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Test – Mafia : The Old Country – une lettre d’amour pantouflarde

Test – Mafia : The Old Country – une lettre d’amour pantouflarde
Le 12 août 2025
Le 12 août 2025

On ne choisit pas sa famille, mais, parfois, c’est elle qui nous choisit

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On a lu et entendu un peu tout sur le nouveau titre de la franchise développé par Hangar 13, aussi, il était temps de nous faire notre propre avis. En nous emmenant en Sicile en 1904, le jeu nous propose un retour aux origines de sa saga criminelle familiale, mais également à celles du gameplay des jeux d’aventures, puisqu’il adopte un style linéaire au rythme soutenu et sans quêtes annexes, là où ses prédécesseurs étaient plutôt des GTA-like. Proposée pour la moitié du prix d’un triple A conventionnel, l’escapade méditerranéenne n’est pas sans défauts, mais possède aussi quelques atouts pour convaincre.

Le Clan des Siciliens

La mine, c'est le bagne.

Comme le veut la tradition, ce nouvel opus de la série Mafia nous permet de vivre l’ascension d’une jeune recrue au sein d’une famille criminelle, avec cette fois quelques subtilités. Enzo est en effet un carusu, un mot qui veut simplement dire « garçon » aujourd’hui, mais qui était utilisé pour désigner les jeunes hommes, enfants ou adolescents, travaillant dans les mines siciliennes au début du dix-neuvième siècle, dans des conditions proches de l’esclavage. Enzo profite d’un accident qui provoque l’effondrement d’une partie des galeries pour s’enfuir et trouve refuge sur les terres de Don Torrisi.

De pelleteur de crottin à homme de main, quel bond dans une carrière !

Si ce dernier accepte de le protéger, ce n’est pas par charité ou parce qu’il voit en lui le fils qu’il n’a jamais eu, mais uniquement parce que la mine appartient aux Spadaro, une famille rivale. D’ailleurs, le Don se désintéresse très vite de lui et c’est Luca, l’un de ses hommes de confiance, qui prend le jeune homme en main et le fait travailler dans les vignes du domaine Torrisi. Rien ne prédestine donc Enzo à manier le pistolet plutôt que la fourche, si ce n’est son brûlant désir de se venger des Spadaro, qui va l’amener à endosser un rôle de plus en plus important parmi les mafiosi.

Le jeu ne cherche pas à innover, mais à être un hommage à toutes ces œuvres qui mettent en scène la mafia au cinéma, à la télévision et dans le jeu vidéo.

On dirait le sud...

On retrouve donc les thèmes classiques des histoires de mafia dans la culture populaire : amour, vengeance et argent sale, avec quelques petites originalités ici et là, ainsi que des clins d’œil (réguliers) à Empire Bay ou (plus discrets) à New Bordeaux. Le jeu coche toutes les cases des récits sur la pègre, au point de proposer une aventure très cinématographique, tant dans son découpage, qui rappellera Les Affranchis (et les premiers Mafia, de facto), que dans ses personnages plutôt clichés ou son rythme, qui ne laisse pas de place aux quêtes Fedex. Doit-on s’en plaindre ? Pas forcément. Le jeu ne cherche pas à innover, mais à être un hommage à toutes ces œuvres qui mettent en scène la mafia au cinéma, à la télévision et dans le jeu vidéo depuis bientôt cent ans.

Concentrez-vous donc sur ce beau coucher de soleil et pas sur l'exécution au premier plan.

On note tout de même que le récit « glamourise » beaucoup moins la criminalité que ses prédécesseurs. Si l’organisation de Don Torrisi se présente comme une famille, elle nous rappelle régulièrement que la moindre erreur y est sévèrement punie et que le business passe avant l’affection. De même, lorsque les mafiosi prétendent protéger les commerçants des pillards siciliens, il s’agit bien d’extorsion. Très tôt dans l’aventure, on relève l’ironie dont font preuve les capi du Don, qui violentent la population au moindre retard de paiement, mais qui agissent comme briseurs de grève musclés lorsque des ouvriers protestent car ils n’ont… pas été payés ! À un certain moment, le jeu semble presque avoir voulu aborder la question du syndicalisme et des luttes sociales siciliennes au début du vingtième siècle, à travers plusieurs missions qui nous plongent dans le quotidien des travailleurs ou nous mettent face aux révoltes anarchistes. Des sujets qui sont vite balayés sous le tapis pour se concentrer sur l’histoire d’Enzo. C’est qu’il ne faudrait pas se montrer trop politique…

Cent Jours à Palerme

Probablement une deux chevaux...

Pourtant, d’un point de vue historique, le jeu est particulièrement intéressant et fidèle. Que ce soit dans ses costumes, ses décors ou le choix des doublages qui (si l’on exclut le français) font la part belle à l’accent et aux expressions locales. Notons d’ailleurs que le titre propose des dialogues en sicilien pour une immersion totale et qu’il est possible de changer la langue en pleine partie, sans besoin de recharger ou de retourner au menu principal. Si ce n’est pas le plus beau jeu de sa génération, les graphismes font le job malgré quelques affichages de textures en retard, deux chutes dramatiques de framerates (l’une durant une course-poursuite, l’autre en mode exploration) et des animations parfois un peu rigides. À l’exception d’Enzo et de son jeu d’acteur mono-expressif digne de Steven Seagal, les personnages sont tous plutôt crédibles et inspirés. La musique est également un hommage au cinéma de Coppola ou de Scorsese.

