Test - The Forgotten City - La Mystérieuse Cité d’or

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Issu d’un mod de Skyrim téléchargé plus de trois millions de fois, The Forgotten City prend son indépendance et nous revient en grande pompe ce 28 juillet 2021 sur Xbox One, Xbox Series X|S, PC via Steam, PS4, PS5 et plus tard dans l’année sur Nintendo Switch. Fort du succès populaire de son mod, Nick Pearce fonda avec deux collaborateurs le studio Modern Storyteller. Quatre années de développement ne furent pas de trop pour transposer leur titre du Creation Engine de Skyrim à l’Unreal Engine et nous proposer une aventure retravaillée, enrichie et beaucoup plus ambitieuse. Le Rubicon franchi, il est temps de constater si les promesses faites par cette nouvelle équipe australienne sont tenues. Alea jacta est.

Ne fais pas à autrui...

Retour vers le passé

The Forgotten City est avant tout un jeu d’enquête et d’exploration, loin de l’image que l’on peut se faire d’un mod du célèbre jeu de rôle de Bethesda. Oubliez les combats épiques contre des dragons, ici nous incarnons un personnage lambda coincé dans une boucle temporelle et propulsé deux mille ans en arrière dans une mystérieuse cité romaine. Celle-ci semble très paisible et idyllique au premier regard. Pourtant, nous ressentons une ambiance malsaine, accentuée par des chuchotements incessants qui semblent provenir des nombreuses statues dorées qui décorent la ville. Rapidement, nous comprenons qu’une malédiction règne sur la cité : quiconque enfreint la Règle d’or condamne tous les habitants. Pour arranger nos affaires, le premier magistrat Sentius nous informe qu’un citoyen est proche de commettre l’irréparable et nous implore d’empêcher à tout prix l’acte fatal. Mille questions nous traversent l’esprit et c’est via l’interrogatoire de la vingtaine d’habitants encore présents dans la cité que nous espérons obtenir toutes nos réponses.

Galerius, un gars sûr

Nous n’irons pas plus loin dans la divulgation du scénario, tant cet élément et la narration dans sa globalité sont le gros point fort du jeu. Nick Pearce a su créer des personnages hauts en couleur, aux personnalités souvent bien trempées. Leur modélisation en gros plan demeure de bonne facture afin d’exprimer pleinement leurs émotions et la synchronisation labiale reste correcte. La qualité des dialogues et le doublage des voix uniquement en anglais sont une franche réussite. Pas de panique pour les réfractaires à la langue de Shakespeare, le titre propose le français pour les sous-titres, les menus et l’inventaire. D’ailleurs, si certains sous-titres peuvent défiler rapidement, nous retrouvons heureusement les informations essentielles glanées par nos conversations dans un gestionnaire de quêtes efficace. Comme dans tout jeu d’enquête, nous devons sélectionner différents choix de dialogues afin de mener les interrogatoires. À nous de préférer la subtilité ou de pousser nos interlocuteurs dans leurs retranchements, mais attention ces derniers peuvent se braquer et ne plus vouloir répondre à nos questions.

... ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse

Princess of Rome

C’est là qu’entre en jeu l’avantage d’être prisonnier d’une boucle temporelle. Il suffira de profiter du cycle suivant pour interroger à nouveau nos citoyens susceptibles qui auront oublié par magie nos précédents affronts. Un bonheur n’arrivant jamais seul, la boucle temporelle est généreuse avec nous. Au-delà de rattraper nos dialogues foireux, elle oublie certains de nos actes dans son reboot, de l’anodine ouverture d’un raccourci aux méfaits les plus répréhensibles comme le vol d’objets précieux. Ce choix de gameplay assumé permet d’élucider quelques énigmes, d’éviter la lassitude face à des actions trop répétitives et même de débloquer quelques succès. De plus, pour reproduire les actions primordiales concernant les énigmes résolues lors d’une nouvelle boucle, les développeurs nous permettent de confier ces tâches à un des citoyens de la ville afin de gagner du temps.

Ambiance torride

Hormis ces choix de gameplay efficaces pour éviter toute frustration, le jeu de Nick Pearce demeure un modèle du genre dans la cohérence de son univers. Que ce soit dans le level design, la narration, les énigmes, le nombre restreint des citoyens et la petite superficie de la cité, tout sera justifié de manière crédible à un moment donné de l’aventure, même le fait que les citoyens romains parlent un anglais contemporain. Ces détails narratifs peuvent paraître légers voire insignifiants pour certains joueurs, mais rendront le jeu encore plus immersif pour les autres. Et que dire de l’ambiance mystérieuse et envoûtante de cette cité romaine, accompagnée d’une bande-son magnifique et appropriée pour l’époque.

