Test – Life is Strange : Double Exposure – Un retour trop cliché

Someday, we will foresee obstacles…
Était-il nécessaire de proposer une suite aux aventures de Max Caulfield ? Voilà une question qui a sûrement taraudé les esprits chez Square Enix depuis le premier jeu Life is Strange. Il faut rappeler que le titre, développé à l’origine par les français de DontNod, avait reçu un très bon accueil auprès d’un large public, notamment grâce à son système narratif à plusieurs voies. Pour progresser dans cette intrigue mêlant drame et fantastique, les joueuses et les joueurs devaient effectuer des choix cruciaux à certains moments clés. Ainsi, tous les gameurs n’ont pas vécu une expérience similaire, ni assisté au même dénouement !
C’est peut-être à cause de ces multiples embranchements que le studio américain Deck Nine, désormais en charge de la licence, a mis presque une décennie pour présenter les nouvelles péripéties de Maxine. Il y avait un risque trop important de décevoir une communauté de fans attachés à la bonne prise en compte de toutes leurs décisions. La plupart des jeux narratifs ont montré les sérieuses limites à retranscrire les divers choix des joueurs, ce qui a d’ailleurs participé à l’essoufflement du genre ces dernières années. Double Exposure représente donc un authentique espoir : être la suite inclusive d’un grand classique, en offrant un récit cohérent avec de nombreux rebondissements. Et si nous ne divulgâcherons aucun élément majeur de l’intrigue dans ce test, nous pouvons déjà révéler que nos attentes n’ont pas toutes été satisfaites…

Fenêtre sur cour
Le temps est un concept très particulier dans Life is Strange. Si vous n’avez jamais posé vos mains sur le jeu sorti sous format épisodique en 2015, nous ne pouvons que vous conseiller de découvrir cette jolie aventure. Le titre n’a pas pris une ride et cela vous permettra de mieux comprendre la première phrase de ce paragraphe, tout comme les références disséminées à l’intérieur de cette nouvelle histoire. Toutefois, Double Exposure se veut accessible aux néophytes et peut être une bonne porte d’entrée pour découvrir cette licence fantastique.
Comme nous le disions donc, le temps passe et beaucoup de choses ont changé. Maxine est désormais professeure dans l’université de Caledon. Une orientation professionnelle surprenante, mais, aux États-Unis, les conditions de travail des enseignants sont assez avantageuses. Il suffit de voir le sublime cottage dans lequel vit notre héroïne pour en déduire que sa rémunération doit être bien plus fructueuse que celle de ses homologues français.

Bref, toujours est-il que de nouvelles têtes sont apparues dans le quotidien de Max. À commencer par Safi, une amie avec qui la jeune femme entretient une relation sororale en passant notamment beaucoup de temps au bar après les cours pour se détendre. Moses, un scientifique de l’université, participe régulièrement aux soirées avec les deux filles. Ce joli trio profite d’une vie paisible où tout semble être simple. Il règne même une forme d’insouciance durant le début de l’aventure qui laisse entrevoir une suite beaucoup moins joyeuse.
L’élément déclencheur de Double Exposure intervient lors d’une nuit glaciale à Caledon. Les trois copains décident d’aller sur le toit d’un bâtiment de l’université pour observer des étoiles filantes avec des télescopes. C’est alors que Safi reçoit un coup de fil mystérieux et s’absente, laissant les autres sur place. La soirée passe, mais la jeune femme ne revient pas. Max, un peu frigorifiée, décide de retrouver sa camarade avant de rentrer chez elle. Elle l’aperçoit au niveau d’un belvédère quand, soudain, un coup de feu retentit. Le temps d’arriver sur place, notre héroïne ne peut que contempler le corps sans vie de son amie…

Avant de nous critiquer pour avoir dévoilé un incident déterminant de l’histoire, rappelons que ce qui a été écrit précédemment correspond au synopsis de Life is Strange : Double Exposure. Nous n’en dirons pas plus sur les autres éléments de l’intrigue. D’une manière surprenante, les développeurs n’ont absolument pas cherché à cacher cet événement, ni même l’identité de la victime. Sa mort intervient de fait assez rapidement dans le premier chapitre de l’aventure. Comme pour ses prédécesseurs, le jeu se découpe en cinq parties qui l’amènent à une durée de vie finale proche de la quinzaine d’heures. Et le compteur augmente forcément si vous cherchez à lire chaque document !
Photo Obsession
Pour mener à bien sa propre enquête afin de comprendre les raisons de la mort de son amie, Max va devoir se mettre une nouvelle fois dans la peau d’une détective privée. Un rôle qui ne lui va pas si mal puisqu’elle est plutôt curieuse et possède une réelle passion pour la photographie. Toujours armée de son polaroïd, l’héroïne vadrouille de lieu en lieu à la recherche du moindre indice. Chaque petit objet analysable étoffe une histoire au demeurant assez plaisante à suivre.

