Test – Karma : The Dark World – Une plongée troublante et vertigineuse dans les abysses de l’esprit

Quand l’âme est en souffrance
Karma : The Dark World est un jeu d’horreur psychologique à la première personne, développé par Pollard Studio LLC, basé à Shanghai, et édité par Wired Productions. Pour sa première création, le studio chinois nous transporte en 1984 dans une Allemagne de l’Est dystopique, où l’espionnage, la trahison et la manipulation mentale forment les fondations de ce récit aussi troublant que mystérieux. Et, une chose est sûre, cette œuvre singulière ne ressemble à aucune autre !
Bienvenue au Bureau de la Pensée
Dans cet univers sombre et énigmatique, on incarne Daniel McGovern, agent du Bureau de la Pensée, au service de la toute puissante Leviathan Corporation. Sa mission, résoudre des affaires sensibles en interrogeant des suspects et en explorant leur mémoire grâce à une intelligence artificielle avancée. Mais, au fil de l’enquête, la frontière entre réalité et illusion devient de plus en plus floue…
Dès les premières minutes, le titre instaure une ambiance pesante. Daniel se réveille dans un lit d’hôpital, désorienté, avec une prothèse métallique greffée au bras, sans souvenir de son identité ni des raisons de sa présence ici. Ce premier contact avec le monde de Karma donne le ton : dérangeant, inquiétant, et résolument intrigant.

Les méandres de l’esprit comme terrain d’enquête
Le gameplay repose sur l’exploration dans des environnements sinistres et sur les séquences mentales scénarisées, où le joueur plonge dans les souvenirs des suspects, souvent altérés par la peur, la culpabilité ou le traumatisme. Ces phases, souvent hallucinées et bien intégrées au récit, proposent des énigmes basées sur la logique et l’observation. Pas de combats ici donc, puisqu’il s’agit d’un walking simulator dont l’expérience mise davantage sur le scénario et la tension psychologique que sur le gameplay en lui-même.

Enfin, un inventaire, à l’interface minimaliste, permet de consulter les divers documents et objets, enrichissant le lore ramassés en cours de route, ainsi qu’une collection de collectibles à dénicher.
Une direction artistique à la David Lynch

Le titre tourne sous Unreal Engine 5 et adopte une esthétique visuellement réussie, combinée à des jeux de lumière efficaces, qui accentuent les scènes oppressantes et l’impression de malaise. Les décors sont soignés, lugubres et mystérieux, parfois burlesques ou labyrinthiques, renforçant le sentiment de perte de repères et d’insécurité. La bande-son, quant à elle, est magistrale. Alternant entre des mélodies très entraînantes et des airs mélancoliques, elle est soutenue par des bruitages saisissants, tels que rires malsains qui surgissent à nos oreilles ou claquements de portes. Vous ne serez pas à l’abri de quelques jumpscare bien placés ! De plus, le support du Dolby Atmos étant un vrai plus, nous vous incitons vivement à jouer au casque pour vous délecter de cette atmosphère remarquable.
Plus qu’un simple walking simulator horrifique, le titre bénéficie d’un scénario surprenant. En effet, à l’image des films de David Lynch ou David Cronenberg, Karma ne cherche pas à tout expliquer. Il se vit et se ressent, s’adressant aussi bien à l’inconscient qu’aux émotions, et son ambiguïté peut être perçue comme une liberté d’interprétation. La narration explore des thèmes profonds, tels que le capitalisme, la liberté de pensée, l’amour ou le deuil, à travers des visions hallucinées mises en scènes avec brio dans des séquences psychédéliques déroutantes. Certaines sont particulièrement dérangeantes, flirtant avec l’horreur et le surréalisme. Ce parti pris peut diviser, soit on adhère, soit on déteste, mais il forge l’identité unique du titre.

L’univers de Karma foisonne de bonnes idées et est imprégné de références marquées, tant littéraires que vidéoludiques. On y retrouve des réminiscences de Control (de Remedy), avec ses open spaces vides, son architecture brutaliste baignée d’une atmosphère oppressante et bureaucratique. Karma évoque également le rétrofuturisme glaçant de Black Mirror, dans lequel la technologie devient un outil de surveillance et de manipulation mentale.
Mais les clins d’œil ne s’arrêtent pas là. Certains décors rappellent ceux de Twin Peaks, tandis que les séquences psychédéliques et dérangeantes lorgnent du côté du monde organique et perturbant d’EXistenZ (de David Cronenberg) ou encore de Soma pour l’exploration de l’identité et de la conscience à travers des environnements dystopiques. Une belle mosaïque de références, qui donne au titre une singularité à la croisée des genres, entre thriller paranoïaque, drame psychologique et expérience sensorielle.

Les ombres de Karma
Cependant, le récit morcelé et complexe par moments, les changements d’époques et les séquences mentales, parfois psychédéliques, peuvent aussi désorienter le joueur et le mener à l’incompréhension. Il arrive que les questions soient plus nombreuses que les réponses, ce qui risque de faire perdre le fil.
Par ailleurs, le rythme lent (surtout au début) et les déplacements peu dynamiques de notre personnage, tout comme les interactions limitées dans les décors, freinent la progression. Nous aurions aimé davantage de choix et, surtout, de conséquences liées à nos découvertes. De ce fait, les amateurs d’action pure et dure pourraient décrocher en cours de route.

A noter que le titre est en VOSTFR, autrement dit les dialogues sont en anglais et les sous-titres en français. Il n’existe pas de version francophone pour le doublage, ce qui pourrait rebuter certains joueurs, surtout pendant les introspections mentales.

Mais, le vrai point noir reste les performances techniques. On constate hélas des déchirements d’images à cause d’une instabilité des FPS, ce qui nuit à l’immersion, d’autant plus qu’ils sont présents tout au long de l’aventure (à l’heure où nous écrivons ces lignes), nous faisant sortir quelque peu de l’ambiance. Espérons qu’un correctif vienne rapidement rectifier ces défauts.
Comptez environ neuf heures pour boucler les trois actes qui composent Karma. Chaque chapitre est rejouable, idéal donc pour récupérer les collectibles manqués ou revisiter certains pans du récit afin d’en saisir toutes les subtilités.
Karma : The Dark World est disponible depuis le 10 septembre sur Xbox Series X|S, PlayStation 5 et sur PC.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur
Le Bilan
On a aimé
- L’univers dystopique
- La direction artistique soignée
- L’approche à la David Lynch
- La bande-sonore remarquable
On a moins aimé
- Les chutes de framerate
- La lenteur du personnage
- Parfois confus
Conclusion du test de Karma : The Dark World
Une œuvre audacieuse et atypique, entre introspection et cauchemars
Karma : The Dark World n’a rien d’un jeu d’horreur classique. Il procure une sensation étrange, presque viscérale, celle d’une plongée introspective dans les recoins les plus sombres et torturés de l’âme humaine. Perturbant, déroutant et profondément lynchien dans sa mise en scène, Karma brouille les repères et sème le doute. Parfois confus, mais toujours intrigant, il ose une proposition audacieuse, qui s’affranchit des conventions du genre. Nous regrettons toutefois que des déchirements d’image et une instabilité des FPS altèrent l’immersion, ce qui nuit à la qualité globale du titre. Mais, pour un premier opus, Pollard Studio LLC fait preuve d’une ambition remarquable, animé par la volonté de bousculer les codes. Si vous êtes friands de récits à tiroirs, d’univers torturés et d’expériences qui sollicitent davantage l’interprétation plutôt que la compréhension rationnelle, Karma : The Dark World pourrait bien vous surprendre. En somme, c’est une proposition radicale… à prendre ou à laisser.