Test- Mouse : P.I. For Hire – De quoi en faire tout un fromage ?

Même sans avoir des yeux de lynx, il est difficile d’oublier les premières images de Mouse : P.I. For Hire. Le titre avait rapidement fait forte impression grâce à son look cartoonesque, lui valant immanquablement une comparaison avec une certaine production du studio MDHR. Comme celle-ci, il partage un statut de “premier jeu”, ici du studio polonais Fumi Games, accompagné de PlaySide Publishing à l’édition. Alors, est-ce un simple clone de Cuphead version FPS ou bien une œuvre qui a nécessité bien plus qu’un petit coup de vernis ?
Une enquête à couteaux tirés

Nous n’allons pas nous appesantir sur le scénario, sachez juste que l’on incarne Jack Pepper, détective privé de son état, qui se voit confier la mission de retrouver un prestidigitateur s’étant mystérieusement volatilisé. Voilà pour le point de départ d’une enquête qui va rapidement se complexifier. Tous les codes du genre sont au rendez-vous : l’affaire qui prend une tournure personnelle, l’enquête qui s’épaissit, la galerie de personnages hauts en couleur… L’ensemble est plutôt bien exécuté, assez drôle et agréable à suivre.

Attaquons-nous en premier lieu à l’enrobage de Mouse. Si comparaison n’est pas raison, la création du studio Fumi Games partage avec son illustre aîné Cuphead une direction artistique résolument cartoonesque et assurément de qualité. Et pas n’importe laquelle, celle des premières créations Disney, dont l’esthétique nous ramène dans les années 1930. Un simple coup d’œil suffit pour relier ce Mouse aux premières apparitions de Mickey, puisqu’il ne manque à l’appel qu’un bâteau à vapeur et un petit air siffloté.
Si la marque aux grandes oreilles ne semble pas s’être intéressée au cas de Jack Pepper, c’est tout simplement parce que le design de la souris est désormais tombé dans le domaine public, ce qui permet aux développeurs polonais de proposer leur propre relecture. Comme ce Mickey monochrome, et contrairement à Cuphead, Mouse adopte une palette strictement en noir et blanc, jouant sur les contrastes pour coller à une esthétique sombre, parfaitement adaptée au genre de l’enquête. Ne tournons pas autour du pot, cela fonctionne.

Concrètement, on évolue dans des environnements 3D, habités par des personnages sous forme d’aplats en 2D. Si l’illusion d’une 3D générale opère lors des premières minutes, ces PNJ effectuent en réalité une habile pirouette pour toujours faire face au joueur, ce qui donne cette impression de profondeur. Mais, oui, ce sont bien des aplats comparables à de simples pancartes posés dans des décors.
Le véritable tour de force réside dans la manière dont l’univers prend vie malgré l’absence de couleurs. Que ce soit l’opéra, le dirigeable ou les studios de cinéma, chaque décor parvient à exister avec force grâce au travail sur les ombres, les volumes et les nuances de gris. Les animations de qualité renforcent cette sensation de visionner un cartoon.

Histoire de chipoter, disons que le bestiaire aurait pu être plus fourni afin de mettre encore plus cette direction artistique à l’honneur. Mais cela n’enlève rien à l’impact global. Oui, c’est sans aucun doute une petite claque visuelle et, pour un premier jeu, c’est tout simplement bluffant.
Bien que l’absence d’une version audio francophone pour narrer l’histoire de notre détective puisse décevoir, on ne peut être qu’admiratif devant le casting vocal réuni. Le studio s’est entouré de voix connues et reconnues : Troy Baker, Camryn Grimes, Frederick Tatasciore, Franck Todaro, Florian Clare… Si ces acteurs ne vous disent rien au premier abord, et au-delà de l’argument d’autorité et du simple nomshaming, nul doute que vous connaissez leurs voix tant elles jalonnent des titres connus. Voici un pot pourri des œuvres auxquelles ces comédiens ont participé : The Last of Us, Bioshock Infinite, Mass Effect, Gears ou encore The Cuphead Show…

Si nous prenons le temps de les citer, c’est que ce casting réalise un sans-faute d’interprétation. Chacun donne corps avec justesse aux figures qui peuplent l’aventure. La bande-son, résolument jazzy, ne souffre d’aucune fausse note non plus. Sans devenir indispensable, elle accompagne parfaitement l’ambiance polar du titre et renforce son atmosphère singulière.
Un FPS vintage ?

Si vous espérez mener l’enquête à coups de recherche d’indices, d’interrogatoires et de déductions pour obtenir une preuve et confondre les coupables, vous risquez d’être déçu. Jack Pepper, lui, préfère faire parler la poudre pour obtenir des aveux. Entendons par là que le gameplay prend la forme d’un FPS qui ne cherche pas à réinventer la roue. Certes, on retrouve, entre chaque niveau, de courtes phases où l’on regroupe les indices collectés, mais le cœur de l’expérience consiste surtout à cribler de balles tout ce qui se dresse sur votre route. C’est d’ailleurs plutôt réussi, les sensations de gunfights sont bonnes. Bien qu’un peu molles en début de partie, elles deviennent rapides et plutôt nerveuses par la suite.

