Test - Tell Me Why - Dontnod ne fait pas peau neuve

«Le secret de son succès» , - 6 réaction(s)

Après le succès des Life is Strange, Dontnod et Microsoft se sont rapprochés pour une collaboration exclusive. L’occasion pour l’un de raconter une nouvelle histoire et pour l’autre de pouvoir proposer un jeu narratif à ses fidèles abonnés du Xbox Game Pass et autres joueurs saturant d’expériences multijoueurs. Est-ce que la recette des petits Français est toujours bonne, c’était la grande question à se poser durant la campagne promotionnelle tant le concept avait l’air très proche de leurs précédents succès. Tell Me Why est-il un skin de Life is Strange ? Après avoir pu jouer aux trois épisodes, c’est l’une des questions à laquelle on peut vous répondre.

Tyler anyways

Tell Me Why commence lorsque Tyler quitte le centre d’accueil pour jeunes dans lequel il vivait depuis dix années. De cette longue période, il ressort totalement changé. D’une part parce qu’il y a passé toute son adolescence jusqu’au passage à la vie d’adulte, mais aussi parce qu’il est une personne trans ayant décidé de devenir homme. Tyler vivait auparavant avec sa sœur jumelle, Alyson, et leur mère, Mary-Ann, avant d’être séparés dans des circonstances douloureuses.

Les sous-titres sont réglables à notre guise

Mary-Ann est morte durant une nuit d’hiver. Cet événement est ce qui a séparé les enfants mais c’est aussi ce qui va les rapprocher. La transidentité du personnage de Tyler n’est pas ici le centre de l’histoire même si cette caractérisation du personnage n’est pas opportuniste. Le vrai but du jeu est de démêler le passé en prenant pour point de départ les retrouvailles mais aussi la mise en vente de la maison familiale laissée en l’état durant toutes ces années. De madeleines de Proust en confrontations, les faits font ressurgir toutes sortes d’émotions que Tell Me Why tente de retranscrire manette en main.

Les personnages et les dialogues ont disposé d’un soin particulier afin de sonner juste dans le but de partager le tourbillon émotionnel traversé par chacun durant toute l’histoire. Chaque moment du jeu prend le temps de bien expliquer ce que ressentent les personnages pour garder le cheminement des émotions et leurs réactions les plus logiques possibles. En cela, comme dans le fait d’avoir inclus un personnage trans avec une approche respectueuse et réaliste sans forcer le trait, Tell Me Why fait preuve d’une maturité certaine et d’un vrai savoir-faire narratif sur des thématiques pas évidentes à aborder dans ce média.

The Crying Game

Le jeu ne parvient pour autant pas à remplir tous ses objectifs, la faute à sa conception technique manquant d’ambition. Il aurait mérité de sortir du format épisodique, notamment. Le rythme du jeu est un peu bancal et l’obligation de terminer un épisode sur un climax pour donner envie du suivant ne fonctionne pas avec une histoire aussi intimiste. Ces pics d’intensité font ressortir les moments creux du gameplay dans lequel on se replonge ensuite. Il faut dire que la recette Life is Strange est reprise ici à son strict minimum, laissant le joueur très passif. On est loin de la maestria de certaines mécaniques de gameplay pour nous amener à partager des émotions d’un What Remains of Edith Finch. Il y a bien quelques tentatives sur la dernière partie, mais elles sont trop timides.

Les visions laissent le joueur très passif

L’apport du fantastique dessert aussi pas mal l’impact émotionnel d’une histoire se voulant très humaine. C’est l’autre gimmick sonnant trop jeu vidéo qui n’aurait pas dû prendre place dans ce drame. Pour mettre en lien les deux personnages que l’on dirige au gré des scènes, la capacité de communiquer par télépathie est une première facilité dont le joueur peut s’accommoder car elle est passive, mais l’autre élément fantastique amène les souvenirs à prendre vie par le biais de fantômes du passé rejouant des moments-clés. L’idée de mettre en avant les différences des souvenirs conservés par les deux protagonistes est intéressante, si ce n’est que cela amène juste des boucles de gameplay sans intérêt laissant toujours le joueur plus spectateur des faits au lieu de l’impliquer. Il y aura bien des choix à faire mais la trame ne change pas beaucoup ici, seuls les ressentis des personnages sont impactés. Le titre aurait gagné à assumer un peu plus son côté narratif en travaillant davantage un lien entre événements et gameplay au lieu de s’engoncer dans une formule simpliste où l’exploration pour collecter des informations en farfouillant dans quelques placards et remuant quelques papiers est la seule chose proposée. Il y a bien quelques énigmes qui nécessitent de se référer à un livre de contes rédigé par Mary-Ann, mais c’est peu pour varier l’expérience d’autant plus que la construction de chaque épisode se déroule sur un schéma identique.

