Test – Directive 8020 – Un huis clos spatial immersif… mais qui manque d’altitude

Si, quand on évoque Supermassive Games, votre esprit décolle immédiatement vers l’onde de choc d’Until Dawn ou vers l’escale plus récente de The Casting of Frank Stone en 2024 (dont notre test complet est toujours disponible), alors attachez vos ceintures. Le studio remet les gaz et amorce le lancement de la nouvelle saison de la série des Dark Pictures Anthology avec Directive 8020. Ce nouvel épisode nous propulse dans les étoiles, mêlant science-fiction et épouvante dans une mission de la dernière chance pour sauver l’espèce humaine (un pitch de départ qui n’est pas sans rappeler celui d’Aphelion, décidément l’avenir que propose l’industrie vidéoludique n’a rien de très joyeux…). Lors de ce voyage, chaque décision peut faire vaciller l’équilibre et la moindre erreur risque de nous envoyer en orbite…. sans retour. Après une saison aux épisodes parfois inégaux (nos préférés étant Little Hope et The Devil in Me), nos attentes étaient clairement stratosphériques. Reste à voir si Directive 8020 parvient à maintenir le cap… ou s’il finit par retomber tel un satellite en fin de vie.
Une épopée spatiale sous haute tension
Le titre nous glisse dans la peau des membres de l’équipage du vaisseau Cassiopeia, chargés d’une mission cruciale pour l’avenir de l’humanité. Nous sommes en 2065, la Terre agonise et Tau Ceti f, située à 12 années lumières de notre planète (une broutille n’est-ce pas ?) pourrait être la dernière lueur d’espoir pour y établir le nouveau foyer de l’humanité.

Mais, suite à un problème technique, les choses dérapent. L’équipage est rapidement confronté à des phénomènes étranges et inexplicables, soulevant bien des interrogations. Pire encore, leur mission, déjà périlleuse, se complique lorsqu’une présence extraterrestre, dont ils ignorent tout, semble s’immiscer dans chaque recoin de Cassiopeia, transformant leur périple en un véritable cauchemar. Dès lors, une question demeure : l’équipage parviendra-t-il à survivre et à mener à bien sa mission ?
Une ambiance angoissante, entre Alien et The Thing
D’emblée, Directive 8020 instaure une atmosphère lourde et angoissante, on sent que quelque chose se trame. On savoure un suspense efficace et distillé au compte-gouttes, avec des références évidentes aux films Alien et The Thing, par exemple, mais le jeu parvient tout de même à imposer sa propre identité. Au-delà de l’horreur visuelle ou de la menace extraterrestre, le jeu mise surtout sur une tension psychologique constante, jouant sur la paranoïa, le doute et la peur de l’inconnu. C’est précisément cette incertitude permanente qui nous maintient sous pression, nous incitant à fouiller chaque salle et chaque terminal de la navette, afin de tenter de comprendre ce qui s’y passe.

Visuellement, le jeu est joli et l’ensemble fonctionne très bien sous le moteur Unreal Engine 5. On profite de séquences spatiales offrant une véritable sensation de vertige grâce à des panoramas stellaires au rendu presque photographique, ce qui renforce l’immersion. L’intérieur du vaisseau bénéficie aussi de jeux de lumière, d’espaces confinés, tels des conduits sombres à traverser accroupis, et de modules d’habitation qui regorgent de détails. Tout nous invite à chercher des indices et cette curiosité devient vite un réflexe de survie. Les animations faciales sont ici plutôt réussies et soulignent les émotions et la vulnérabilité des personnages. On note encore toutefois quelques rigidités dans certaines animations corporelles, notamment lors des déplacements.

À cela s’ajoute un sound design subtil mais suffisamment efficace pour renforcer la tension. Les couloirs sombres et étroits résonnent d’un écho métallique à chacun de nos pas, un bruit suspect surgi de nul part nous fait hésiter à avancer… Le port du casque est recommandé pour profiter de cette ambiance anxiogène. Les musiques, aux tonalités synthétiques, sont assez discrètes et contribuent à l’ambiance, sans en faire de trop. De plus, le doublage français s’en sort honorablement, et l’on note au passage la prestation convaincante de l’actrice Lashana Lynch, qui prête sa voix et son visage au personnage de Brianna Young, la pilote.

Le succès d’une formule éprouvée…
Le studio propose deux façons d’aborder l’aventure : un mode Exploration, plus permissif, qui permet de rejouer une scène pour tenter de sauver un personnage que l’on a perdu, et un mode Survie, plus exigeant, où chaque mort est définitive, ce dernier constituant la véritable expérience du titre. À cela s’ajoutent des options d’accessibilité dans les menus pour s’adapter à tous les profils de joueurs. On retrouve également la coopération locale (de 2 à 5 joueurs), ce qui est idéal pour une soirée canapé entre amis.

Directive 8020 se joue à la troisième personne et l’on incarne, à tour de rôle, les différents protagonistes, chacun apportant son point de vue, ses compétences… tout comme ses failles. Sans surprise, Directive 8020 s’inscrit dans la continuité des productions de Supermassive Games centrées sur l’exploration, les choix narratifs déterminants et les QTE. Cependant, il introduit aussi une nouveauté notable avec de nombreuses séquences d’infiltration, qui injectent un peu d’action dans la formule, mais nous y reviendrons plus tard.

