Test – Disney Epic Mickey : Rebrushed – Un remake pas dingo

Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait…
Pour quelles raisons peut-il être judicieux de sortir une nouvelle version d’un jeu vidéo ? La plus évidente consiste à pointer l’âge avancé du soft, justifiant ainsi l’occasion de lui mettre un petit coup de polish. Il y a également l’argument de faire découvrir des titres sortis initialement sur une seule console, ces fameuses exclusivités qui n’ont pu être jouées que par un nombre limité de joueuses et de joueurs. Enfin, et veuillez excuser notre mauvais esprit, mais les récents exemples démontrent que les éditeurs peuvent parfois adopter cette stratégie afin de vendre facilement d’importantes unités auprès d’un public nostalgique.
Alors, qu’en est-il pour Disney Epic Mickey : Rebrushed ? Rappelons que la version originelle était sortie exclusivement sur la console de septième génération de Nintendo en 2010. À l’époque, le jeu proposait une expérience originale grâce à un gameplay exploitant ingénieusement la télécommande de la Wii. On pouvait notamment orienter la manette vers l’écran afin de retranscrire des mouvements semblables à ceux que l’on ferait avec un pinceau. Avec ce remake, les développeurs autrichiens de Purple Lamp avaient la lourde tâche de réinventer la façon d’incarner la plus célèbre souris du monde, sans cette possibilité de gameplay tout en essayant de corriger les quelques défauts du titre de base. Malheureusement, nos rêves ne sont pas tous devenus réalité…

The Artist
S’il y a un personnage qui a oublié que la curiosité est un vilain défaut, c’est bien Mickey Mouse ! Une nuit durant laquelle il roupille paisiblement, il est réveillé par d’étranges bruits qui semblent provenir de son miroir. La souris ne trouve alors rien de plus normal que de traverser l’objet magique de sa chambre pour découvrir l’origine des sons. C’est ainsi qu’il se retrouve au beau milieu d’un laboratoire mystérieux, où un magicien est en train de concevoir une maquette ressemblant fortement à Disneyland. N’importe qui aurait déjà rebroussé chemin, mais pas notre héros ! Profitant d’une courte absence du sorcier, il s’approche du prototype et décide de s’amuser avec un pinceau. Mais, maladroitement, il renverse un pot de diluant sur le monde miniaturisé et choisit de filer en douce face à une créature fraîchement créée par cet accident.

Bien plus tard, le monstre en question parvient à attraper Mickey et à le projeter dans le monde imaginé par le magicien. D’une manière surprenante, cet endroit se révèle être un lieu de refuge pour tous les personnages abandonnés de Disney. Inutile de préciser que certaines de ces créations oubliées jalousent la souris devenue célèbre, comme Oswald le lapin chanceux. Et si l’on ajoute à ce sombre tableau la dévastation progressive de l’environnement causée par le pot de diluant renversé, vous comprendrez que notre mission principale consistera à aider Mickey à faire face aux conséquences de ses actes.

Sachez que la jolie cinématique introductive est visionnable à chaque lancement du jeu, probablement pour que les plus jeunes puissent bien comprendre cette intrigue assez déroutante. Les bases du scénario avaient fait couler beaucoup d’encre à l’époque de la sortie sur Wii. Sous la direction de Warren Spector, Disney Epic Mickey offrait un univers très différent de ce que la firme aux grandes oreilles est capable de proposer depuis bientôt un siècle. La traditionnelle dimension enchanteresse faisait place à une direction artistique plutôt sombre, et ce malgré la classification PEGI 7 du titre. Bonne nouvelle, la mouture Rebrushed n’a rien altéré à ce niveau-là ! Au contraire, elle en accentue l’ambiance grâce au travail effectué sur les différents environnements.
Les Temps modernes
Il aurait été surprenant qu’un jeu estampillé Disney ne subisse pas un gros travail sur le plan visuel. Dès les premiers niveaux de plateformes, on constate une certaine qualité dans les décors proposés. Le style est proche des cartoons du siècle dernier, celui mettant en valeur les planches dessinées avec des couleurs vives. Un aspect légèrement vieillot qui demeure charmant, mais qui rend le titre nettement moins vivant. Cette impression technique se ressent d’ailleurs en se déplaçant dans les zones en trois dimensions. Hormis les personnages ou certains éléments tels que des barques, tout est figé autour de Mickey. Mean Street, l’endroit où l’on passera à plusieurs reprises durant l’aventure, ressemble à une rue fantôme !

À l’inverse, les détails fusent à tous les plans dans les zones en 2D. Il s’agit de niveaux faisant la transition entre deux environnements ouverts, tout en rendant hommage aux longs-métrages de Disney. Quel plaisir, par exemple, de sauter sur le bateau aperçu dans le film Steamboat Willie, surtout avec ces graphismes old-school des plus réussis ! Bien que ces phases ne présentent aucune difficulté, on se surprend à y passer plus de temps que prévu pour en admirer les moindres détails. Toutefois, si la découverte s’avère agréable, les nombreux retours dans les mêmes endroits deviennent forts déplaisants à la longue. Il aurait été judicieux de mettre un téléporteur ou une carte du monde pour pouvoir choisir où aller à n’importe quel moment.