Alyson a des raisons d’être pensive

Ces écueils sont fort dommageables car le travail d’écriture est bon, tout comme la direction artistique. Les quelques lieux que l’on visite (un peu trop en boucle, peut-être) sont agréables et les créations artistiques que le personnage de Mary-Ann créait pour ses enfants sont aussi chouettes que naïves, qu’il s’agisse des contes, des dessins ou des objets bricolés. Un univers qu’un Michel Gondry n’aurait pas renié. Toute la découverte de la personnalité de cette mère atypique par le biais de son legs est très intéressante.

Certains panoramas sont plutôt jolis

De la musique aux décors, du choix des couleurs au soin apporté à rendre cet univers crédible, on ressort aussi satisfait que frustré car avec plus de moyens techniques, l’impression finale n’aurait été que meilleure encore. On reste un peu déçu que les expressions faciales ne soient pas à la hauteur des mots choisis tout comme on reste dans la retenue de nos émotions quand les dialogues ne s’enchaînent pas toujours de manière fluide ou que quelques lignes de texte peuvent tourner en boucle, rappelant que ceci n’est qu’un jeu vidéo. Rageant quand on voit certaines scènes comme l’intro du deuxième épisode faire mouche dans sa mise en scène au ralenti sur un fond musical de qualité qui passerait parfaitement dans un Xavier Dolan. Tell Me Why n’est qu’un jeu vidéo et c’est bien dommage.

Le coin des chasseurs : Quelques succès faciles pour un total de 500 G qui se déverrouillent en fonction de la progression à l’exception de quelques-uns basés sur des actions précises à réaliser.

Bilan

On a aimé :
  • Des personnages bien écrits
  • Des moments de grâce
  • Une histoire prenante...
On n’a pas aimé :
  • .. mais au rythme mal maîtrisé
  • Les expressions faciales figées
  • Un gameplay qui aurait gagné à être plus diversifié
Pas assez ludique

Tell Me Why est une belle histoire écrite avec justesse et finesse dans son ensemble. Pour un jeu narratif, c’est déjà une qualité lui octroyant une certaine réussite. Il est juste dommage que le gameplay soit resté si basique alors qu’en impliquant un peu plus le joueur en variant les actions à réaliser, l’impact émotionnel aurait été plus grand. Aussi, le format épisodique dessert le rythme plus qu’il n’apporte d’intérêt pour le récit. Quelques défauts qui déçoivent un peu au regard de l’attention et du soin apporté aux personnages et au récit mais qui n’en font clairement pas un jeu à bouder, loin de là.

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Tell Me Why

PEGI 0

Genre : Aventure/Réflexion

Editeur : Xbox Game Studios

Développeur : DONTNOD Entertainment

Date de sortie : 27/08/2020

Prévu sur :

Xbox One, PC Windows, Steam

6 reactions

Rone

30 aoû 2020 @ 14:17

Après le premier épisode, mon bilan est franchement bon. J’y suis allé avec méfiance, après un Life is Strange 2 qui m’a beaucoup déçu : mal écrit, caricatural, et dans lequel on s’ennuyait pas mal. Vu le sujet traité, je me méfiais beaucoup du côté caricatural, justement. Surprise ! Le premier épisode s’avère être réussi, bien écrit, se concentrant sur les personnages et sur une histoire à raconter plutôt que sur un prétexte pour être dans l’air du temps. Techniquement (en tout cas sur One X), c’est plutôt joli. Certes, la recette est la même que d’habitude, mais cette fois les ingrédients sont bien dosés, sur le début du jeu en tout cas.

Harmoniica62

30 aoû 2020 @ 16:23

Excellent test pour un excellent jeu

JAY23

30 aoû 2020 @ 19:24

Pour avoir dévoré l’épisode 1 hier soir, c’est toujours un plaisir de jouer à du Dontnod. Quel kiff ! Moins d’action que dans LIS mais avec tous les jeux où ça bouge de partout en ce moment, c’est comme faire une pause avant de repartir sur un autre jeu

weazzle

30 aoû 2020 @ 19:45

Un vrai coup de cœur. J’ai fais l’épisode d’une traite samedi, impossible de décrocher. C’est simple, tout sonne juste et vrai. J’ai même passé une heure à lire les comptines :-)).

Darlink60

30 aoû 2020 @ 20:01

J’attends la sortie des 3 épisodes, il me semble qu’ils sortent tous à une semaine d’intervalle. J’ai bien aimé Life il Strange (plus le premier que le second), donc je pense que j’apprécierais aussi un jeu plus reposant dans son gameplay !

Phebus

03 sep 2020 @ 20:55

Totalement accroché au premier épisode, alors que le jeu ne me disais à priori rien depuis son annonce. Le rythme lent est au contraire pour moi un atout, quant à la diversification du gameplay certes ils auraient pu faire mieux, mais en même temps je préfère ça à un jeu qui cherche à simplement à remplir bêtement le cahier des charges. Hâte de découvrir les deux prochains !