Un an après Tell Me Why, quelle représentation pour les transidentités dans les jeux ?

«On fait le bilan» le 1er septembre @ 18:112021-09-17T12:18:20+02:00" - 2 réaction(s)

Choisir de représenter la transidentité est une prise de risque, surtout dans le milieu du jeu vidéo qui peut se révéler particulièrement masculin. Pourtant Dontnod s’y est collé. Un an plus tard, il est temps de faire le bilan !

Cet article a été rédigé par Sabrina dans le cadre d’un partenariat avec le média Potiches. Xboxygen consacre ainsi ce mois de septembre aux questions de représentativité dans le jeu vidéo à travers une série d’articles. Vous trouverez ci-dessous les autres articles sur la même thématique

Qui ne s’est jamais demandé : « ça ferait quoi d’être de l’autre genre ? » En nous permettant de choisir celui de nos personnages, les jeux vidéo nous invitent à questionner le genre. Ainsi, il n’est pas rare qu’une joueuse puisse incarner un personnage masculin et vice-versa. Certains jeux vont plus loin en mettant en scène des expériences transgenres à travers des personnages ou des quêtes secondaires.

Depuis quelques années, les personnages transgenres avancent timidement sur le devant de la scène, permettant au jeu vidéo de sortir du spectre de la binarité femme/homme.

C’est comme ça que, le 27 août 2020, sort Tell Me Why, un jeu narratif développé par Dontnod Entertainment (Life Is Strange) et édité par Xbox Game Studios, mettant en scène pour la première fois un héros transgenre, Tyler Ronan.

Pour autant, l’histoire ne se concentre pas sur la transidentité, la sœur de Tyler est tout aussi complexe bien que cisgenre. Le cœur du jeu s’attache à leur lien, retrouvé 10 ans plus tard. Lien remis entre les mains des joueurs et joueuses. En réalité, le jeu a eu à cœur de parler des dynamiques familiales, des drames qui peuvent entourer les liens fraternels.

Dontnod, un studio précurseur

Dontnod est un éditeur et studio français indépendant de création et développement de jeux vidéo de genres aventure narrative, action et jeux de rôle. L’équipe a à cœur de proposer une expérience unique avec des scénarios engagés. Des œuvres narratives mettant en scène des sujets de société trop rarement explorés dans les jeux vidéo : harcèlement scolaire, racisme, violences policières, suicide.

Tyler Ronan, Tell me Why

Tell Me Why s’illustre dans ce domaine en proposant de suivre les aventures de Tyler et Alyson Ronan, 2 jumeaux originaires d’Alaska qui vont être séparés à la suite d’un drame familial. Les développeurs ont eu à cœur de construire le personnage de Tyler autour de sa transidentité sans que celle-ci ne soit tabou ou stéréotypée. Désireux de promouvoir la représentation des minorités, l’équipe Dontnod s’est attachée à ne pas tomber dans le piège d’une représentation clichée adaptée de croyances. Ils ont donc sollicité l’association Glaad, qui lutte contre les discriminations envers la communauté LGBTQ+ dans les médias, mais aussi l’aide d’un acteur transgenre, August Aiden Black, pour doubler la voix de Tyler.

« Glaad nous a fait des retours sur l’écriture du jeu et du personnage, nous a donné accès à des ressources sur l’histoire de la représentation des personnes trans dans les films, les séries, les jeux vidéo », explique Florent Guillaume, creative director chez Dontnod.

Outre les détracteurs habituels ayant du mal avec les représentations queer dans le jeu vidéo, d’autres critiques ont été formulées à la sortie du jeu. L’une concerne notamment la relation très (trop) amicale des Ronan avec les forces de l’ordre, niant totalement la réalité des violences policières à l’égard des personnes transgenres.

Jeu vidéo et transidentités, où en est-on ?

Si Tell Me Why est le premier jeu d’envergure à proposer d’incarner un héros transgenre, explorer le genre est un exercice qui ne date pas d’hier.

Dans les années 90, le jeu Casper in the Castro (le célèbre quartier gay de San Francisco) ouvre la voie en mettant en scène un détective qui enquête sur la disparition d’une femme trans. Bien que réécrit avant sa commercialisation en version hétéronormative pour toucher une plus large audience, le jeu reste disponible en ligne.

Avec le recul, une nouvelle lecture de grands classiques peut également être faite. Par exemple, le beat them up Final Fight met en scène Poison, un personnage d’abord présenté comme un travesti, puis une femme transgenre. On retrouvera Poison dans Street Fighter et le studio Capcom prendra finalement position sur le personnage en ne se mouillant pas : son identité de genre est officiellement laissée libre à l’interprétation du public.

Au fil des années, les personnages trans et non-binaires quittent les jeux ciblant la communauté LGBTQ+ pour s’installer dans les grandes franchises.

Miranda Comay, Watch Dogs 2

En 2008, Fable 2 propose une quête secondaire où le personnage boit une potion qui altère son genre. En 2016, Watch Dogs 2 met en scène la conseillère municipale Miranda Comay, un NPC. La même année, la célèbre franchise des Sims permet de choisir le genre de ses personnages, avec une option non-binaire.

Trois ans plus tard, Borderlands 3 comporte un personnage jouable non-binaire FL4K et un NPC non-binaire également : Loreleï, doublé par l’acteur trans Ciarán Strange. En 2020, The Last of Us Part II introduit Lev, un adolescent trans qui doit faire face au rejet de son identité par la société qui continue de l’identifier comme une femme.

Loin du simple coup de com’, Tell Me Why a été réalisé dans une volonté de représenter fidèlement la réalité des personnes transgenres. Il est le premier jeu AAA à proposer un héros transgenre et reste pour l’instant unique sur le marché, ce qu’on peut regretter, d’autant qu’il s’agit d’un homme transgenre. À quand plus d’opus en ce sens et pourquoi pas avec une femme racisée transgenre, premières défenseuses des droits LGBTQ+ mais aussi premières victimes des oppressions ?

Tell Me Why

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Tell Me Why

PEGI 0

Genre : Aventure/Réflexion

Editeur : Xbox Game Studios

Développeur : DONTNOD Entertainment

Date de sortie : 27/08/2020

Prévu sur :

Xbox One, PC Windows, Steam

2 reactions

tryclo999

04 sep 2021 @ 04:20

« On peut regretter, d’autant qu’il s’agit d’un homme transgenre. À quand plus d’opus en ce sens et pourquoi pas avec une femme racisée transgenre, premières défenseuses des droits LGBTQ+ »

C’est tout le problème de la théorie transgenre, on lui passe la main et elle demande de pouvoir arracher le bras... Deja qu’un homme transgenre ça peu etre dur a jouer pour un joueur lambda, pourquoi vouloir metre une femme gay racisé ? Faut y aller en douceur avec ce genre d’histoire, faire passer de bonne idée qui peuvent changer les mentalités, pas y aller au bazooka du wokisme, sauf si on veux saboter son projet.

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Chupito

07 sep 2021 @ 15:18

Pourquoi faudrait-il y aller en douceur ? Quel est le problème de ce genre de scénarios ? C’est justement une excellente chose que de voir des studios intégrer les différences au sein de média où les jeunes (et moins jeunes) peuvent se reconnaitre et s’identifier. Jeux, séries, films... je ne vois pas en quoi ça peut « être dur à jouer pour un joueur lambda », telle est la vie réelle, il n’y a pas que des hommes blancs hétérosexuels stéréotypés gavés à la testostérone, il faut voir plus loin que le bout de son nez ;)