Myth of Demons
  • Otogi 2 : Immortal Warrioirs
  • Outrun 2

Un bi-pack encore recherché de nos jours

Cette liste, non exhaustive, montre le potentiel de la ludothèque Sega sur une console comme la Xbox. Citons par exemple le cas de Bizarre Creations, le développeur britannique à l’origine du fantastique Metropolis Street Racer sur Dreamcast et dont la suite, Project Gotham Racing, reste un des classiques de la ludothèque Xbox. On pense également à Fable, dont le développement aurait débuté sur Dreamcast. D’autres séries d’éditeurs tiers comme Dead or Alive ou Deadly Skies ont également bénéficié de ce transfert d’exclusivité, ainsi que certains studios phares de Sega (Smilebit, Hitmaker, AM² etc.), en poursuivant leurs aventures sur la toute puissante Xbox. Il faut dire que du côté de Sega comme de Xbox, on avait déjà conscience de ce qu’aurait pu apporter un tel accord pleinement exploité :

Avoir Sega à bord avec Xbox est une énorme victoire pour les joueurs du monde entier. Les artistes créatifs de Sega vont non seulement livrer d’excellents jeux Xbox, mais ils nous aideront à établir la référence pour de superbes expériences de jeu Xbox à la fois en ligne et hors ligne.

Robbie Bach, directeur Xbox chez Microsoft à l’époque, savait qu’il devait s’appuyer sur l’expertise d’un consolier de renom pour asseoir la nouvelle marque dans le monde fermé de l’industrie vidéoludique. La Xbox emprunte d’ailleurs de nombreux atouts à la Dreamcast : un système d’exploitation cousin, une façade à quatre ports, une manette étrangement similaire aux emplacements de cartes mémoire jumeaux, le développement de la partie multijoueur en ligne...

Des similitudes telles que l’histoire est désormais connue, la Xbox aurait pu sauver la Dreamcast ! Les négociations, portant sur le maintien des serveurs en ligne des jeux Sega, ayant été refusées par Microsoft qui aurait préféré mettre en avant son nouveau Xbox Live. Mais l’accord était tout proche et Sega a dû se contenter d’une collaboration, guidée malgré tout par une vision commune à laquelle se résigne Peter Moore, président et directeur de l’exploitation de Sega of America à l’époque :

Nous pensons que Microsoft aura beaucoup de succès avec Xbox, c’est pourquoi nous avons une relation si étroite et stratégique avec eux. Nos studios de développement de renommée mondiale ont été très impressionnés par le matériel Xbox, et ils sont ravis d’offrir de nouvelles expériences de jeu aux consommateurs en utilisant la puissance et les capacités réseau de la plate-forme. Nous partageons l’engagement de Microsoft envers les jeux en ligne à large bande et travaillerons avec lui pour fournir le meilleur contenu possible aux joueurs.

L’outsider sur de bons rails, Sega pouvait se consacrer pleinement au développement de jeux et aux bornes d’arcade, pour lesquelles elle reste l’une des locomotives de ce marché très segmenté. Pour l’anecdote, la collaboration alla même jusqu’à faire du système Chihiro une copie quasi conforme de l’architecture Xbox ! Le jeu Outrun 2 est d’ailleurs un bon exemple d’expérience quasi identique sur borne comme sur console.

La marque Xbox allait donc pouvoir achever ce que Sega n’avait pu qu’entamer avec la Dreamcast : développer une console puissante capable de fédérer les joueurs en ligne autour de licences fortes. C’est finalement ce que tente de mettre en place Sega avec le fog gaming, une technologie annoncée en juin 2020 visant à streamer une borne d’arcade depuis son domicile grâce au cloud. Vingt ans après, l’objectif reste donc le même pour les deux compagnies.

Et maintenant ?

Malgré une ludothèque fournie par l’un des plus grands acteurs de l’industrie, c’est avec le recul que l’on s’aperçoit que la Xbox possédait à l’époque un catalogue riche de titres qui ont marqué toute une génération et dont les suites sont quelque peu tombées dans l’oubli. Non parce que ces titres étaient mauvais, loin de là, mais plutôt parce qu’au début des années 2000, le monde avait les yeux rivés sur Sony et son imbattable PlayStation 2.

