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Est-ce que le rachat d’Activision par Microsoft va échouer ? Les experts répondent

Est-ce que le rachat d’Activision par Microsoft va échouer ? Les experts répondent
Le 28 avril 2023
Le 28 avril 2023
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L’actualité forte de la semaine est évidemment le coup porté par la CMA à Microsoft en souhaitant bloquer le rachat. L’organisme britannique a rejoint l’avis de la FTC aux États-Unis, et tout le monde se demande désormais si le rachat pourra réellement être approuvé. Est-ce que Microsoft a des chances d’y arriver ? Plusieurs analystes donnent leur avis.

Un rachat historique pour des enjeux colossaux

Derrière ce rachat de près de 70 milliards de dollars, il y a bien plus que de simples nouveaux studios au sein de la famille Xbox. C’est tout un pan de la vision de Microsoft qui se joue, et les enjeux sont énormes. En interne, les équipes de Microsoft ont été briefées afin de ne jamais évoquer publiquement cet accord, dont les ficelles sont tirées aux plus hauts sommets de l’entreprise, en témoigne l’implication du président Brad Smith lui-même.

Vers quoi se dirige Microsoft à présent ? Qu’est-ce qui se joue derrière l’appel de la décision de la CMA ? Quel impact aura ce rachat sur le marché du jeu vidéo, s’il échoue ou non ? Que va devenir Activision Blizzard ? Est-ce que l’accord finira par échouer ? C’est à ces questions que des analystes répondent au micro de Gamesindustry, en voici un résulmé.

La décision de la CMA était-elle attendue ?

Les avis ne sont pas unanimes sur la question. Lisa Cosmos Hanson, présidente-directrice générale de Niko Partners, estime que la décision de la CMA de désapprouver l’accord est tout à fait conforme à ce que l’autorité de régulation britannique a déclaré tout au long du processus. A contrario, Serkan Toto, de Kantan Games, la qualifie d' »assez choquante », car les professionnels de l’industrie du jeu s’accordaient à penser que le Royaume-Uni finirait par approuver l’opération.

Nick Parker, de Parker Consulting, abonde dans le même sens : « J’ai été surpris par la décision de la CMA et j’aurais préféré que le Royaume-Uni soit un suiveur plutôt qu’un leader si l’Europe avait été la première à annoncer la mauvaise nouvelle.

Selon Piers Harding-Rolls, d’Ampere Analysis, la question de savoir s’il s’agit ou non d’une décision raisonnable dépend de la conviction que le streaming deviendra la forme standard de distribution des jeux dans les cinq à dix prochaines années. L’analyste estime qu’il faudra au moins autant de temps pour que le « cloud gaming » devienne « plus qu’une note de bas de page dans le secteur des jeux ».

Enfin, Karol Severin, de Midia Research, ajoute que cette approche « ne protège pas vraiment les joueurs ». La CMA suggère que, si elle n’appartenait pas à Microsoft, Activision Blizzard pourrait lancer son propre service de jeux dans le cloud, et donc offrir plus de choix aux consommateurs – mais Karol Severin ne pense pas que ce soit une bonne chose.

« Un plus grand choix n’est pas toujours automatiquement meilleur pour les consommateurs », explique-t-il. « Les gens pensent souvent que le choix est linéaire – plus il y en a, mieux c’est – mais il s’agit en fait d’une courbe en cloche. Trop peu de choix n’est pas bon, trop de choix n’est pas bon non plus, mais il y a une quantité optimale de choix quelque part au milieu – après quoi les avantages commencent à diminuer en raison de la fragmentation, du prix, de la tyrannie du choix ».

Il poursuit : « Depuis le début de la procédure, j’ai dit haut et fort que je ne voyais pas de raisons sérieuses pour que l’accord ne soit pas conclu. Les raisons énumérées hier par la CMA ne m’ont pas convaincu du contraire. En fait, certaines de ces raisons soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Par exemple, quelle doit être la taille d’un marché pour que les régulateurs l’examinent de près ?

