Test – Digimon Story Time Stranger – Un JRPG solide et réussi

Après quelques années de silence, les digimon reviennent en force avec Digimon Story Time Stranger. Ce JRPG au tour par tour signé Bandai Namco reprend les codes du genre tout en offrant une aventure accessible aux nouveaux venus et riche en contenu pour les fans. Entre enquête paranormale à Tokyo, collection de plus de 450 créatures et système d’évolution ultra flexible, Time Stranger marque un retour solide malgré quelques défauts techniques persistants.
Un peu de digistoire

Parfois considérée comme la petite sœur boiteuse et mal-aimée de Pokémon, la licence Digimon a pourtant réussi à percer là où beaucoup de copies des Pocket Monsters de Nintendo ont échoué. En septembre 2000, soit neuf mois après le début de celle consacrée à Pokémon, la série animée Digimon est diffusée en France et connaît un succès fulgurant, accompagné par des ventes de cartes, de figurines et bien sûr de jeux vidéo dérivés. Le premier d’entre eux, Digimon World sur PlayStation, sera un semi-échec commercial et critique : trop dur, trop centré sur l’élevage de créatures et trop opaque pour celles et ceux qui ne sont pas déjà fans de la franchise.

Après ça, les titres vont s’enchaîner avec plus ou moins de réussite. La licence connaît des hauts et des bas, mais reste, particulièrement hors du Japon, la seule concurrente sérieuse à celle des Pokémons. Ironiquement, alors que la France possède l’une des plus grosses communautés de fans de Digimon, très peu de jeux vidéo mettant en scène les monstres virtuels sont parvenus jusqu’à nous. Avec Time Stranger, Bandai Namco souhaite proposer un RPG qui parle autant aux passionnés qu’aux curieux qui souhaitent découvrir l’univers de Digimon. Un pari audacieux après un Digimon Survive qui n’a pas su convaincre en 2022.



Digiventure

Digimon Story Time Stranger est donc un RPG au tour par tour dans la lignée des jeux Persona. Il vous place dans la peau d’un ou d’une membre de l’organisation ADAMAS chargé d’enquêter sur des phénomènes paranormaux. Votre aventure débute alors que Tokyo est en crise : le quartier de Shinjuku a été scellé par les autorités à cause d’une anomalie apparue au siège du gouvernement. Une fois infiltré, vous découvrez que le bâtiment est envahi de digimon, des créatures étranges et inconnues. Si certaines se montrent agressives, d’autres choisissent de se battre à vos côtés pour tenter de sauver à la fois le monde réel et le digimonde.

En vous plaçant dans la peau d’un personnage qui découvre les digimon, le jeu permet aux novices d’appréhender l’univers en douceur, sans longueur ni lore au kilomètre pour les connaisseuses et connaisseurs. De la même manière, le titre reprend les codes classiques du RPG au tour par tour de façon à conforter les habitués du genre, mais accompagne très bien les débutants. La comparaison avec Persona est particulièrement pertinente pour cet épisode, en premier lieu à cause de son univers qui permet d’explorer un Japon réaliste (essentiellement Akihabara et Shinjuku) et un digimonde exubérant nommé Iliad.

Les lieux sont divisés en différentes zones interconnectées, remplies d’objets à trouver, de boutiques où acheter tenues, compétences et objets de soutien, et de PNJ avec qui discuter. D’ailleurs, si le jeu vous demande de choisir le genre de votre personnage en début d’aventure, l’autre devenant l’opérateur qui vous fournira son soutien au fil du récit, il est possible de les intervertir à l’envi, à tout moment. De même, Time Stranger propose d’habiller son héros ou son héroïne de toutes sortes de tenues différentes, qui sont parfois plus qu’un accessoire cosmétique, puisque nécessaires pour accomplir certaines quêtes annexes.

I choose you

Comme dans les jeux Pokémon, il faut choisir un compagnon parmi trois propositions en début d’aventure. Néanmoins, ce choix est beaucoup moins déterminant que dans la licence de Nintendo, étant donné que l’évolution des digimon n’est pas linéaire. En effet, tous peuvent « digivoluer » en quatre ou cinq créatures différentes, en fonction de l’affection qu’ils vous portent, de leur personnalité (influençable en discutant avec eux, car, contrairement aux pokémon, ils parlent) et de leurs caractéristiques. Il est également possible de les faire « dé-digivoluer » afin de les ramener à leur forme précédente. Une digivolution peut radicalement changer la forme et les pouvoirs d’un digimon, et donc influer sur ses capacités de combat.

