Les dessous chaotiques du développement de Highguard : la fin semble proche

Annoncé comme un nouveau shooter multijoueur ambitieux, Highguard devait marquer l’entrée remarquée de Wildlight Entertainment sur la scène vidéoludique. Porté par des vétérans à l’origine de grands succès comme Titanfall et Apex Legends, le projet semblait avoir toutes les cartes en main. Pourtant, quelques semaines après son lancement, le jeu a connu une chute brutale, entraînant presque la disparition du studio.
Une naissance portée par de grandes ambitions
Jason Schreier a révélé dans les colonnes de Bloomberg les coulisses du développement d’Highguard. Wildlight Entertainment voit le jour en 2021, lorsque plusieurs développeurs quittent Respawn avec l’envie de retrouver une plus grande liberté créative. À leur tête, Dusty Welch souhaite s’éloigner du cadre imposé par un grand éditeur et bâtir un studio indépendant, fondé sur la confiance et la collaboration.

En toile de fond, le succès colossal d’Apex Legends reste dans tous les esprits. Bien que le jeu ait généré plus de 3 milliards de dollars, certains créatifs estiment ne pas avoir profité équitablement de cette réussite. Wildlight promet alors un modèle différent, incluant un partage des bénéfices afin de motiver et fidéliser les talents.
Grâce à un financement conséquent, assuré en coulisses par Tencent, le studio recrute rapidement et lance le développement de son premier jeu. L’objectif est clair : créer un shooter multijoueur ambitieux, sans se fondre dans le moule déjà saturé du battle royale.
Un développement compliqué et une vision réorientée
À l’origine, le projet s’inspire fortement de Rust, misant sur la survie, la construction et les raids de bases ennemies. Après environ deux ans de production, les fondations mêmes du projet commencent à inquiéter en interne. Selon plusieurs sources proches du dossier, l’extrême liberté laissée aux joueurs entre en contradiction directe avec l’objectif initial de proposer une expérience compétitive lisible et équilibrée. À cela s’ajoute une ambition démesurée, avec un périmètre de jeu jugé trop vaste pour une première production, rendant le projet difficile à maîtriser sur le plan technique comme créatif.

Malgré ces constats alarmants, tout n’est pas abandonné. L’équipe identifie rapidement certains éléments jugés solides, à commencer par les phases de raid et d’assaut de bases ennemies, perçues comme le cœur le plus prometteur de l’expérience. En janvier 2024, Wildlight opère alors un virage décisif. Le jeu de survie initial est profondément remanié pour donner naissance à Highguard, désormais pensé comme un “raid shooter” plus nerveux, recentré sur l’action, la confrontation directe et des parties plus courtes.
Ce changement de cap entraîne près de deux années supplémentaires d’expérimentations. Les développeurs testent de nombreuses configurations, allant jusqu’à imaginer quatre équipes de trois joueurs s’affrontant simultanément, avant de se résoudre à une formule plus classique en 3 contre 3. Highguard est alors conçu comme un jeu service, destiné à sortir début 2026 et à évoluer sur la durée en fonction des retours des joueurs, tandis qu’en interne, certains espèrent déjà pouvoir, à terme, exploiter cet univers pour raconter une histoire solo, preuve que les ambitions dépassaient largement ce premier lancement.
Une communication sous contrôle et des signaux manqués
Dans les mois précédant la sortie, Highguard est intensivement testé en interne et avec des joueurs externes triés sur le volet. Les retours sont globalement positifs, mais les conditions ne reflètent pas toujours la réalité du grand public, notamment sur l’importance cruciale du chat vocal.
Contrairement à d’autres jeux multijoueurs récents, Wildlight refuse d’ouvrir des phases de test publiques. La direction souhaite reproduire la stratégie d’Apex Legends, gardé secret jusqu’à son lancement. Cette décision empêche toutefois la création d’une communauté en amont et limite les retours critiques.

Présenté en grande pompe lors des Game Awards, Highguard suscite immédiatement des réactions négatives en ligne. Le studio reste silencieux durant les semaines suivantes, laissant les spéculations et la défiance s’installer, tandis que les employés sont encouragés à éviter les réseaux sociaux.
Un lancement fulgurant suivi d’un effondrement rapide
À sa sortie le 26 janvier, Highguard attire massivement les joueurs, atteignant près de 100 000 connexions simultanées sur Steam, avec des chiffres similaires sur consoles. Mais l’enthousiasme retombe très vite, les critiques pointant des cartes trop grandes et des mécaniques jugées laborieuses.
Le modèle free-to-play aggrave la situation, car la rentabilité dépend entièrement de la rétention. En une semaine, environ 90 % des joueurs désertent. Un mode 5 contre 5 lancé en urgence est bien accueilli, mais il ne suffit pas à inverser la tendance.
Le 11 février, à peine deux semaines après le lancement, Wildlight annonce lors d’une réunion interne que le financement est épuisé. La majorité des 100 employés est licenciée, Tencent ayant retiré son soutien, vraisemblablement en raison d’objectifs de rétention non atteints. Aujourd’hui, moins de 20 personnes tentent encore de sauver Highguard, dont la fréquentation est tombée sous les 600 joueurs simultanés sur Steam.
Il paraît difficile d’imaginer que Wildlight soit en mesure de remonter la pente. Une fermeture, plus ou moins lointaine, semble inévitable, tandis que l’avenir du studio reste clairement incertain. Nous souhaitons évidemment beaucoup de courage à toutes les personnes impactées.