Les joueurs peuvent se référer au menu du jeu pour y consulter des applications, comme sur un smartphone. Y figure évidemment l’onglet avec les objectifs en cours, gadget utile au cas où l’on perdrait de vue nos missions prioritaires (comme après avoir participé à une étrange partie aguicheuse de “ken ou pas ken”). Viennent ensuite les outils de communication avec les autres protagonistes de Double Exposure. Il est possible de lire, voire même d’envoyer certains messages textuels afin de mieux appréhender la personnalité de ces individus vivant dans le Vermont.
De son côté, Crosstalk correspond à un réseau social où les membres peuvent poster des statuts et des images sur un profil en ligne. C’est d’ailleurs ici que sont publiées les photos cocasses prises par Maxine ! Notons avec une sincère déception que le système de capture n’est clairement pas optimal. Car, s’il est possible de zoomer et de tourner latéralement l’objectif, il est illusoire d’espérer pouvoir changer le point de vue. On peut le comprendre lors de certaines situations, comme à l’intérieur de ce bowling désaffecté où notre héroïne, alors en équilibre précaire, cherche à immortaliser un mobile du système solaire. Mais, quand le contexte est plus tranquille, cette limitation casse véritablement l’immersion.

Une composante non négligeable pour améliorer sa compréhension de l’histoire se situe dans la partie où sont référencés les personnages. L’onglet se présente sous la forme d’une liste avec les portraits de chaque individu, accompagnés de quelques informations générales sur leur vie. Le point de vue qui y est adopté se calque sur celui de Max, mais le principe fait ses preuves lors des premières heures de l’aventure. Ces écrits, ainsi que ceux du journal intime de la jeune femme, évoluent d’ailleurs en fonction des événements du jeu et des décisions prises par le joueur. Le carnet est bel et bien de retour dans ce nouvel épisode et reste une source intarissable de lecture-plaisir !

Enfin, les habitués de Life is Strange savent qu’il y a toujours de quoi faire pour débuter une nouvelle collection d’objets originaux. Ici, il s’agit de polaroïds éparpillés un peu partout dans l’université de Caledon et ses environs. Le souvenir du moment capté se lance lorsque Maxine ramasse l’image, un peu comme dans l’épisode True Colors. Petite information complémentaire, les chasseurs de succès auront notamment besoin de trouver toutes les photographies pour débloquer l’intégralité des récompenses du jeu.
La belle saison
Life is Strange a toujours reçu de nombreux éloges sur ses différentes ambiances. La qualité de l’immersion résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, mais il va de soi que sa remarquable écriture occupe une place de choix dans cette réussite. Tous les personnages rencontrés dans Double Exposure bénéficient d’un travail soigné permettant de ne pas se forger un avis manichéen définitif sur chacun d’entre eux. Oui, on vous voit déjà pester sur cette Loretta des plus pénibles de prime abord. Mais pourquoi est-elle aussi méchante ?
La classification PEGI 16 nous rappelle que le titre ne se destine pas aux plus jeunes joueurs. En outre, les propos évoqués durant l’histoire sont assez matures et font souvent écho aux sujets d’actualité. Les thématiques liées au genre et à la sexualité y prennent une place importante, sans pour autant tomber dans un militantisme grossier. Dans un monde où la tolérance est un concept de plus en plus galvaudé, cette diversité affichée à l’écran représente une parenthèse optimiste appréciable. Make love, not war !

S’il y a bien un art qui permet d’effacer les tensions inutiles, c’est bien la musique. Life is Strange : Double Exposure regorge de sons agréables à écouter. La plupart offrent des instants d’évasion entre deux quêtes, ce qui ralentit positivement le rythme du jeu. La playlist reste très orientée pop, mais quelques surprises sont possibles lors de certains chapitres. On n’en dira rien de plus, mais n’hésitez pas à parler avec Amanda, d’autant que le doublage français des personnages est de bonne facture.
En ce qui concerne les animations, on constate que les développeurs de Deck Nine progressent de jeu en jeu. Les graphismes lors des cinématiques sont très réussis, bien que nous ayons rencontré pas mal de clipping sur des éléments modifiables par les joueurs, comme les tenues de Max. Autrement, le niveau de détail des visages est assez bluffant et fait clairement son petit effet lorsqu’on admire notre héroïne en train de sourire.