Pas de capture à base de prison de poche et de syndrome de Stockholm ici ! Pour obtenir de nouveaux digimon, il faut les combattre. Cela permet de les analyser, puis d’en créer des copies avec votre digivice, objet qui sert à la fois de téléphone, d’arme et de menu principal au jeu. À ce sujet, la navigation dans les différentes sections du digivice manque d’ergonomie. Comprenez par là qu’il faut sans arrêt alterner entre objets, statut des digimon et digivolution, pour savoir quoi leur donner pour augmenter leurs stats afin qu’ils évoluent de la manière souhaitée, là où une vision globale de tous ces paramètres aurait fait gagner énormément de temps.

C’est là l’un des rares reproches à adresser au titre, qui se montre par ailleurs plutôt efficace dans son gameplay, son scénario et ses activités annexes. Digimon réussit bien mieux que Pokémon dans son aspect « collection de créatures », puisque le côté non linéaire ajoute un effet de surprise qui donne envie d’entraîner chaque monstre pour découvrir ses possibilités d’évolution. La montée de niveau des petites créatures est d’ailleurs facilitée, vu qu’elles engrangent de l’expérience même lorsqu’elles ne participent pas aux combats.

Combamon

Sur le terrain, trois créatures peuvent constituer l’équipe de combat et trois autres l’équipe de soutien, qui permet de remplacer un membre K.O. au pied levé. En plus de cela, le scénario vous fournira très régulièrement des compagnons additionnels (jusqu’à trois), qui agissent par eux-mêmes et qui ne peuvent ni mourir ni être soignés (ce qui n’empêche pas le game over si vos propres digimon sont tous décimés). À ce titre, Aegiomon fait exception, puisqu’il vous accompagnera durant presque l’intégralité de l’aventure et sera contrôlable (et mortel), bien qu’il fasse partie de cette équipe additionnelle. Du reste, le gameplay en combat propose une roue d’action similaire à celles de Persona, Like a Dragon ou encore Clair Obscur, divisée entre attaque, blocage, compétences et objets. Notez que l’utilisation de ces derniers ne met pas fin au tour, il ne faut donc pas hésiter à en user.


De prime abord, le système d’éléments qui définit les digimon semble proche de celui de Pokémon. Chaque créature dispose d’un attribut (antivirus, données, virus, libre, variable ou inconnu), qui fonctionne comme le type d’un pokémon et définit ses forces et ses faiblesses. Antivirus est efficace contre virus, qui prend l’avantage sur données, qui lui-même bat antivirus. Sauf que les autres attributs n’offrent ni avantage ni désavantage particulier lors des affrontements, ce qui casse l’aspect chifoumi habituel de ce genre de titre. Ces attributs sont couplés à des forces et faiblesses élémentaires plus classiques (feu, glace…) pour définir les avantages et les inconvénients d’un digimon face à un autre. C’est ce qui fait que deux digimon de feu pourront obtenir un résultat d’attaque différent face au même ennemi tout en usant d’une capacité identique, puisque l’attribut va venir modifier celle-ci.

Parallèlement à cela, vos monstres peuvent être équipés de deux objets afin d’améliorer leurs statistiques ou d’obtenir un bonus précis, tel qu’une résistance au poison ou une augmentation de l’argent gagné grâce aux affrontements. En plus des compétences qu’ils héritent naturellement en accumulant de l’expérience, les digimon possèdent également des capacités de liaison, qu’il est possible de leur enseigner grâce à des disques de données trouvables ou achetables. Il n’y a pas de restriction quant au type de compétences que vous pouvez apprendre aux digimon (elles sont en revanche limitées à quatre), ce qui permet une personnalisation poussée de votre créature préférée.

Tout ça peut sembler complexe, mais en réalité le jeu introduit ces mécaniques de façon progressive et, comme pour Pokémon, vous laisse choisir de jouer en vous contentant du minimum si vous souhaitez juste profiter du scénario ou bien de fignoler le moindre détail de votre partie. Votre personnage n’est pas non plus juste là pour donner des ordres, il possède son propre arbre de compétences permettant soit d’améliorer globalement vos digimon, soit d’apprendre des aptitudes de combat spécifiques au protagoniste. Celles-ci sont appelées « arts croisés » et offrent des avantages divers, comme une attaque surpuissante ou un soin de toute l’équipe. Pour les déclencher, il faudra accumuler suffisamment d’énergie, un peu à la manière des limit break de Final Fantasy.
Pause goûter

Le jeu propose tout un tas d’activités annexes afin d’éviter la monotonie. Des quêtes secondaires, bien évidemment, mais aussi un jeu de cartes aux règles quelque peu aléatoires, dont les visuels reprennent la première série de TCG Digimon. Un espace liminal entre le monde des humains et celui des digimon, dont l’accès ressemble beaucoup à celui de la chambre de velours de Persona 5, baptisé le « cinéma de l’entremonde », propose des boutiques exclusives, l’accès à certaines zones cachées et, surtout, la Digiferme. Sous la forme d’une miniplanète entièrement personnalisable, celle-ci ne permet pas seulement de stocker les digimon qui ne vous accompagnent pas sur le terrain, mais offre tout un panel de fonctionnalités.