Pourquoi le cloud gaming a fait pencher la balance pour la CMA ?

La CMA estime que le marché du cloud gaming pourrait atteindre 11 milliards de dollars d’ici 2026, mais Karol Severin affirme que même si c’était le cas, cela équivaudrait à moins de 5 % de l’ensemble de l’industrie des jeux.

Selon Karol Severin, de Midia Research, le blocage de la CMA risque de punir les innovateurs qui se sont lancés avec succès sur de nouveaux marchés et qui ont réussi trop tôt. En ce sens, Microsoft est victime de son propre succès sur le cloud gaming.

Pour James McWhirter, du cabinet Omdia, « Le streaming éliminant l’idée de la propriété du matériel, le contenu deviendra un facteur de différenciation de plus en plus important pour la compétitivité des services dans le cloud. Dans ce contexte, l’offre d’un portefeuille de titres ABK clés tels que Call of Duty et World of Warcraft jouerait en faveur de Microsoft d’une manière significative que peu d’opérateurs de jeux dans le cloud pourraient égaler ». C’est sans doute pour cette raison que les opérateurs avec qui Microsoft a conclu un marché soutiennent aujourd’hui Microsoft dans ce rachat afin de récupérer une part du gâteau.

Microsoft a proposé plusieurs contreparties à la CMA, et notamment des accords de dix ans pour proposer ses jeux (et ceux d’Activision Blizzard, si l’accord est approuvé) à d’autres services de jeux dans le cloud tels que Nvidia GeForce, Boosteroid, Ubitus et Nware.

James McWhirter ajoute tout de même que ces partenariats ne signifient pas nécessairement que les services concurrents auront un accès illimité à ces jeux. Le détenteur de la plateforme possède également l’infrastructure Azure qui alimente non seulement le Xbox Cloud Gaming, mais aussi d’autres services dans le cloud. Harding-Rolls ajoute que les services avec lesquels Microsoft a passé un accord ne sont pas en concurrence avec une offre d’abonnement multi-jeux comme le Game Pass.

Selon DFC Intelligence, la CMA voit en ces accords un risque que Microsoft puisse utiliser les jeux comme un « cheval de Troie » pour amener les consommateurs vers d’autres produits et services Microsoft, plus particulièrement sur PC et mobile, et non sur console.

« Une solution acceptable pour la CMA limiterait probablement la capacité de Microsoft à utiliser Game Pass pour accéder à d’autres services », ajoute le cabinet, qui précise aussi que la CMA a évoqué le fait que l’approbation du rachat « nécessiterait inévitablement un certain degré de surveillance réglementaire ». Clairement, la CMA ne veut pas se donner cette charge en plus, ce qui repose de facto les solutions à apporter du côté de Microsoft.

L’appel de Microsoft aboutira-t-il ?

Est-ce que Microsoft a des chances de gagner en appel de la décision de la CMA ? À ce stade, cela semble assez compliqué. Selon Piers Harding-Rolls, de Ampere Analysis, pour que Microsoft obtienne gain de cause, le Competition Appeal Tribunal du Royaume-Uni devra trouver une erreur de procédure dans le processus d’examen de la CMA ou prouver que la CMA a agi de manière « irrationnelle ». Il pourrait également être nécessaire de procéder à un examen approfondi des conclusions de la CMA.

« Il est peu probable que le CAT soit en désaccord avec la CMA sur tous les points, mais il peut voir les choses différemment sur certains points. Je pense que les chances de succès d’un recours fondé sur le rejet des conclusions de la CMA sont relativement faibles si l’on considère l’historique de ce type de recours. Cela dit, la position plus activiste de la CMA entraînera inévitablement un plus grand nombre de décisions faisant l’objet d’un appel et nous pourrions commencer à obtenir un plus grand nombre de résultats positifs en conséquence. Je m’attends à ce que ce processus prenne des mois ».