À l’inverse, nous avons été clairement déçus d’observer des moments de latence en phase d’exploration. Les environnements ne sont pourtant pas immenses et la qualité graphique du titre ne justifie pas ces ralentissements. Le patineur qui en est à son quatre-vingt-treizième tour sur la glace devant l’université de Caledon en est un parfait exemple. De plus, puisque l’intrigue se déroule en décembre, les paysages du Vermont sont enneigés et ne fourmillent donc pas de détails. Au final, ils ne sont pourtant pas très agréables visuellement. Les zones intérieures, comme le bar Turtle, sont plus chaleureuses, mais souffrent des mêmes défauts. Est-ce que Maxine peut remonter le temps pour informer les développeurs que le moteur de jeu commence à faire son âge ?
Upside Down
Il est temps d’évoquer le gameplay de Life is Strange : Double Exposure. S’il ne constitue pas le cœur d’un jeu narratif, il n’en demeure pas moins l’unique système qui permet de le distinguer d’un film interactif. Pour être totalement transparents avec vous, on ressent encore une certaine lourdeur en déplaçant Max. Le personnage ne réagit pas toujours parfaitement aux commandes et il faut régulièrement ajuster la caméra pour effectuer une action. Cela reste assez frustrant à la longue, surtout lorsqu’on dirige une superhéroïne !

Dans la première saison de Life is Strange, Maxine avait la faculté de remonter le temps pour tenter de modifier les événements tragiques survenus à Arcadia Bay. Nous tairons la nature des pouvoirs présents dans cette suite, mais sachez qu’il est possible d’effectuer de nouvelles actions, en particulier grâce à un mécanisme permettant de naviguer entre deux mondes distincts, pour résoudre des énigmes. Une idée agréable à découvrir dans un premier temps, avant de constater que cela engendre de multiples allers-retours parfois lassants.
Le rythme des sauvegardes est lui aussi assez frustrant. Les enregistrements s’effectuent au début de chaque nouvelle scène ou après avoir tranché un dilemme moral. Ces moments peuvent prendre de longues minutes de recherches pour être atteints, et il arrive que la progression soit remise à zéro si l’on quitte la partie précipitamment. On ne trouve pas non plus de carte des lieux visitables dans le jeu, alors que c’était pourtant le cas dans la première saison. Ce ne sont là que de petits défauts, mais ils rendraient l’expérience beaucoup plus agréable s’ils étaient corrigés.

D’autant que les joueurs les plus passionnés vont probablement revenir sur le titre pour s’amuser à voir les différentes voies que Max peut emprunter. La rejouabilité est l’un de ses points forts, et pas seulement parce qu’elle augmente sa durée de vie. Double Exposure offre des chemins radicalement opposés, qui modifient véritablement la trame principale. L’exemple le plus évident concerne la décision de choisir un.e petit.e ami.e pour notre professeure de photographie. Toutes ces options sont assez amusantes à découvrir !

Malheureusement, nous allons revenir sur un élément moins flatteur pour conclure ce test. À la fin du premier Life is Strange, le joueur pouvait choisir de réunir Max et son amie Chloé. Celles et ceux ayant opté pour cette décision (coucou les copains !) nourrissaient un doux espoir de se délecter de la suite de cette relation. Eh bien non ! Vraiment non ! On a l’impression que les développeurs ont tenté de mettre de côté leur aîné en faisant le moins de références possibles aux événements survenus à Arcadia Bay. On repassera donc pour trouver la grande saga narrative prenant en compte la multitude de possibilités. La vie est vraiment étrange, et la scène post-générique ne nous fera pas changer d’avis…
Testé sur Xbox Series S, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- Retrouver Max dans une aventure inédite
- Prendre des décisions toujours aussi difficiles
- Découvrir de nouveaux personnages mystérieux
- Refaire certains niveaux en effectuant d’autres choix
On a moins aimé
- Se rendre compte de la stagnation du gameplay
- Subir plusieurs ralentissements et défauts d’affichage
- Voir si peu d’attention accordée au premier Life is Strange
Conclusion du test de Life is Strange : Double Exposure
Through the blizzard…
Une mise au point s’impose pour résumer Life is Strange : Double Exposure. D’une manière globale, le titre offre une jolie vue panoramique sur tout ce qui fait le succès de cette licence. Le retour de Max permet d’illuminer une histoire intéressante sur laquelle on flashe rapidement. En outre, les nombreux choix à effectuer restent assez marquants, comme si on les stockait dans une carte mémoire. Toutefois, en observant le jeu de plus près, on constate une fine couche de pellicules qui dissimule les défauts déjà observés lors des épisodes précédents. Les nouveautés sont ainsi reléguées à l’arrière-plan de l’expérience proposée, ce qui, pour être totalement objectifs, laisse un arrière-goût plutôt désagréable.