Bromance
Il faudra régler manuellement le zoom et l'exposition pour prendre des photographies.

C’est véritablement dans la représentation de sa Sicile de carte postale que Mafia : The Old Country impressionne. Fini le gris d’Empire Bay ou la moiteur ocre des bayous, bienvenue en Méditerranée avec ses champs de lavandes, ses citronniers et ses ruines antiques. D’ailleurs, Isabella, la fille du Don, nous confie l’un des tout premiers appareils argentiques du siècle afin que nous puissions accomplir l’une des quelques missions de collection du jeu : faire des photos de ces vestiges du passé. S’il s’agit là d’une des recherches les plus amusantes, puisqu’il faudra prendre le temps de régler l’appareil, tous les collectables font la part belle à l’histoire, qu’il s’agisse de journaux d’époque, de trinacria — cet emblème antique de la Sicile — ou d’icônes religieuses.

Dieu nous protège.

Ces objets-là servent surtout la collectionnite aiguë du joueur moyen, mais ce n’est pas le cas des breloques à ajouter au chapelet d’Enzo. En effet, elles permettent d’offrir tout un panel de capacités passives utiles au combat : meilleure récupération de santé, rechargement plus rapide, déplacements plus discrets… Limité à deux au début de l’aventure, il est possible d’en installer jusqu’à cinq une fois tous les emplacements achetés grâce aux dinars ramassés sur les corps de nos victimes. Cet argent servira également à personnaliser l’apparence d’Enzo, grâce à de nouveaux vêtements ou à un passage chez le barbier, en plus de permettre d’acquérir des chevaux ou des voitures. En effet, au début du vingtième siècle, l’industrialisation à beau gagner du terrain, la campagne sicilienne voit se côtoyer des cavaliers et les premiers véhicules motorisés grand public.

Explorer les catacombes a un petit côté Assassin's Creed.

C’est le moment pour un petit point « maniabilité » qui évoquera parfois les plus grandes heures d’Ubisoft ! Peut-être est-ce là une volonté de coller à la réalité historique, mais ces voitures ont peu ou prou l’adhérence d’une savonnette et la maniabilité d’un 33 tonnes dès lors qu’on veut les pousser dans leurs derniers retranchements. Les séquences de courses poursuites en deviennent tantôt frustrantes, tantôt très drôles, lorsqu’un rocher inopiné vient nous faire tourbillonner en l’air et retomber de façon comique quelques mètres plus loin. Si c’est un peu mieux du côté des chevaux, ceux-ci se montrent parfois récalcitrants à l’idée de repasser une barrière qu’ils viennent pourtant de franchir en sens inverse, de traverser certains buissons (probablement des épineux) ou de couper un ruisseau si ce n’est pas pile à l’endroit qui leur convient. Heureusement, dans un souci de concision et d’efficacité, le jeu nous propose de passer toutes les séquences de déplacement qui n’ont pas d’impact sur le scénario.

Les Sentiers de la perdition

Entrons dans le vif du sujet (et du gameplay). Comme dans les précédents titres de la licence, la plupart des missions peuvent être abordées en mode infiltration ou action. La première est très souvent récompensée par un succès et se montre souvent plus simple que la seconde, l’intelligence artificielle des ennemis étant plutôt basique. L’instinct permet à Enzo de voir à travers les murs et donc de planifier ses déplacements ou ses éliminations. Pour rester discret, on choisira préférentiellement d’étrangler les ennemis ou de leur planter une lame dans la nuque. Attention, le couteau s’abîme à force d’être utilisée pour tuer ou pour crocheter des serrures, il convient donc de l’aiguiser régulièrement. Les fonctionnalités des premiers titres de la licence sont toujours là, comme le lancer de pièce qui attire les gardes ou la possibilité de cacher les corps dans des coffres idéalement placés. Notez que le jeu comporte trois modes de difficulté et que ce test a été effectué en « normal ».

Ceci n'est pas un dab.

En combat, The Old Country ne réinvente pas la roue non plus. Nous sommes toujours sur du cover n’shoot, avec le choix de tirer au pistolet ou au fusil. Contexte historique oblige, les rechargements sont plutôt longs et la visée est parfois moins précise, mais le gameplay sacrifie parfois le réalisme pour minimiser le recul ou augmenter la portée de certaines armes. Les éliminations à l’arme blanche, au corps à corps, sont également présentes et permettent de se sortir de situations délicates, comme lorsqu’un malotru armé d’un fusil à pompe s’approche d’un peu trop près. Les soins prennent la forme d’un bandage qu’Enzo s’enroule autour du bras le temps d’une petite animation. En parlant de bras, on regrette un peu que la plupart des dégâts ne soient pas ciblés, comprenez que tirer dans la jambe d’un ennemi ne va pas le faire boiter, par exemple. Enfin, les combats de boss sont l’occasion de duels au couteau intéressants, entrecoupés de dialogues et de scènes très cinématographiques dans lesquels on retrouve une nouvelle fois des clichés inhérents au genre du film de gangsters, comme les monologues de méchants et les très nombreuses occasions manquées de tuer une bonne fois pour toutes le personnage.