De son côté, Lisa Cosmos Hanson (Niko Partners) pense que les chances que l’appel aboutisse sont faibles. « Il est peu probable que l’appel conduise à un renversement de la décision en raison de l’examen approfondi qui a déjà eu lieu et du fait que la CMA a déclaré que la solution comportementale était insuffisante. L’offre de Microsoft de rendre la propriété intellectuelle d’Activision disponible sur Nintendo et Steam, par exemple, était insuffisante aux yeux de la CMA. »

Quelles seraient les conséquences pour Microsoft si le rachat n’aboutit pas ?

Microsoft a multiplié ces derniers mois les opérations de communication pour promouvoir cet accord et tenter d’influencer les régulateurs et le public. Des pages de publicités ont même été imprimées dans certains journaux au Royaume-Uni, et il est évident que les sommes dépensées en frais d’avocats et autres dépenses administratives ces derniers mois sont assez importantes. Il est donc assez logique de voir Microsoft poursuivre l’affaire aussi loin que possible.

Mais dans le cas où cet accord ne pourrait pas aboutir, ce ne sera évidemment pas la fin pour Xbox. Phil Spencer a d’ailleurs rassuré les employés Xbox puisque selon les sources de Bloomberg, le patron de Xbox a déclaré que l’acquisition était destinée à accélérer les projets de Microsoft en matière de jeux, mais qu’elle ne représentait pas la totalité de la stratégie de l’entreprise en matière de jeux, qui irait de l’avant même sans Activision.

Karol Severin, de Midia Research, estime que si ce projet n’aboutit pas, Microsoft poursuivra son parcours d’acquisition avec d’autres cibles. Le consultant Serkan Toto, imagine d’ailleurs que Microsoft pourrait adopter une approche similaire à celle de Tencent ou du Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite, en investissant massivement dans plusieurs sociétés.

« Microsoft doit absolument commencer à chercher d’autres acquisitions possibles dès maintenant. Ils sont clairement derrière Sony en termes de jeux first party. Si l’accord ne se concrétise pas, Microsoft devra probablement racheter plusieurs studios pour renforcer son portefeuille de logiciels, sans pour autant obtenir quelque chose d’aussi important que Call Of Duty ».

Harding-Rolls souligne que même si l’échec de cet accord serait un coup dur, il est peu probable qu’il conduise à une « révision complète de la stratégie de Microsoft en matière de jeux ». Hanson, quant à lui, ajoute que le besoin d’acquisitions sera également alimenté par le Xbox Game Pass : « Microsoft doit relever le défi de maintenir l’attrait et la valeur de [son abonnement] pour les utilisateurs actuels et futurs, car le service nécessite la publication continue de nouveaux contenus afin de retenir et d’attirer les utilisateurs.

Que deviendrait Activision Blizzard ?

Les analystes s’accordent à dire que l’impact sur Activision Blizzard sera minime, même si le cours de son action sera inévitablement affecté, comme ça a été le cas lors de l’annonce de la CMA.

Activision Blizzard était déjà l’un des éditeurs les plus lucratifs du jeu vidéo avant l’annonce de rachat par Microsoft, et le restera après ça, notamment grâce à la licence Call of Duty, mais aussi grâce à King qui est un des leaders sur le jeu mobile, un marché en croissance forte.

Harding-Rolls estime que rien ne changera pour Activision Blizzard à court ou même à moyen terme, mais que son avenir à long terme pourrait devoir être revu : « Un accord avec Microsoft aurait permis d’isoler les activités d’Activision contre les défis futurs liés à l’évolution de la distribution, à l’impact des nouveaux modèles économiques tels que l’abonnement et à l’escalade des coûts de développement. Sans les capacités et la puissance financière de Microsoft, Activision devra réévaluer sa croissance à long terme et ses stratégies en matière de produits ».

Quant à la question de savoir qui serait prêt à payer 69 milliards de dollars demain pour racheter Activision, pas sûr que d’autres prétendants puissent dépenser une telle somme.