Chaque personnage peut examiner des objets (pour parfois y découvrir des secrets), consulter des journaux de bord et interagir avec une messagerie interne pour échanger avec ses équipiers. Cette dernière, bien qu’optionnelle, mérite vraiment d’être utilisée, car elle enrichit les relations entre les personnages et dévoile aussi des informations importantes. De plus, l’usage d’un bracelet électronique permet au joueur de scanner son environnement en visualisant la position ennemie et de déverrouiller des portes ou d’activer des terminaux, l’aspect exploration étant ainsi renforcé.
Comme toujours chez Supermassive Games, les choix narratifs sont au cœur de l’expérience. Ils ne se limitent pas à déterminer qui survit, ils façonnent également la personnalité des protagonistes et modifient leurs relations (peut-on faire confiance à l’autre ou risque-t-on de se faire manipuler ?). Ces choix influencent donc directement le déroulement de l’histoire. Chaque décision à prendre implique de véritables dilemmes moraux, souvent cruels. On se surprend à douter de nos propres décisions, forcés que nous sommes de choisir entre le devoir ou l’instinct, la logique ou l’empathie, le sacrifice individuel ou la survie collective, ce qui n’est jamais simple. L’ensemble de ces choix structurent l’histoire en embranchements multiples, déterminant le destin de nos héros avec pas moins d’une quarantaine de façons de mourir (souvent de façon brutale), ce qui offre une bonne rejouabilité afin de tester toutes les variantes.

…mais au gameplay appauvri qui ne décolle pas
Malgré ses qualités, c’est au niveau de son gameplay que le jeu nous a le plus déçus. On sent la volonté de renouveler la formule avec l’ajout de l’infiltration, mais les mécaniques restent trop simples et répétitives pour nous happer durablement. On se contente de scanner, de dénicher des batteries pour rétablir le courant, de se cacher ou de contourner l’ennemi… et de recommencer. Le manque de variété se fait vite ressentir et la tension finit par s’émousser.

D’autant plus que les séquences d’infiltrations, trop nombreuses à notre goût, sont toujours construites sur un schéma identique, avec une intelligence artificielle bien trop prévisible. Elles en deviennent lassantes, puis franchement frustrantes en fin de jeu. Quant aux QTE, pourtant emblématiques du studio et dont nous sommes friands, ils se font étonnamment plus rares et apparaissent tardivement lors de séquences de fuites ou de combats, ce qui réduit leur impact. On regrette aussi l’absence des moments où l’on retient son souffle afin de stabiliser la fréquence cardiaque, ce qui nous procurait pourtant une vraie dose de stress dans les précédents volets.
De même, la narration souffre parfois de quelques lenteurs et, malgré un casting varié et crédible, tous les personnages ne bénéficient pas du même soin d’écriture. Certains, comme Brianna Young ou le commandant Stafford, volent la vedette grâce à des arcs narratifs plus aboutis et des dilemmes personnels intéressants. À l’inverse, d’autres membres sont un peu en retrait, avec des motivations moins claires ou des dialogues convenus, ce qui crée un déséquilibre et modifie notre implication émotionnelle. On se surprend alors à se soucier davantage du sort de certains que d’autres, ce qui est dommage pour un jeu où chaque vie compte. Soulignons aussi que le titre est fluide et que nous n’avons rencontré aucun bug lors de nos sessions.

Comptez environ huit à dix heures pour boucler les huit épisodes, mais davantage si vous partez en quête de tous les secrets et collectibles disséminés dans le jeu, et évidemment bien plus encore si vous souhaitez explorer les multiples embranchements et fins disponibles.
Directive 8020 est disponible depuis le 12 mai sur Xbox Series X|S, PlayStation 5 et PC.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur
Le Bilan
On a aimé
- L’ambiance horrifique
- La direction artistique
- Les divers embranchements rejouables
- Le doublage français de qualité
- La coopération locale
On a moins aimé
- Le gameplay limité, aux mécaniques répétitives
- Le peu de QTE
- La redondance des séquences d’infiltration
- Certains personnages fades
- L’absence des séquences de maîtrise cardiaque
Conclusion du test de Directive 8020
Directive 8020 nous plonge dans une ambiance horrifique maîtrisée, portée par une direction artistique solide et des choix narratifs efficaces. Pourtant, malgré ces qualités, il manque clairement de carburant pour atteindre l’orbite des meilleures productions de Supermassive Games. Son gameplay limité, ses mécaniques d’infiltration répétitives (avec une IA prévisible) et sa narration inégale coupent net la montée d’adrénaline. D’autant que les QTE sont peu présents et que les séquences de maîtrise cardiaques, pourtant emblématiques du studio, brillent par leur absence. Le titre reste sympathique pour une virée SF et pour les fans de la série, mais est loin d’être inoubliable. Mieux vaut donc attendre une promotion avant d’embarquer à bord du Cassiopeia.