L’arsenal mis à disposition est parfaitement raccord avec le genre. On peut l’améliorer et Mouse s’autorise quelques power-ups en clin d’œil à des classiques tels que Popeye ou autres.

Pour autant, dans le mode de difficulté standard, le jeu reste relativement indulgent et n’exige jamais un véritable effort. L’abondance de potions de soin, de pièces d’armure, de points de sauvegarde et d’objets de guérison transforme la plupart des affrontements en promenade de santé. On n’était pas venu pour souffrir, certes, mais on ne cherchait pas non plus une sinécure.

Un autre problème vient parfois de l’agencement des niveaux où l’on se retrouve souvent coincé dans les décors. Malgré l’apparente mobilité de Jack qui bénéficie d’un dash, d’un double saut, de coups de pied et autres mouvements, il est parfois difficile de naviguer d’un ennemi à l’autre pour les dézinguer, selon la configuration des lieux. Et, si votre premier réflexe est de reculer pour vous mettre à couvert avant de trouver une échappatoire, vous risquez de vous retrouver bloqué par la porte derrière vous puisqu’elle se referme systématiquement en cas d’affrontement. D’autant que les souris et autres musaraignes ne se gênent pas pour venir au contact et vous asséner quelques coups de matraque.

Le jeu est structuré en niveaux à parcourir, on a même le droit à une mappemonde pour aller de biomes en biomes. Ceux-ci sont construits à base de couloirs, d’arènes ou encore de chemins de traverses que l’on explore pour récupérer quelques secrets, glaner des malheureux dollars ou assurer les missions annexes confiées par la galerie de personnages gravitant autour de Jack. Ce qui est, somme toute, classique et un poil décevant, surtout en comparaison de l’écrin englobant le titre.

Avant de confier vos précieuses économies à cette souris aux grandes oreilles, il vous faut savoir qu’en engageant Jack Pepper pour une mission, vous vous offrez avant tout une ambiance unique. Son imper est peut‑être rapiécé, mais il a du style. En revanche, n’espérez pas recruter le détective le plus cérébral du milieu, Jack est surtout une fine gâchette, équipé de tout un tas de pétoires, mais le jeu ne révolutionne en rien les codes du genre et est donc répétitif par nature. Comptez une petite dizaine d’heures pour faire le tour de Sourisville.

Autre point important, le jeu est normalement proposé en deux éditions (standard et deluxe). La version deluxe inclut la classique OST, un comic book et aussi un DLC scénarisé à venir. C’est ce dernier item qui nous intéresse, les morceaux d’histoire complémentaires étant toujours bons à prendre. Problème, cette édition deluxe (et même la mise à niveau vers celle-ci) n’est actuellement pas disponible sur le Microsoft Store. Espérons que cet oubli soit rapidement corrigé pour juger et jauger de la fin des aventures du détective Pepper.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- Le look cartoon
- La bande-son jazzy mémorable
- L’histoire assez plaisante,
- Les références assumées au genre polar cartoonesque,
- Xbox Play Anywhere
On a moins aimé
- Le gameplay un peu trop vu et revu
- L’absence d’une version française en bonne et due forme
- Le manque de challenge dans le mode de difficulté standard
- La mobilité du héros parfois pénible en fonction du level-design
- Aura-t’on droit, sur Xbox, à la suite des aventures de Jack ?
Conclusion du test de MOUSE : P.I. For Hire
Laissons le mot de la fin à Jack : Ça aurait dû être une soirée ordinaire, je n’avais pas prévu de passer autant de temps à Sourisville. Là-bas, il y a une ambiance particulière, unique, parfois poisseuse ou au contraire lumineuse, comme si quelqu’un avait oublié d’éteindre les projecteurs. J’avais été rencardé par la gratte-papier du Herald à qui je passais, de temps à autre, des infos. Cette “petite” affaire de disparition n’aurait jamais dû m’entraîner aussi loin. Je devais juste combler quelques trous afin de résoudre l’affaire. Je n’aurais jamais imaginé traverser les quatre coins de la ville pour ça. J’ai croisé des figures hautes en couleur : la mine patibulaire du politicard Cornelius Stilton, la jolie poupée, trop jolie pour être honnête, Miss McCarthy et toute une ribambelle de types qui auraient fait passer un nid de vipères pour une colonie de vacances. Et puis il y a eu la poudre. Beaucoup trop de poudre. À croire que Sourisville avait décidé de me faire tirer un feu d’artifice personnel. Dans une moindre mesure, je m’en suis sorti sans une égratignure, un exploit ou juste de la chance. Dans tous les cas, il s’agit d’une affaire rondement menée.
Merci pour le test, magnifique DA, à quand un jeu Roger rabbit qui rappelerai l’enfance de certains ? ☺️