Disney Epic Mickey : Rebrushed agrémente le voyage d’un grand nombre de cinématiques plutôt réussies. L’esprit des premières œuvres du cher Walt se retrouve dans ces animations qui, cependant, brillent aussi par l’absence de doublage audio. Alors certes, les personnages font souvent des petits bruits amusants, mais cela reste insuffisant au regard de la qualité des dialogues sous-titrés. Plus globalement, les musiques du jeu sont assez plaisantes et proches des sons que l’on a immédiatement en tête en pensant à cette firme. It’s a small world after all…
Big Eyes
La façon de jouer a été complètement repensée pour s’adapter au fonctionnement des manettes des consoles actuelles. En bon jeu de plateformes, notre héros peut sauter plus ou moins partout autour de lui. Cependant, toute la magie du gameplay de Disney Epic Mickey tourne autour de l’utilisation d’un pinceau magique. Celui-ci peut envoyer, au choix, de la peinture ou du diluant à tout moment, si tant est que nos jauges de liquides ne soient pas à sec.

D’une manière plus simplifiée, il revient au joueur de déterminer s’il souhaite faire le bien ou le mal dans le monde de la désolation. Lors des phases d’exploration, certains éléments du décor peuvent être peints pour pouvoir redevenir comme ils étaient avant la bêtise initiale de Mickey. En remettant de la couleur un peu partout, on permet à la souris d’atteindre des endroits inaccessibles ou encore de trouver des trésors contenant divers artéfacts. À contrario, il est parfois nécessaire de diluer certaines surfaces pour découvrir des zones secrètes. Les deux différents boutons de la manette activent automatiquement une cible à l’écran permettant de viser où l’on souhaite. L’icône devient verte quand un élément est peignable, ce qui évite de perdre du temps et des ressources inutilement. Malheureusement, ce système est vraiment imprécis. Il nous est arrivé à de nombreuses reprises de projeter du liquide dans le vide malgré un bon ciblage.

Ce défaut majeur se constate aussi lors des combats contre des ennemis. La visée est difficile lorsque le nombre d’adversaires devient important, surtout à partir de la deuxième partie de l’aventure. Il est possible d’utiliser de la peinture sur les créatures qui cherchent à réduire à néant les cœurs de vie de Mickey. Cela les rend amicaux et ils deviennent alors des compagnons provisoires lors des affrontements. L’autre solution consiste à envoyer du diluant sur eux pour les détruire. Si le jeu ne pousse pas énormément sur la dimension stratégique, il a le mérite de proposer des choix moraux intéressants. Les duels face aux boss peuvent se conclure de deux façons différentes, engendrant ainsi des conséquences distinctes. Il est impossible de tout faire en une seule partie, et les développeurs se sont bien appliqués pour rendre leur titre rejouable, tout en essayant d’avoir une autre approche.
Fantasia
Disney Epic Mickey : Rebrushed fourmille de petites quêtes secondaires plus ou moins originales. La plupart d’entre elles consiste à retrouver une babiole perdue par l’un des personnages oubliés de Disney. Cependant, il arrive parfois que l’objet en question puisse servir à ouvrir une zone secrète ou qu’un autre individu nous propose de résoudre le problème d’une façon différente. De ce fait, les récompenses changent et titillent en nous cette envie de savoir ce qui serait advenu en faisant l’autre choix.

Il y a pléthore de contenu à débloquer dans le jeu. Outre les costumes pour équiper la célèbre souris, il existe des bobines dissimulées dans les niveaux en 2D qui permettent de découvrir des morceaux issus de vieux films Disney. On peut d’ailleurs se rendre dans un cinéma à Mean Street afin de visionner ces œuvres intemporelles. Il y a aussi des héros sous une forme robotique, comme Dingo et Donald, qu’il faudra aider puisque leurs membres ont été dispersés un peu partout dans le monde de la désolation. Le fan service est assez impressionnant et ne manquera pas d’émerveiller les amoureux de la firme aux grandes oreilles.

L’aventure se boucle en une douzaine d’heures. Les chasseurs de succès auront besoin de terminer une deuxième partie en combattant les boss avec des approches radicalement opposées lors des deux runs. Comme nous l’avons déjà mentionné précédemment, Disney Epic Mickey a un potentiel de rejouabilité plus important que d’autres titres du même genre. Ses défauts n’empêchent vraiment pas de prendre du plaisir dans cet univers si atypique, surtout si vous découvrez le jeu pour la toute première fois. Toutefois, il reste encore trop de petites imperfections pour nous offrir ce monde aux mille et une splendeurs tant espéré…
Testé sur Xbox Series S, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- L’originalité de l’histoire dépeinte à l’écran
- Les inspirations artistiques des niveaux en 2D
- Les mécaniques de jeu autour de la peinture et du diluant
- Le contenu à débloquer invitant à remettre la blouse après la fin
On a moins aimé
- Le gameplay manquant de fluidité et de précision
- Les allers-retours qui entachent le rythme de l’aventure
- L’impression de jouer davantage à un remaster qu’à un remake
Conclusion du test de Disney Epic Mickey : Rebrushed
L’illustration du strict Minnie-mum…
Ne nous emmêlons pas les pinceaux, Disney Epic Mickey : Rebrushed propose une aventure plutôt attirante pour un large public. Les différents niveaux présentent des rendus dignes des productions animées de la célèbre firme avec, en toile de fond, un bel hommage aux personnages oubliés par le temps. Notre nuance porte davantage sur la forme de cette version qui ne cadre pas avec les objectifs annoncés. Les principaux additifs au gameplay ne permettent pas de corriger les défauts du jeu de base. Après quelques heures, nous observons même des craquelures sur le tableau d’ensemble à cause de sauts hasardeux ou des tirs imprécis. Il manque donc encore un peu de gouache au titre pour pouvoir devenir un véritable chef-d’oeuvre…