Test - Othercide : entre ombre et lumière

«C’est par la Souffrance que l’on grandit le plus» , - 2 réaction(s)

Révélée lors de la PAX East 2020 en février, Othercide, la nouvelle création du studio franco-suédois de Lightbulb Crew avait fait sensation avec sa direction artistique horrifique et déprimante. Quelques semaines plus tard, nous apprenions que le jeu, édité par Focus Home Interactive, basait son gameplay sur des combats tactiques au tour par tour. Si d’aucuns étaient déçus, de nombreux joueurs parmi vous, amateurs du genre ou intrigués par ce nouvel univers, attendaient avec impatience la sortie du jeu ce mardi 28 juillet et les premiers tests. Celui de Xboxygen était absent, perdu dans le Vide intérieur. Ce que vous ne saviez pas est que Othercide est un roguelite exigeant qui offre toute sa richesse après de longues heures de souffrance et de sacrifices. Le titre méritait bien une étude approfondie afin d’éviter un jugement trop hâtif.

Un cauchemar fascinant

Du Noir. Du blanc. De la pluie, la plupart du temps diluvienne. Aucun doute, une ère sombre est tombée sur la Ville. Le Voile s’est arraché. La Réalité est envahie par des entités maléfiques. Des siècles durant, une guerrière, la Mère rouge, a protégé le Voile des attaques extérieures. Mais la Souffrance en parasitant l’Élu a réussi l’impensable : 1897, l’âge de la Destruction.

Une lueur d’espoir existe toujours. Mère n’a pas totalement disparu. Une armée infinie de Filles naquit de son sacrifice, les Sœurs. Un long combat reprend contre le temps, contre la Souffrance et toutes ses abominations. Il est possible de tout réparer, avant qu’il ne soit trop tard.

Un univers qui donne envie

Si le début de votre aventure est cryptique et l’univers semble complexe à appréhender, une fascination irrésistible attise la curiosité et l’envie de découvrir les tenants et les aboutissants de cette histoire. La direction artistique est somptueuse et renforce ces sentiments. Telle une planche de Sin City dessinée par Frank Miller, l’esthétique noire et blanche des tableaux du jeu n’est qu’accompagnée du rouge sang provoqué par les attaques réussies des protagonistes. C’est une telle réussite que l’envoûtement fonctionne au-delà des joueurs mélancoliques.

La guerre des clones

Dans cet univers que ne renierait pas Hidetaka Miyazaki, vous aidez Mère à guider ses filles pour rétablir le monde d’avant. Un rapide tutoriel vous apprend les rudiments des combats tactiques au tour par tour, puis l’aventure commence. Votre première escouade se compose de 3 Sœurs. Chacune appartient à une classe différente : Maître-Lame pour le combat de mêlée, Chasse-Esprit pour celui à distance ou Garde-Foi dans le rôle du protecteur. Une quatrième classe sera accessible ultérieurement.

Les statistiques sont également attribuées automatiquement

Dans le Vide intérieur, qui sert de hub pour gérer votre armée, vous serez libre de créer d’autres Sœurs en échange de Vitae (monnaie du jeu). Les adeptes de la personnalisation seront déçus. Si vous pouvez choisir le prénom et la classe de votre nouvelle création, vous n’avez aucune emprise sur son aspect physique et vestimentaire.

Le jeu se découpe en ères de 7 jours, chacune aboutissant à un combat de boss. Lors de chaque journée, une ou plusieurs escarmouches vous sont proposées, sachant qu’une Sœur ne peut participer qu’à une seule d’entre elles. Les types de missions sont malheureusement restreints et restent classiques entre tuer tous les ennemis, survivre pendant une certaine durée ou réussir une extraction. Les réussir permet d’emmagasiner expérience et ressources afin d’améliorer vos combattantes. Lorsque certains paliers de niveau sont atteints, vous pouvez choisir une nouvelle compétence tactique parmi deux.

