« Aucun avantage à être détenu par Microsoft » : d’anciens développeurs d’id Software racontent leur licenciement brutal

Les licenciements massifs annoncés chez Xbox continuent de révéler leur brutalité. Une nouvelle enquête de Game Developer s’intéresse notamment au cas d’id Software, durement frappé alors que le studio venait tout juste de terminer un contenu majeur pour DOOM : The Dark Ages. Les témoignages recueillis décrivent une procédure expéditive et des pertes humaines susceptibles de fragiliser durablement le studio créateur de DOOM.
Une annonce expédiée en moins de 60 secondes chez id Software
Game Developer rapporte que 136 employés d’id Software rattachés au bureau du Texas ont perdu leur poste lors de la dernière restructuration de Xbox. Les personnes concernées auraient reçu une invitation Outlook environ 10 minutes avant une réunion animée par Marty Stratton, directeur du studio. L’appel aurait duré moins de 60 secondes, sans possibilité de poser des questions ni de contester la décision.

Les salariés licenciés auraient été invités à ne pas venir au bureau si tardivement que plusieurs d’entre eux avaient déjà commencé leur trajet. Certains n’auraient même pas pu rejoindre la réunion. Les microphones et le chat étaient désactivés, tandis que les caméras auraient également été coupées automatiquement dans certains appels organisés au sein des équipes de Bethesda.
L’accès aux courriels internes et à Slack aurait ensuite été supprimé dans les 48 heures. Les employés auraient donc dû se tourner vers des canaux non officiels pour comprendre la situation. La direction leur aurait également conseillé de contacter une adresse interne, alors que celle-ci nécessitait les mêmes identifiants professionnels qui venaient d’être révoqués.
La gestion de Microsoft est décrite avec des mots particulièrement durs. « Est-ce que Microsoft s’en soucie ? Absolument pas. Ils semblent même mettre un certain effort et un soin particulier à rendre la chose aussi douloureuse que possible », affirme une personne licenciée chez id Software. Une autre source explique que les équipes ont été laissées pendant plusieurs semaines à « spéculer, paniquer et s’inquiéter », malgré les premières informations de Bloomberg sur une nouvelle restructuration.
Les équipes de Revelations et d’id Tech lourdement frappées
DOOM : The Dark Ages venait d’accueillir son extension Revelations lorsque les licenciements ont été annoncés. Selon une personne interrogée par Game Developer, la majorité des employés ayant travaillé sur ce contenu aurait été licenciée. « Ils n’ont même pas attendu de voir si le produit était un succès avant de se débarrasser de l’équipe », dénonce-t-elle.
Les suppressions de postes auraient aussi touché une grande partie des spécialistes chargés d’id Tech, le moteur propriétaire utilisé pour DOOM, Wolfenstein et Indiana Jones et le Cercle Ancien. « Ils viennent de se débarrasser de toutes les personnes capables de réparer, maintenir ou modifier id Tech, donc cela va très probablement finir à la poubelle », affirme une source. Elle ajoute : « Je ne peux pas imaginer de voie vers l’avenir où ils feraient un autre jeu sous id Tech. »

Les pertes seraient particulièrement lourdes dans plusieurs départements. Cinq membres de l’équipe VFX, dont son responsable, auraient été licenciés. Le département consacré à l’art technique et au design ne compterait plus que son responsable après le départ des 4 autres membres. Environ 90 % de l’équipe chargée de l’intelligence artificielle et du gameplay aurait également été « rayée de la carte ».
Xbox conteste cependant l’idée selon laquelle l’équipe d’id Tech aurait été réduite à une seule personne au Texas. L’entreprise affirme que « des dizaines de personnes travaillent sur id Tech dans plusieurs sites ». Cette réponse ne précise toutefois ni le nombre de spécialistes présents avant les licenciements, ni l’expérience des employés restants. Même « l’employé numéro 13 » d’id Software, présent depuis l’époque de John Carmack et John Romero, aurait perdu son poste.
Le discours officiel remis en cause par les employés
Quelques jours après les licenciements, id Software avait affirmé disposer encore de « l’équipe nécessaire pour créer les jeux et les technologies » qui ont fait sa réputation. Le studio ajoutait que ses effectifs actuels restaient comparables à ceux mobilisés durant le développement de DOOM en 2016. Selon un ancien employé interrogé par Game Developer, cette déclaration « étire la réalité jusqu’au point de rupture ».
Bethesda avait présenté DOOM : The Dark Ages comme le plus gros lancement de l’histoire d’id Software après avoir dépassé les 3 millions de joueurs. Ce chiffre ne correspond cependant pas à 3 millions de ventes, puisque le titre était disponible dès sa sortie dans le Xbox Game Pass.
Les salariés eux-mêmes n’auraient pas su quels critères Microsoft utilisait pour évaluer le jeu. Ils ignoraient si la priorité portait sur les ventes, le nombre de joueurs, les abonnements au Xbox Game Pass ou le temps passé sur le titre. « On a l’impression d’avoir sorti un bon produit et que cela n’a aucun effet sur votre longévité dans l’industrie », résume une source. Une autre estime que « le bon travail ne sauvera pas votre emploi dans cette entreprise ».
La situation touche également ZeniMax Online Studios, où 213 postes ont été supprimés dans le Maryland, ainsi que ZeniMax Media, où 116 licenciements supplémentaires ont été recensés. Une source compare les conséquences de ces coupes au retrait de la moitié des fils d’une grande pièce de tissu : « Tout va s’effondrer car nous dépendons si étroitement les uns des autres. » Chez id Software, le constat est tout aussi brutal : « Il n’y a aucun avantage à être détenu par Microsoft. En fait, ils ont détruit des quantités immenses de valeur dont je ne pense même pas qu’ils soient conscients. »
Le fossé paraît aujourd’hui immense entre le discours rassurant d’id Software et les témoignages d’anciens employés. Alors que Microsoft assure que le studio dispose toujours des équipes nécessaires pour poursuivre ses projets, dont le prochain serait un nouveau DOOM, cette nouvelle enquête laisse planer de sérieux doutes sur sa capacité à préserver le savoir-faire qui a fait d’id Software l’un des studios les plus respectés de l’industrie.