Test - Song of Iron - L’Enfer forgé

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Les vacances se terminent après un été particulièrement chaud sur Xbox avec entre autres les sorties de Death’s Door, Flight Simulator, The Ascent, 12 Minutes et Psychonauts 2. Alors que beaucoup d’entre nous préparent leur rentrée, SONG OF IRON, jeu indépendant exclusif Xbox et PC, débarque aujourd’hui. Ce jeu d’action en 2D, ancré dans la mythologie nordique, s’était notamment fait remarquer lors du showcase ID@Xbox en mars dernier. Le titre développé par le studio Resting Relic, avec pour unique développeur un ancien employé de 343 Industries du nom de Joe Winter, promettait notamment des combats brutaux magnifiés par l’Unreal Engine. Après le temps des promesses vient celui du verdict : derniers rayons de soleil ou chute des températures ?

La mort n’est que le commencement...

Timbre frost

Alors que notre village est en proie aux flammes, nous nous recueillons auprès de notre amour dont les cendres s’envolent vers les cieux. Mais le temps des adieux laisse rapidement place à celui de la vengeance. C’est un détail mais Song of Iron nous propose de choisir un personnage masculin ou féminin. Choix qui n’aura aucune importance sur le cours du jeu mais qui mérite d’être salué.

Armé d’une hache, d’un bouclier et d’un arc, nous allons parcourir forêts, cavernes et montagnes afin de faire payer le prix fort aux responsables de ce massacre. Bien entendu, notre périple est l’occasion de faire face à des créatures issues du folklore scandinave telles que les trolls des cavernes et autres dragons.

Alors que The Elder Scrolls V : Skyrim s’apprête à souffler ses 10 bougies en novembre, un nombre conséquent de studios s’étaient par la suite engouffrés dans la brèche de la mythologie nordique. Récemment, on pense notamment à Hellblade : Senua’s Sacrifice (2017), God of War (2018), Assassin’s Creed Valhalla (2020) ou encore Valheim (2021). À leur manière, ces titres ont tous su nous proposer une vision propre de cette mythologie aussi bien tragique que fantastique. Force est de constater que Song of Iron passe complètement à côté de son sujet sur ce premier point.

Les environnements sont pour le moins classiques.

En effet, tout au long des trois petites heures que dure l’aventure, le récit reste beaucoup trop discret, voire presque inexistant. La narration environnementale est également aux abonnés absents puisque quasiment rien ne transparaît à travers les différentes zones que nous traversons, tant ces dernières manquent de vie et de détails.

À cela s’ajoute un terrible manque d’originalité dans le développement de l’histoire. En dehors de quelques clins d’œil appuyés (on pense notamment aux œuvres de J.R.R Tolkien), l’univers de Song of Iron est d’une paresse assez frappante. La dernière demi-heure de jeu, qui flirte dangereusement avec le mauvais goût, vient mettre un dernier clou au cercueil d’une narration mort-née. Premier coup de froid.

Frost Stormware

Le jeu de Joe Winter se présente comme une alternance de phases de combat tour à tour entrecoupées par des séquences de plateforme et de quelques énigmes à résoudre.

Les premières minutes nous permettent d’intégrer les différentes actions possibles lors de duels avec nos ennemis. Et autant dire que ce tutoriel s’avère nécessaire. Non pas que le nombre de possibilités soit important mais parce que la configuration des touches manque cruellement de logique. Exemple parmi tant d’autres, le stick droit permet de se baisser mais également d’effectuer une roulade. De quoi nous agacer lors des premiers combats.

Afin de se protéger, notre héros peut également effectuer une esquive en arrière ou lever son bouclier s’il est équipé d’une arme à une main. Ce bouclier a pour particularité de se briser sous les coups ennemis, ce qui n’est pas sans rappeler un certain The Legend of Zelda : Breath of the Wild (2017).

L’escalade est récurrente, à défaut d’être intéressante.

Dès lors, une partie de l’équipement peut être ramassée à même le sol, principalement sur les corps encore chauds de nos ennemis fraîchement défaits. Si cette feature pourrait amener un plus au titre, elle se révèle assez décevante dans les faits tant le panel d’armes est réduit à peau de chagrin (haches, épées et boucliers). De plus, la récupération des objets au sol, ou sur les ennemis encore en vie dans le cas des flèches, peut rapidement s’avérer confuse lorsque ceux-ci s’amoncellent dans un espace réduit.

Pas de surprise non plus concernant le gameplay offensif. Il est ainsi possible de porter un coup simple ou chargé avec une arme à une ou deux mains (qui nous est proposée bien trop tardivement) et de tirer des flèches. La gestion de la visée à l’arc se révèle d’ailleurs assez fastidieuse lorsque les ennemis sont situés en hauteur ou en contrebas. Toujours concernant les attaques à distance, la possibilité de lancer sa hache permet bien de tenir en respect les ennemis. Mais cela n’apporte rien, si ce n’est l’obligation de se dépêcher de récupérer une arme au sol, sous peine de rapidement rejoindre notre moitié.

God of War ?

Au cours du jeu, nous récupérons des pouvoirs qui, s’ils permettent de résoudre des énigmes à de rares occasions, restent assez anecdotiques tant leur impact sur le gameplay demeure presque inexistant. En fin de partie, le titre propose par exemple de rappeler notre hache une fois lancée, ce qui, au-delà du fait d’appuyer un clin d’œil à Kratos déjà gros comme un cyclope, n’apporte rien ou si peu.