Quel est l’impact de cette situation sur les futures fusions-acquisitions dans le secteur des jeux ?

Si jamais le rachat voyait le jour, il s’agirrait du plus gros montant jamais dépensé par un géant du secteur du jeu vidéo pour s’offrir de nouveaux studios. Mais plusieurs analystes s’accordent à dire que le secteur continuera de se consolider pour des raisons d’efficacité économique et pour améliorer les services aux joueurs qui sont de plus en plus exigeants, non seulement sur les marchés occidentaux, mais aussi dans le monde entier sur tous les marchés de jeux vidéo établis et émergents.

Mais pour Ben Greenstone, directeur général du cabinet de conseil en politique et communication technologiques Taso Advisory, « la décision de la CMA pourrait avoir un effet dissuasif massif sur les entreprises de jeux vidéo opérant au Royaume-Uni ». C’est un argument que Microsoft a également évoqué après avoir eu vent de la décision de la CMA. Selon lui, « elle réduit les possibilités de sortie pour les entreprises, ce qui pourrait nuire aux investissements dans le secteur et décourager les entreprises de s’implanter dans le pays.

Est-ce que le rachat d’Activision par Microsoft est définitivement mort ?

Au stade actuel, il est impossible de dire que le rachat est définitivement enterré puisque Microsoft a annoncé faire appel de la décision de la CMA. Mais si les analystes disent vrai, les chances de voir l’appel aboutir sont assez faibles, et Microsoft devra faire d’autres compromis pour apaiser les autorités de régulation.

Selon DFC Intelligence, la question est de savoir jusqu’où Microsoft est prêt à faire des compromis pour que l’accord soit approuvé. DFC pense désormais que la CMA pourrait exiger de Microsoft qu’elle offre plus que ce qu’elle est prête à donner. « Il y a un risque croissant que Microsoft renonce au rachat ».

A contrario, M. Severin, de Midia Research, reste optimiste : « Je continue de penser que l’opération finira par être approuvée, compte tenu de la faiblesse des raisons invoquées actuellement. Un cynique pourrait penser que la décision est une tentative d’obtenir une deuxième série de concessions de la part de Microsoft.

« Microsoft a déjà fait un effort supplémentaire en termes d’assurances – par exemple, l’offre de non-exclusivité de Call of Duty sur dix ans, ou le partenariat avec NVIDIA et ainsi de suite – alors qui peut dire qu’il n’est pas prêt à faire un peu plus de concessions pour faire passer l’accord ? »

Tomchoucrew
J'ai fondé Xboxygen en 2006 pour offrir une autre vision de l'actualité Xbox, plus complète, ouverte et critique :)
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12 commentaires

12 Commentaires
L
LoveTartiflette
28 avril 2023 10h40

@Senix78 Pour la CMA, CoD n’est pas/plus le problème. Pour eux, c’est le Cloud le problème. Donc garder ou exclure la licence CoD, ça n’a « pas d’intérêt », ni pour Microsoft ni pour la CMA. Une des solutions intrinsèques des analystes dans l’article serait que Sony, Amazon & consorts prennent autant, sinon plus, de part de marché que Microsoft sur le Cloud gaming. Ainsi, Microsoft pourrait obtenir l’aval de la CMA puisqu’il n’y aurait pas de déséquilibre. En tous cas, au vu des déclarations récentes, aussi bien ABK comme Microsoft semblent… Lire la suite »

S
Senix78
28 avril 2023 10h14

La solution coup de poing pour Microsoft et ABK serait de céder la licence Call of duty. Personnellement, je me moque de COD et je serais rassuré que la stratégie ne repose pas entièrement sur cette licence. Bénéfices : – Récupération des développeurs, de leurs savoir-faire et de leurs technologies – Les pro Sony ne vont pas se lamenter et dire « vous voyez comme prévu si vous êtes en tête c’est uniquement grâce à COD, Jim Ryan l’avait dit. » – Possibilité de créer une autre licence de FPS – Risque… Lire la suite »

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