Votre meilleur guide touristique

Nous aurions aimé profiter un peu plus de cet univers, de ce scénario passionnant qui nous questionne sur la frontière étroite et floue entre le bien et le mal, peut-être une plus grande profondeur dans les dialogues, que ce ne soit pas si facile de délier les langues. En effet, l’aventure se terminera entre cinq et dix heures selon nos désirs d’exploration. Nous conseillons d’ailleurs de décocher le marqueur d’objectif dans le menu des options, validé par défaut et véritable destructeur d’immersion et du sentiment de liberté. Quatre fins différentes nous attendent pour une à deux heures supplémentaires via le jeu des sauvegardes, mais nous pouvons finalement les réduire à deux types de fins majeures, tant trois conclusions sont liées à notre propre choix face à la même “découverte”. Aussi, la structure étagée des énigmes ressort trop facilement : chaque citoyen a un problème personnel à résoudre et leur résolution permet de débloquer des nœuds de l’intrigue principale. La rejouabilité du titre est donc faible, si ce n’est pour les chasseurs de succès.

L’or pour le développement s’est volatilisé

Si la partie narrative de The Forgotten City nous a globalement convaincus, le titre souffre de défauts techniques et de gameplay, qui seront rédhibitoires pour de nombreux joueurs. Le manque de moyens humains et financiers du jeune studio se fait cruellement sentir sur ces aspects.

La torche est très utile

Le premier élément qui choque concerne les animations d’une autre époque des personnages et de notre protagoniste. Adoptant la vue subjective, le titre nous propose des mouvements trop rigides, que ce soit dans les déplacements ou le maniement des armes et objets, la palme du ridicule revenant à la montée et descente des marches d’escalier. Les quelques phases d’action nous permettent de manipuler un arc, voire un revolver si la classe soldat a été choisie à la création de notre personnage, parmi 4 classes qui n’influencent l’aventure qu’à la marge. Toutefois, les contrôles restent mous et les sensations ne sont pas au rendez-vous. Pire, les vibrations des gâchettes pour le tir à l’arc sont horriblement calibrées. Il reste que ces phases apportent une diversité au gameplay qui casse la routine de l’exploration et des interrogatoires.

C’est joli mais trop flou

Même sur Series X, des ralentissements, liés principalement à des temps de chargement, nous surprennent négativement, notamment pour des changements de zones. Pourtant la superficie de la Cité oubliée s’avère étroite. Graphiquement, cette dernière nous offre de beaux panoramas malgré un flou persistant dans l’arrière-plan et la magie opère quand on ne s’attarde pas trop sur les détails. Dans le cas contraire, on se rend vite compte de textures datées et parfois grossières, d’objets du décor répliqués à tout bout de champ, telles les bustes, statues dorées et poteries diverses.

Mais ne gâchons pas notre plaisir, au-delà de ces écueils, Modern Storyteller propose une intrigue qui monte crescendo en intensité et nous tient en haleine jusqu’au bout, associée à un univers très convaincant où l’illusion fonctionnera pour la plupart d’entre nous. De plus, les créateurs ont fait des efforts pour nous offrir un level design très inspiré, mis en valeur par des idées de gameplay qui nous ont réjouis.

Testé sur Xbox Series X.

Bilan

On a aimé :
  • Un scénario passionnant
  • La période de l’Antiquité toujours fascinante
  • Une écriture et un level design aux petits oignons
  • Un casting varié et de qualité...
On n’a pas aimé :
  • Une technique très décevante
  • L’étroitesse de la Cité oubliée
  • Des séquences d’action laborieuses
  • ... qu’on aurait aimé connaître plus intensément
Une nouvelle aventure de Boucles d’or

The Forgotten City aurait pu être une pépite en or massif, malheureusement elle n’est qu’en plaqué or. La faute en incombe à une technique et des phases d’action archaïques. Mais pour le commun des mortels, le placage en or suffit et remplit son rôle d’illusion à merveille. D’autant plus que le titre brille par un scénario, une écriture et une cohérence de haute volée. Pour un premier titre, le nouveau studio Modern Storyteller propose une enquête convaincante, où l’exploration et les dialogues forment l’essentiel du gameplay. Ce fut un réel plaisir d’aller au bout de l’intrigue de la Cité oubliée et nous attendons de pied ferme leur prochaine aventure en espérant que Nick Pearce et son équipe progressent sur la partie technique. Errare humanum est, perseverare diabolicum.

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The Forgotten City

PEGI 0

Genre : Aventure/Réflexion

Éditeur : Dear Villagers

Développeur : Modern Storyteller

Date de sortie : 28/07/2021

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, Steam