Test – Slitterhead – Que vaut le nouveau jeu du créateur de Silent Hill ?

Un jeu d’un autre temps
Slitterhead est le tout premier projet de Bokeh Game Studio, une société fondée par Keiichiro Toyama en 2020 suite à son départ de Sony Interactive. Connu pour son travail sur Gravity Rush et Forbidden Siren, le papa de Silent Hill se lance dans une nouvelle aventure avec Slitterhead qui s’annonce comme une expérience particulière et originale.

Lors de la Summer Game Fest, la bande-annonce de Slitterhead a su retenir l’attention grâce à son atmosphère à la fois intrigante et effrayante, laissant présager un jeu prometteur. Après plus de quatre ans d’attente, Slitterhead est-il à la hauteur de nos espérances ?
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On y incarne le Hyoki, un esprit en quête d’un hôte. Dépourvue de corps physique et ayant perdu tous ces souvenirs, cette entité recherche une enveloppe charnelle à posséder. Après avoir pris possession du corps d’un chien et étant avide de réponses, l’esprit se lance à la recherche de fragments de mémoires dispersés dans toute la cité. Capable de posséder à la fois des êtres humains et des animaux, il découvre rapidement que son objectif est de combattre et d’éradiquer des créatures terrifiantes, nommées les Slitterheads, qui prennent le contrôle des hommes en infiltrant leur cerveau.
Être ou ne pas être ?
Le gameplay de Slitterhead repose principalement sur l’utilisation du Hyoki. Grâce à sa capacité de possession, on peut se déplacer à travers la ville en passant d’un corps à un autre et en contrôlant leurs actions. Pour cela, on dirige la caméra de cible en cible afin d’activer la possession, ce qui permet des transitions fluides entre les personnages et rend l’exploration dynamique et immersive.

Certaines facultés sont essentielles à la réussite de notre mission. Par exemple, dans le corps d’un animal, les odeurs nous guident sur la piste des Slitterheads. Dans un hôte humain, des lumières bleutées flottant dans l’air nous révèlent leur présence. Nous avons également l’attrape vision, une capacité qui permet de voir à travers les yeux de notre proie et de la localiser plus rapidement. L’aventure est aussi ponctuée par des séquences d’infiltration et d’enquête afin de recueillir des informations pour lever le voile sur le mystère des Slitterheads.

Au fil de ses rencontres, le Hyoki bénéficie du soutien d’alliés humains, appelés les Êtres rares. Ainsi, dès le prologue, on fait la connaissance de Julee, aux griffes de sang puissantes, dignes de Wolverine, et possédant des pouvoirs de guérison. Dotés d’aptitudes de combat spécifiques et uniques, ces Êtres rares sont aussi capables de communiquer avec le Hyoki. En prenant possession de leur corps, l’esprit peut exploiter leurs compétences particulières, qui se révèlent très efficaces lors des affrontements contre les Slitterheads.
Les combats contre les créatures sont basés sur des pouvoirs de sang et d’esprit, que l’on débloque au cours de l’aventure. Chaque Être rare possède une arme de sang, qu’il faut remplir de points de vie (PV). Après plusieurs attaques, l’arme peut se briser, entraînant une perte de sang et une diminution de la jauge d’autonomie. Parer les offensives est essentiel, en les déviant à l’aide d’un indicateur visuel, ce qui nécessite de bons réflexes et un peu de concentration.

En cas de réussite, la créature est déséquilibrée, permettant une contre-attaque efficace, tout en rechargeant l’arme de sang. Le mode “temps de sang” s’active alors, ralentissant le temps, et permettant d’exécuter des attaques plus puissantes, ce qui offre un avantage certain. Si l’hôte périt, l’âme est éjectée et doit trouver un nouveau corps dans un laps de temps imparti. Après la mort du troisième corps, c’est le game over.
Le jeu est structuré en courtes missions, à l’issue desquelles on revient systématiquement au menu principal. Avant d’en lancer une nouvelle, il est nécessaire de choisir deux êtres rares pour nous accompagner. Ce choix est important car leurs talents peuvent se compléter et faire toute la différence sur le terrain, certains personnages étant indispensables pour accomplir des actions spécifiques. Divers onglets permettent de naviguer dans les menus pour dépenser les jetons de compétence, discuter avec le Hyoki, consulter les conversations passées et visiter le dressing pour équiper les éléments cosmétiques obtenus.
Un univers inspiré par le manga Parasyte
L’histoire des Slitterheads et de leur origine nous a immédiatement captivés. L’intrigue se dévoile progressivement, avec un suspense bien dosé, qui nous incite à vouloir en découvrir davantage. Ces horribles monstres, qui s’infiltrent dans le cerveau humain, semblent s’inspirer du célèbre manga Parasyte. Les similitudes sont nombreuses, tant au niveau des créatures que des Êtres rares et de leurs armes de sang. Voilà qui ravira les fans et maintient l’intérêt du joueur, ce qui est un bon point.

La mécanique de traque via la possession est essentielle pour pister les Slitterheads à travers la mégapole, grâce à des déplacements rapides et faciles, pour contourner des dangers ou des obstacles, et pour atteindre les hauteurs, telles que des rooftops. Posséder les passants est une expérience réussie et divertissante, presque grisante. La réactivité est au rendez-vous et l’on prend plaisir à passer d’un jeune homme dynamique et robuste à une grand-mère vulnérable et lente, ajoutant une diversité amusante que l’on savoure.
De plus, les combats en temps réel sont à la fois plaisants et fluides, avec une caméra qui suit généralement bien l’action. Ils exploitent efficacement la mécanique de la possession et les capacités des êtres rares, offrant des approches stratégiques intéressantes et variées en fonction des personnages utilisés. Chaque protagoniste dispose d’un tutoriel pour se familiariser avec lui ainsi que des salles d’entraînement. La rencontre avec ces personnalités exceptionnelles attise aussi notre curiosité, nous incitant à découvrir leurs compétences ainsi que leurs histoires personnelles, ce qui enrichit la trame narrative.