Aujourd’hui, Sega et Microsoft renouvellent leur alliance stratégique. À quoi pouvons-nous nous attendre ? Le développeur japonais souhaite profiter de la technologie Azure pour développer une nouvelle licence à gros budget, nom de code « Super Game », qui pourrait s’imposer mondialement grâce à la puissance des serveurs Microsoft. Sega a également des dizaines de licences en veille qu’un tel accord pourrait remettre sur le devant sur la scène, et pourquoi pas les faire revivre en exclusivité sur Xbox ?

Le Xbox Game Pass est aujourd’hui devenu un outil capable de toucher des millions de joueurs en même temps, dans le monde entier. Ne pourrait-on pas rêver d’un Jet Set Radio 3 ou d’un Crazy Taxi 4 ? Ne pourrait-on pas rêver de voir renaître les franchises qui ont fait la renommée de Sega ? Ne pourrions-nous pas simplement bénéficier d’un coffre de jeux rétro dans le Game Pass, en hommage à une entreprise qui a fêté ses 60 ans récemment ? Dans les faits, cela pourrait être le cas, et ce serait un bel hommage à Sega, de la part de Microsoft, que de rendre accessible aux plus jeunes des titres qui ont marqué l’histoire vidéoludique via ses plateformes. Après tout, n’était-ce pas le souhait de Sega que de pouvoir proposer sa ludothèque sur Xbox ?

Une époque, pas si lointaine, où quatre constructeurs cohabitaient

Sega a su probablement voir, en la naissante Xbox, une héritière spirituelle à qui elle a pu apporter toute son expertise et son savoir. Microsoft a pu trouver en Sega et sa Dreamcast l’expérience et une légitimité qui pouvait manquer pour percer dans l’industrie du jeu vidéo de salon. On pourrait facilement interpréter la situation grossièrement et déclarer que sans Sega, la Xbox aurait pu ne jamais voir le jour. On pourrait également considérer que sans l’appui de Microsoft, Sega aurait simplement pu faire faillite. La chute de l’une a contribué à l’ascension de l’autre, dans une certaine mesure.

Cette nouvelle alliance stratégique laisse, en tout état de cause, entrevoir des perspectives nombreuses et riches d’un avenir que l’on espère encore collaboratif. À l’aube de ses 20 ans et en pleine réussite en ce début de génération, Xbox a su faire prospérer une collaboration unique et durable qui pourrait l’amener à voir encore plus haut. Jusqu’à « donner vie à nos rêves » (Power Your Dreams, le slogan des Xbox Series X|S) ? En 1998, nous avions déjà un émetteur pour « diffuser » ces mêmes rêves (Dreamcast est la contraction des mots dream/rêve et brodcast/diffuseur) . Comme quoi, il y aurait bien toujours un peu de Sega dans nos Xbox...

Quelque part dans le métavers vidéoludique...
20 ans Xbox

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3 reactions

joffrey

17 nov 2021 @ 20:45

j ai toujours considéré la xbox comme la Dreamcast 2. A l’époque quand j’avais laché le monde du JV (entre 1998 et 2005) Je croyais que la Xbox etait une console Sega lol

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Halouf

18 nov 2021 @ 00:25

Achetez SEGA ! Vous auriez un nombre de licences à exploiter à proprement parlé énorme, encore faut-il ensuite avoir de bonnes équipes pour le développement, imaginez : Dragon Force, Shining Force, Jet Set Radio, Sonic, Alex Kidd, Panzer Dragoon, Alien Storm, Phantasy Star, The House Of The Dead, Yakuza, Skies Of Arcadia, Space Channel, Sakura Wars, Shinobi, Shenmue ...

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Le-fav

18 nov 2021 @ 11:16

Je suis convaincu de la nécessité du rachat de Sega par Microsoft. Je pense qu’il y aurait une meilleure exploitation des licences en mettant à profit tout le savoir-faire des studios acquis. ce qui manque à Microsoft, ce sont des licences fortes. Sega manque de savoir faire (mis à part le studio Yakuza) depuis plus ou moins l’arrêt de la Dreamcast. la fusion des deux serait le top. pendant longtemps j’ai cru que le mieux serait une fusion Nintendo Sega mais seul véritablement Sonic a sa place dans cet environnement. L’esprit Arcade serait bien mieux chez Xbox