Polémique Subnautica 2 : la justice réintègre le PDG et prolonge l’éligibilité au bonus de 250 millions de dollars

Le bras de fer entre Unknown Worlds et Krafton prend une tournure décisive après une décision de justice particulièrement détaillée. Au cœur de l’affaire, le licenciement des dirigeants du studio à l’origine de Subnautica et le contrôle du lancement de Subnautica 2 en Early Access. Le jugement, rendu aux États-Unis, revient en profondeur sur les motivations de l’éditeur et met en lumière des pratiques internes controversées.
Une décision de justice qui rétablit la direction du studio
Comme rapporté par Kotaku, le tribunal du Delaware a statué en faveur de Fortis, représentant les fondateurs d’Unknown Worlds, en ordonnant la réintégration immédiate de Ted Gill en tant que PDG. Dans sa décision, la vice-chancelière Lori W. Will souligne que « Krafton a violé l’EPA en licenciant les employés clés sans motif valable », mettant ainsi en cause la légitimité des décisions prises par l’éditeur.

Le jugement va plus loin en estimant que Krafton s’est également approprié, de manière injustifiée, le contrôle opérationnel du studio. Il précise que la résolution du conseil d’administration du 1er juillet 2025 est « déclarée sans effet », dans la mesure où elle portait atteinte aux droits de gestion de Gill, rétablissant de facto son autorité.
Dans ce contexte, Krafton se voit contraint de restaurer l’accès du dirigeant à la plateforme Steam, un élément crucial pour la suite du projet. Le tribunal ordonne également à l’éditeur de ne pas entraver « l’autorité sur le lancement en Early Access de Subnautica 2 », redonnant ainsi au PDG la main sur une étape stratégique.
Enfin, la décision renforce la position des fondateurs sur le plan financier. La période durant laquelle ils peuvent prétendre à un complément de prix est prolongée jusqu’au 15 septembre 2026. Cette échéance pourra encore être étendue selon les performances du studio.
Des accusations démontées et des enjeux financiers colossaux
Pour justifier le licenciement des dirigeants, Krafton avançait d’abord des retards dans la préparation de Subnautica 2. L’éditeur a ensuite évoqué des accusations plus graves, liées à des projets parallèles et à une supposée manipulation de données internes. Ces arguments ont été examinés en détail par le tribunal.

La justice rejette l’ensemble de ces accusations, sans détour. Le jugement indique que « les justifications nouvellement fabriquées par Krafton pour les licenciements sont fallacieuses ». Il souligne que les rôles limités de certains cofondateurs étaient connus et acceptés de longue date par l’éditeur lui-même.
Concernant les données récupérées par certains membres de l’équipe, le tribunal précise qu’ils agissaient dans un contexte de tension croissante avec l’éditeur. Selon la décision, ces actions visaient à « protéger le travail du studio face à la tentative de prise de contrôle par Krafton ». Les données ont ensuite été conservées de manière confidentielle, puis rapidement restituées.
Au-delà du conflit humain, l’affaire repose sur des enjeux financiers majeurs. Lors du rachat du studio en 2021 pour 500 millions de dollars, un complément de prix pouvant atteindre 250 millions avait été prévu, avec un mécanisme particulièrement incitatif. La décision rappelle que Krafton doit verser 3,12 dollars pour chaque dollar généré au-delà de 69,8 millions de revenus, jusqu’à atteindre ce plafond.
ChatGPT, stratégie interne et un conflit encore loin d’être terminé
Le jugement met en lumière un élément particulièrement inattendu dans cette affaire. Face à des projections financières jugées trop élevées, Krafton aurait lancé un plan interne baptisé Project X afin de justifier le licenciement des dirigeants. Celui-ci incluait notamment « plusieurs consultations de ChatGPT pour élaborer la communication sur le changement de direction auprès des joueurs », un détail qui illustre l’ampleur de la stratégie mise en place.
Ces décisions seraient intervenues après la découverte de prévisions internes très optimistes concernant Subnautica 2. Le tribunal évoque notamment un scénario dans lequel le jeu pourrait dépasser « 1,67 million d’exemplaires vendus d’ici le quatrième trimestre 2025 », générant ainsi des revenus suffisants pour déclencher le complément de prix.
Dans ses conclusions, la justice indique que ces perspectives ont suscité des inquiétudes au plus haut niveau de Krafton. Le PDG Changhan Kim aurait considéré que l’acquisition du studio avait été surévaluée. Il aurait également craint que le versement du bonus nuise à son image, ce qui l’aurait poussé à chercher des solutions pour y échapper.
Lori W. Will / Vice-chancelière.
Malgré cette première victoire judiciaire pour les fondateurs, l’affaire reste en cours. Dans une déclaration transmise à Kotaku, Krafton affirme que « les joueurs restent au cœur de chaque décision ». L’éditeur précise toutefois ne pas être d’accord avec le jugement et envisage les suites possibles. La question des dommages financiers et du complément de prix reste à trancher dans une seconde phase du procès.
On imagine logiquement à ce stade que Unknown Worlds vise un lancement de l’accès anticipé de Subnautica 2 avant septembre 2026, afin que les employés puissent toucher la prime au cœur du conflit. Rappelons que son lancement en accès anticipé est prévu sur Xbox Series X|S et PC via Steam, Epic Games Store et l’application Xbox. Il sera également disponible dès sa sortie dans le Xbox Game Pass Ultimate et le PC Game Pass.