Si les développeurs ont fait l’effort de proposer un panel de cinq mouvements différents pour rendre ces séquences à l’arme blanche plus dynamiques, elles sont parfois entravées par des éléments hors champ qui gênent l’esquive ou par des attaques trop courtes qui ne portent pas. Au rang des défauts, on signale également des temps de chargement plutôt longs en cas de mort et une résistance assez inégale des adversaires durant les fusillades (salut à toi, PNJ qui a survécu à deux balles dans la tête). Le titre étant conçu comme une aventure linéaire et pas comme un jeu d’exploration, on se retrouve parfois coincés par des murs invisibles ou des éléments de décor infranchissables, même en mode libre. Un mode qui est d’ailleurs accessible, de façon assez peu logique, dans le menu de sélection des chapitres.

La Sicilienne

« Et les bugs ? », demanderez-vous, si vous avez encore des souvenirs terrifiés de Mafia III et de ses PNJ possédés par le diable (entre autres). Eh bien, sachez que le studio a pris le temps de relire sa copie avant de la rendre, car le jeu s’est montré plutôt soigné sur ce point. Durant l’aventure nous n’en avons trouvé que deux : une voiture qui a disparu soudainement sur la route devant nous et une physique plutôt étrange lors d’une collision avec un élément de décor à bord d’un véhicule. Néanmoins, il convient de préciser que nous avons assez peu exploré le monde ouvert pour nous concentrer sur les chapitres du scénario.

Ce visage est celui d'un Enzo bouleversé... Oui, oui...
C'est donc ça une culotte de cheval ?

En quatorze chapitres et une quinzaine d’heures, Mafia : The Old Country parvient à dérouler un récit classique, mais efficace, qui se déguste comme un bon film de mafieux à l’ancienne. La presse a beaucoup reproché au jeu son manque de prise de risque et, c’est un fait, il n’y a aucune originalité dans le gameplay ou l’histoire proposés par Hangar 13, à l’exception d’une séquence finale intéressante et d’un léger changement de paradigme dans la manière de représenter la mafia. On quitte enfin la zone grise pour assumer jouer des criminels et non plus des personnages à l’aura familiale bienveillante, poussés vers le banditisme pour survivre. Si l’on regrette que le propos n’aille pas plus loin, on se console avec les superbes paysages de la Sicile et un rythme de narration qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer, sans jamais se montrer poussif.

Mafia : The Old Country parvient à dérouler un récit classique, mais efficace, qui se déguste comme un bon film de mafieux à l’ancienne.

Chaud devant !

Bien sûr, il y a de la rigidité dans certaines animations. Bien sûr, on n’est pas surpris par les trahisons ou les retournements de situations qui interviennent durant l’aventure et qui correspondent au cahier des charges traditionnel du genre. Et, si les fusillades sont souvent ponctuées de scènes dynamiques, comme des explosions, qui viennent casser la monotonie, elles reprennent toujours la même formule. Là où ce nouveau Mafia innove, c’est peut-être où on ne l’attendait pas : dans les personnages féminins intéressants qu’il parvient à développer au sein d’une époque pourtant bien patriarcale, dans son sous-texte sur une société en plein bouleversement, dans sa manière de montrer une île où la vie est régie par des aléas naturels d’une rare violence… Pas de grands bouleversements, mais un récit plaisant et confortable, donc.

Testé sur Xbox Série X, code fourni par l’éditeur

Le Bilan

On a aimé 

  • La beauté des paysages
  • L’ambiance sicilienne et la justesse historique
  • Les doublages originaux
  • Le rythme et le découpage du scénario
  • Enzo, qui manque cruellement d’envergure pour un héros
  • Les ralentissements qui surviennent par endroits
  • Le retard d’affichage de certaines textures
  • Les temps de chargement

Conclusion du test de Mafia : The Old Country

Le Parrain
Mafia : The Old Country pourrait être accusé d’être un jeu pantouflard, la faute à son absence de prise de risque et son thème vu et revu. Pourtant, on peut pardonner à ce nouvel opus son classicisme et son héros au charisme d’huître tant il s’en dégage un charme authentique, celui d’une véritable lettre d’amour de ses développeurs au genre iconique des histoires de gangsters. Au final, pour moins de cinquante euros, la proposition permet de passer un bon moment, n’est-ce pas là tout ce qu’on en attendait ?

AlexMoon
Adepte du tofu et des arbalètes. Fan de RPG au tour par tour et des propositions indé' les plus barrées. Fabrique des origamis entre deux livres et trois jeux vidéo.
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Mafia : The Old Country

Développeur : Hangar 13
Éditeur : 2K Games
Date de sortie : 08/08/2025

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