Le hub central du jeu

Des bonus sous la forme de Souvenirs peuvent s’appliquer aux compétences moyennant finance. Des traits de personnalité pourront également se débloquer aléatoirement au fil des combats ajoutant d’autres bonus et malus. Mais une fois de plus, peu de nuances différencient vos guerrières de même classe, du moins lors des premières heures de jeu.

Si vous aimez la vie, maîtrisez le temps

Lors de la sélection d’une escarmouche, vous êtes informé de sa difficulté, du type d’ennemis en présence et des récompenses maximales à récupérer. De 1 à 3 ou 4 Sœurs peuvent être engagées selon votre stratégie et progression dans le jeu. Les scènes de combat sont inspirées, glauques, superbes et suffisamment grandes pour déployer vos tactiques. Leur lisibilité n’est pas prise en défaut via les possibilités de zoomer et d’effectuer des rotations.

Le système de combat d’Othercide au tour par tour paraît de prime abord assez classique. Comme les ténors du genre, la gestion de vos points d’action est primordiale afin d’éliminer le plus vite possible les ennemis avant de subir des dégâts. La diversité des ennemis s’étoffe au fur et à mesure de votre avancée et chacun d’eux dispose d’attaques et de stratégies préférentielles qu’il vous faudra apprendre. Leur design est la plupart du temps très réussi, mélange effrayant de monstres insectoïdes ou d’entités au style gothique, et contraste avec l’allure élégante et majestueuse de vos Sœurs.

Maîtriser l’échelle de temps sera nécessaire pour vaincre

L’excellente idée qui pourrait se retrouver à l’avenir dans d’autres jeux du genre est le système d’initiative basé sur le temps. L’ordre des tours de jeu se modifie suivant les différentes actions déployées en fonction d’une échelle du temps de 0 à 100, située en bas de l’écran. Lors du tour d’une de vos Sœurs au temps 0, si vous dépensez moins de 50 points d’action, son prochain tour se situera en position 50. Par contre, si vous dépassez les 50 points, votre combattante entrera dans une rage et sa prochaine intervention sera repoussée à la position 100. C’est un choix tactique pertinent pour achever un ennemi ou fuir mais il vous fragilise si d’autres ennemis ou des actions à retardement peuvent intervenir avant votre prochain tour de jeu. Des compétences, actions et bonus/malus influent également sur cette frise du temps et vous permettent d’anticiper les événements. C’est incontestablement un point fort du gameplay qui améliore l’aspect tactique des combats et les rend passionnants.

Un jour sans fin

Néanmoins la gestion des points de santé de vos Sœurs sera vraiment pénible pour de nombreux joueurs. Aucun remède de guérison n’est disponible pendant les combats. Le seul moyen de soigner une guerrière sera d’en… sacrifier une autre de niveau équivalent ou supérieur en dehors des missions dans le Vide intérieur. Ce terrible geste remettra sur pied la bénéficiaire et lui donnera un bonus unique en souvenir de l’âme sacrifiée. Attention, ce dernier supplante le précédent afin d’éviter les accumulations.

Les sacrifices seront nombreux

Ce choix des créateurs du jeu entraîne de nombreuses naissances de Sœurs et multiplie les combats dans le seul but d’entretenir des futures condamnées pour la sauvegarde de votre escouade principale. Le titre devient ainsi rapidement répétitif. Ce sentiment est d’autant plus ressenti que les scènes de combat ne sont pas nombreuses, même si les hordes d’ennemis diffèrent.

Vos Sœurs mortes au combat seront nombreuses et rejoindront au cimetière les sacrifiées. La première rencontre avec un boss sera également une mission suicide pour l’immense majorité d’entre vous. La suivante également. Tout est à recommencer à chaque fois et une nouvelle réminiscence démarre. Le jeu semble mal dosé et punitif, très punitif.