Par ailleurs, la modélisation des créatures aliens est une belle réussite. Qu’il s’agisse d’humanoïdes ou d’insectes géants, tels que des pieuvres ou des mantes religieuses, les variantes sont intéressantes et leurs métamorphoses apportent du dynamisme et de l’intérêt et leurs animations sont efficaces.

Les affres de la répétition
Toutefois, Slitterhead nous dicte constamment la marche à suivre, nous prenant trop par la main. Les personnages ne cessent de donner des indications, laissant peu de place à la réflexion, ce qui est dommage. De plus, les missions s’enchaînent et se ressemblent, selon un schéma répétitif, au détriment de la surprise, créant de ce fait une certaine lassitude qui donne l’impression de refaire toujours les mêmes choses et qui révèle vite les limites du jeu.
Le titre manque globalement de rythme, avec ses tutoriels omniprésents qui interrompent l’action, ses conversations statiques aux effets sonores restreints et qui sont obligatoires, sous peine d’être bloqué dans la progression. Les scènes d’infiltration sont certes une bonne idée, mais elles sont brèves et peu captivantes, avec des personnages qui s’accroupissent automatiquement, signalant ainsi leur commencement de manière trop évidente. Les courses-poursuites récurrentes suivent souvent des parcours identiques, devenant redondantes et monotones. Tous ces éléments, combinés aux retours systématiques au menu après chaque mission, cassent la dynamique du jeu.
De plus, l’histoire se déroule sur trois jours et les facultés temporelles du Hyoki nous contraignent à rejouer les missions préalablement accomplies à travers plusieurs boucles temporelles. Cela nous oblige à retourner aux mêmes endroits par les mêmes itinéraires et à répéter les mêmes actions, nous faisant revivre les mêmes expériences, ce qui accentue encore davantage le sentiment de redondance.

Les graphismes de Slitterhead sont également décevants. Ils sont visuellement datés et les textures ne sont pas très attrayantes, sans doute en raison d’un manque de budget. Les personnages eux-mêmes sont rigides, peu esthétiques et dépourvus d’expressions faciales, ce qui renforce l’aspect vieillot du titre. De même, les intérieurs des bâtiments sont souvent similaires, se résumant à de longs couloirs gris aux structures peu engageantes. Les cartes semi-ouvertes sont restreintes, et leur exploration limitée. On arpente toujours les mêmes rues, ruelles et toits. Et, si l’on tente de prendre un autre chemin, on se heurte à des murs invisibles, ce qui est frustrant.
Par ailleurs, on aurait apprécié un bestiaire ennemi bien plus riche. Malgré quelques transformations intéressantes, notamment celles des boss, on a rapidement l’impression d’en avoir fait le tour. Les quelques variantes existantes ne sont pas suffisantes alors qu’il y avait pourtant matière, c’est regrettable.

Soulignons aussi que les personnages ne bénéficient pas de véritables dialogues ni de doublage en français, puisqu’ils sont uniquement en VOST. De plus, les conversations avec le Hyoki se déroulent sous forme de visual novel avec des plans fixes, ce qui contraste avec le reste de l’œuvre. Les personnages ne parlent pas vraiment, se contentant de quelques mots et surtout de grognements. Ce choix surprenant nous sort un peu du lore et devient lassant à entendre sur la durée. Cet aspect désuet met en lumière les faiblesses techniques de Slitterhead.
Quant aux thèmes musicaux, à l’exception du générique d’ouverture, les fonds sonores qui accompagnent les menus sont plutôt inégaux. Alors que l’on démarre avec une introduction efficace, il n’en est pas de même une fois dans les menus, les musiques semblent datées et peu diversifiées.
De plus, l’expérience globale est ternie par des problèmes techniques fréquents, tels que des bugs de collision où les personnages sont encastrés dans les portes. Les soucis de caméra, qui est parfois capricieuse, nuisent à l’immersion, avec des personnages qui disparaissent selon l’angle de vue, ou nous faisant passer sous les décors, avec des effets peu flatteurs, ce qui est dommage.
La durée de vie de Slitterhead est correcte, variant entre quinze et vingt heures, en incluant les missions secondaires.
Slitterhead est disponible depuis le 8 novembre sur Xbox Series X|S, Xbox One, Playstation 5, Playstation 4 et PC,
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur
Le Bilan
On a aimé
- L’histoire
- La mécanique de possession
- Les Êtres rares et leurs capacités
- Les combats agréables
- La modélisation des créatures
- Le thème musical d’ouverture
On a moins aimé
- Le gameplay dirigiste
- Les missions en boucles temporelles
- Les graphismes vieillots
- Les humains rigides et inexpressifs
- Le manque de rythme
- L’absence de véritables dialogues
- Le bestiaire alien peu varié
- Les bugs de collision
- Les soucis de caméra
Conclusion du test de Slitterhead
Un potentiel monstrueux, mais dévoré par des faiblesses techniques
Malgré un casting de renom et une intrigue prometteuse d’invasion alien, Slitterhead peine à convaincre. La mécanique ingénieuse de la possession, les combats plaisants et les compétences offertes par les Êtres rares sont des atouts, mais ils ne suffisent pas à compenser les faiblesses techniques. Celles-ci se manifestent rapidement à travers des missions répétitives et dirigistes, des problèmes de caméra, des bugs de collision et des graphismes datés qui ternissent l’expérience. Cela est d’autant plus regrettable que le titre possède un potentiel indéniable, mais hélas sous-exploité, nous laissant une impression mitigée et teintée de déception.