Au milieu de ses multiples propositions de gameplay empruntées ici et là, on comprend rapidement que Song of Iron manque cruellement de cohérence et d’identité propre. En témoigne un autre emprunt : le jeu intègre une jauge d’endurance dont on questionne encore l’intérêt une fois le titre terminé, si ce n’est celui d’attendre au pied d’une falaise avant de tenter l’ascension à nouveau d’une traite...

À cela s’ajoutent des phases d’infiltration totalement loupées et des énigmes d’une simplicité aberrante, à savoir grimper ou pousser une caisse. Seuls quelques pièges mortels de type die and retry, qui semblent inspirés de Limbo (2010), nous font mordre la poussière.

Les pièges demeurent bien souvent trop simples à éviter.

Découle de tous ces défauts un problème beaucoup plus agaçant : le jeu n’est jamais en mesure de proposer le moindre challenge (ni aucun choix de mode de difficulté). On sort vainqueur de combats brouillons et répétitifs à l’aide d’une roulade et quelques coups de hache bien placés, répétés ad nauseam. Il est assez décevant de se retrouver face à des duels si fades lorsque le jeu s’inspire ouvertement d’un gameplay tiré, entre autres, des œuvres de FromSoftware.

Dans le même genre et avec tout aussi peu de moyens, Unto The End avait su créer la surprise en fin d’année dernière. Ajoutons à tout cela que la vie se régénère automatiquement entre chaque affrontement et que les ennemis sont bien trop faibles, lents et passifs. Une avalanche de faiblesses qui ne permettent pas au jeu de sortir la tête de la neige, étouffé par trop d’emprunts et aucune idée propre. Les quelques combats de boss ne sauvent rien puisque faits du même bois : inintéressants et bien trop simples.

“Fus ro dah !”.

Ces mêmes duels manquent énormément d’impact par rapport à ce que laissaient entrevoir les différents trailers. De plus, et sans chercher à verser bêtement dans le gore, pourquoi ne pas proposer des démembrements ou au moins quelques projections de sang ? Dernier constat assez terrible, il est souvent possible de fuir les combats car ils ne sont d’aucune utilité et n’offrent ni loot, ni XP, et ce face à un panel d’ennemis qui ne se renouvelle jamais.

L’absence quasi totale de secrets ou chemins annexes vient annihiler une rejouabilité qui n’aura jamais eu la moindre chance d’exister, au sein d’un jeu sans difficulté, si ce n’est celle de mémoriser ses commandes.

Let the sunshine in

Techniquement, Song of Iron demeure assez plaisant. Mais le titre manque encore et toujours d’identité, de détails et de vie. En résulte, une direction artistique on ne peut plus lisse. Souvent sombre, on en vient parfois à interroger l’apport de l’Unreal Engine, et ce malgré quelques effets de lumière du plus bel effet. Il est à souligner que nous avons rencontré plusieurs bugs, dont certains nous ont poussés à relancer le jeu, et ce malgré la très courte durée de vie du titre.

Les plans contrastés comptent parmi les plus réussis.

La traduction du jeu quant à elle, uniquement constituée de textes, comporte de nombreuses fautes et incohérences qui laissent à penser que Joe Winter pourrait avoir utilisé un des outils de notre moteur de recherche préféré. Ainsi, notre moitié nous tutoie avant de nous vouvoyer au début du jeu, ce qui n’aide pas à l’implication émotionnelle et s’ajoute au manque flagrant de narration souligné précédemment. Il est cependant envisageable qu’un patch vienne corriger tout cela le jour de la sortie.

Seules des musiques de qualité, parfois épiques et constituées en partie de chœurs, parviennent tant bien que mal à sauver ce qui pourrait encore l’être. Autant dire pas grand-chose malheureusement.

Test réalisé sur Xbox Series X (non optimisé)

Bilan

On a aimé :
  • Le travail effectué par un seul développeur est à saluer
  • Le jeu propose quelques jolis panoramas et effets de lumière
  • Les compositions musicales sont de bonne facture
On n’a pas aimé :
  • Le titre ne propose rien de nouveau, dans le fond comme dans la forme
  • La narration et le challenge sont inexistants
  • La traduction des maigres dialogues est extrêmement hasardeuse
  • Le prix est bien trop élevé pour trois heures de jeu sans aucune rejouabilité (20€)
Winter is coming

Un petit jeu accouche parfois d’une grande déception. Certes, nous avons peut-être trop misé sur cette première production de Joe Winter. Pour autant, nous sommes en droit de nous demander si ce dernier n’a pas tout simplement été trop ambitieux ? Que le tout soit court ou mal traduit importe peu. Il paraît cependant moins excusable de se trouver face à un titre qui, en empilant les références, n’arrive jamais à s’avérer satisfaisant dans l’un des genres dont il s’inspire. Autrement dit, le développeur de Resting Relic ne semble jamais bénéficier des moyens de ses ambitions. En résulte une proposition qui balbutie ses phases d’action, dissémine des séquences de plateforme désuètes et dont les décors bien trop pauvres nous laissent de marbre. On espérait voir Song of Iron accéder au Valhalla. Malheureusement, il entame une chute irrémédiable dans les tréfonds de l’oubli.

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Song of Iron

Genre : Action

Éditeur : Resting Relic

Développeur : Resting Relic

Date de sortie : 31/08/2021

Prévu sur :

Xbox Series X, Xbox One, Steam