Un combat intense va être livré

Même si rapidement vous pouvez ressusciter une des filles, la déception et la frustration sont immenses. Vous sentez une progression dans votre style de jeu mais elle paraît si faible par rapport au coup de massue que représente un recommencement. Certains défauts vous sautent aux yeux, tels des bugs ou une interface qui manque de finition. D’autres vous vrillent les tympans comme les interventions de Mère qui tournent en boucle. Après plusieurs heures, un sentiment de gâchis reste dans la bouche. Le titre avait un tel potentiel…

À la recherche du “flow”

Énormément de joueurs en resteront là et maudiront à jamais Lightbulb Crew. D’aucuns continueront à persévérer, la flamme n’étant pas encore entièrement éteinte. Peut-être serait-ce votre cas. Petit à petit vous commencerez à comprendre que la mort est nécessaire à la progression, que ce n’est plus un fardeau.

Les Souvenances faciliteront votre épopée

Des Souvenances se débloquent au fil de vos réussites et surtout de vos échecs. Elles vous apportent principalement des améliorations de statistiques et améliorent inéluctablement vos Sœurs.

Votre connaissance du jeu et des ennemis ne fait que croître à force d’expérimenter. Vous prenez aussi plus de temps à lire le Codex. Oui, lisez bien, encore et toujours ce fameux Codex. Il est définitivement la clé du jeu. Chaque ennemi rencontré y est analysé et livre ses secrets d’attaque, même les boss. Et vous criez au choix “Eurêka !” ou “Quel con !” L’humilité vous envahit et emprisonne votre orgueil. Vous comprenez que le jeu n’est pas punitif, mais exigeant, qu’il offre toute sa richesse après de longues heures de souffrance et de sacrifices.

Ça valait le coup d’insister. Vous finissez par réussir de plus en plus de missions sans égratignures. Vous maîtrisez la frise du temps, manipulez vos ennemis et enchaînez les combos dévastateurs, tel un Ballet du Bolchoï.

Le codex vous apprend les attaques des ennemis

Vous arrivez de nouveau devant le boss qui vous a ridiculisé tant de fois et vous accomplissez votre plus belle symphonie en lavant l’affront de la plus belle des manières. Vous profitez enfin de la bande-son, adaptée à l’univers sinistre du jeu et discrète lors des combats lambdas, majestueuse et entraînante lors d’un affrontement de boss. Oui vous avez trouvé le “flow”. Et même si à chaque nouvelle ère, vous ressentez ces passages répétitifs et frustrants, vous savez au fond de vous que vous atteindrez une fois de plus cet état euphorique que nous recherchons tous dans un grand jeu.

Le coin des chasseurs : Othercide propose 26 succès pour un total de 1000G. Finir le jeu une première fois activera quasiment tous les succès. Le plus difficile d’entre tous sera de terminer le jeu en une seule Réminiscence pour 100G.

Bilan

On a aimé :
  • La direction artistique somptueuse et inspirée
  • La gestion de l’échelle du temps lors des combats
  • Un jeu exigeant mais non punitif
  • Le système des Souvenances bien pensé
On n’a pas aimé :
  • Le manque de variété des scènes de combat et des objectifs
  • Une personnalisation des Sœurs limitée
  • Une certaine répétitivité le temps des apprentissages nécessaires
La Connaissance vaincra la Souffrance

Lightbulb Crew nous offre avec Othercide un titre qui ne fera pas du tout l’unanimité. Beaucoup de joueurs, attirés par son univers horrifique et sa direction artistique sublime, sortiront frustrés et déçus de cette expérience exigeante et répétitive. Les autres découvriront une œuvre passionnante d’une richesse insoupçonnée, en prenant le temps d’apprendre son univers, ses codes et son bestiaire. Finalement, Othercide est une très belle surprise dans la catégorie des jeux de combat tactique au tour par tour et ne devrait pas tomber dans l’oubli.

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Othercide

PEGI 16 Violence

Genre : Aventure/Réflexion

Editeur : Focus Home Interactive

Développeur : Lightbulb Crew

Date de sortie : 28/07/2020

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows, Steam

2 reactions

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deadlyegoalan

05 aoû 2020 @ 19:25

Très bon jeu et surpris de voir que Xboxygen n’a pas descendu le jeu.

Castalori

Rédaction

05 aoû 2020 @ 20:53

Pourquoi es-tu surpris @deadlygoalan ?