Vous pouvez y façonner la personnalité de vos digimon grâce à des entraînements ciblés ou de la nourriture à leur donner. Les créatures y gagnent d’ailleurs de l’expérience au même rythme que celles en réserve qui vous accompagnent dans l’aventure. Nourrir un digimon renforce son affinité et lui permet de conserver un pourcentage cumulé de ses statistiques lorsqu’il digivolue ou dé-digivolue. L’entraînement permet, quant à lui, de faire progresser une statistique précise et un trait de personnalité associé, selon le type d’exercice choisi (par exemple, la course à pied améliore la vitesse et rend votre digimon plus valeureux). Tous ces outils permettent de véritablement créer des digimon uniques, qui colleront à votre style de combat. La Digiferme peut néanmoins être totalement laissée de côté par celles et ceux qui préfèrent se concentrer sur l’histoire plutôt que sur la stratégie. Encore une fois, les Japonais de Media.Vision se sont efforcés de rendre leur jeu accessible à tous les types de joueuses et joueurs.

Côté graphismes, pas de quoi être déçu. Se balader dans les environnements, qu’il s’agisse d’Iliad ou de Tokyo, est un plaisir en soi, tant ils sont vastes et joliment modélisés. On regrette que les premiers donjons soient assez pauvres d’un point de vue design (un immeuble en ruine, des égouts, encore des égouts…) alors que le reste du jeu se montre capable de beaucoup plus de variété et d’originalité. Mention spéciale aux donjons extérieurs, ces niveaux-épreuves additionnels au look psychédélique ! Plus ennuyeux, le fait que le protagoniste soit muet est assez ridicule, d’autant qu’il s’exprime, mais sans être doublé, alors que tous les autres personnages le sont. C’est encore plus dommage lorsque l’on considère que changer le genre du héros ou de l’héroïne dans le menu, le/la fait basculer dans le rôle d’opérateur et lui donne alors une voix…




Enfin, il nous faut signaler que notre aventure a été gênée par de nombreux bugs : freeze pur et simple, boss immortel, écran noir, texte ou menu qui ne s’affiche pas… Si Bandai Namco a affirmé qu’ils étaient connus et que les équipes se mobilisaient pour régler tous ces problèmes, ils sont, à l’heure où ces lignes sont écrites, toujours présents. Néanmoins, aucun bug, aussi contraignant soit-il, ni aucune longueur dans les temps de chargement n’a suffi à ruiner notre plaisir : Digimon Story Time Stranger est un bon jeu ! Sans réinventer le JRPG, il offre une aventure longue, solide, un scénario sympathique et un gameplay efficace. La digimania va donc pouvoir repartir de plus belle !
Testé sur Xbox Series X, avec des voix japonaises, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- Les plus de 450 digimon à collectionner
- L’aventure longue et bien rythmée
- Les graphismes chouettes et les environnements variés
- Le fait que le jeu soit à la fois une porte d’entrée pour les néophytes et une lettre d’amour aux fans
On a moins aimé
- Les nombreux bugs
- Le manque d’ergonomie des menus du digivice
- La manipulation trop sensible dans la Digiferme (qui fait valider n’importe quoi par accident)
Conclusion du test de Digimon Story Time Stranger
Avec Time Stranger, la franchise Digimon fait son grand retour au travers d’un jeu solide, accessible sans être simpliste et terriblement addictif. Préparez-vous à passer du temps à travailler les stats de vos créatures préférées afin de les faire digivoluer en des formes toujours plus puissantes et originales, au travers d’une histoire intéressante et plus mature que ce à quoi la licence a pu nous habituer. Un vrai plaisir, aussi bien pour les aficionados que les nouveaux venus.
Et encore, je ne vous ai pas parlé des digimontures, des voyages rapides à dos de birdamon, des fusions de digimons et j’ai été soft sur le scénario qui est vraiment profond pour un jeu Digimon.
merci pour le test alex ! au top comme d’hab !