Test – Gori Cuddly Carnage – Le trop est l’ennemi du bien

Prenez du sang, ajoutez une couche de vomi, un peu de slime et saupoudrez de paillettes.
Gori Cuddly Carnage est le troisième jeu du studio Angry Demon, à qui l’on doit déjà deux jeux d’horreur : Unforgiving et Apsulov : End of Gods, tous deux étant des aventures terrifiantes à la première personne. Le studio change ici son fusil d’épaule, car si Gori Cuddly Carnage offre la part belle au sang, aux tripes et à tout un panel de créatures horrifiques, c’est avant tout un « skate’n slash » qui mélange plateforme et action, en mettant en scène un chat mutant monté sur un skateboard flottant. Ça vous semble bizarre ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises !
Soft kitty, warm kitty…
Oh ! N’est-il pas mignon ce chat roux avec ses grands yeux ambrés et son petit sweat-shirt à capuche rouge ? Il fait du skate, c’est trop marrant ! Et voilà qu’approche une licorne rose, elle vient sûrement pour jouer avec lui… Attendez, pourquoi cette licorne a des lames qui lui sortent des pattes avant et de la bave au museau ? Qu’est-ce que… Pourquoi le skate flottant se met à déverser un flot d’injures entrecoupées de bips de censure ? Et pourquoi est-il équipé de lames rétractables ? Est-ce que tous ces jouets qui sont en train de se faire démembrer en répandant leurs entrailles seraient vivants ?

Pour comprendre ce qu’il se passe, il faut remonter le temps. Lorsque, quelques mois avant le début du jeu, une société sans morale et avide de profits (encore une) nommée Cool-Toys Inc. a décidé de créer un croisement de jouets et d’animaux de compagnie pour dominer le marché du divertissement. Gori était le premier né de cette nouvelle gamme, mais il fut considéré comme un échec et écarté (on se demande pourquoi, vu qu’en plus d’être adorable c’est le seul qui n’essaie pas de vous tuer). Sauvé par la scientifique qui l’a créé, et qui s’est attachée à lui, il est devenu le seul capable d’empêcher tous les autres jouets-mutants de détruire l’humanité. Rien que ça !

Dans ce futur mal défini, Gori a pour base d’opérations un vaisseau spatial (parce que pourquoi pas) alimenté par Ch1-p, une puce contenant une I.A. vaguement dépressive et faisant office de navigateur. En mission, le matou peut compter sur son skate flottant F.R.A.N.K qui, en plus de posséder des lames rétractables (cette société de jouets a décidément d’étranges idées marketing…), est équipé d’un filtre antivulgarité. Au vu de la propension du personnage à balancer des insanités, toutes ces phrases sont constellées de bips de censure !
Le bal des monstres

Les développeurs de chez Angry Demon Studio ont fait du jeu un fourre-tout dans lequel ils ont essayé de caser un maximum de références et de personnages horrifiques différents. En plus des licornes démoniaques et de toutes leurs variantes, vous aurez donc droit à des clowns terrifiants, des poupées maléfiques, assez de slime radioactif verdâtre pour noyer une cité et un ours en peluche géant écorché vif dont le crâne sanglant hantera vos cauchemars. Tout ça à travers six niveaux qui vous feront visiter des villes, un musée sous-marin, une usine de produits radioactifs, une maison de poupées géante ou encore un cirque.
Ces niveaux font s’enchaîner des phases de plateforme en skate volant, avec plusieurs séquences « couloirs » qui demanderont de fuir le plus vite possible en évitant les pièges qui se dressent sur la route, et des combats contre des hordes d’ennemis. Ils contiennent tous trois fragments de clé soigneusement cachés, qui permettent d’accéder à des niveaux bonus secrets. Ils s’achèvent également tous par un boss. Pas de quoi se hérisser la fourrure en ce qui concerne la difficulté : elle est sélectionnable parmi quatre intensités en début de jeu et peut être ajustée à tout moment. Ce qui rend réellement le jeu difficile, c’est plutôt certaines imprécisions de gameplay, mais parlons d’abord des personnages !

Gori, votre héros, est muet. Ou plutôt, comme tous les chats, il se contente de miauler, ronronner ou feuler. Tant mieux, vu que F.R.A.N.K, qui vous accompagne tout du long, vous assène un flot ininterrompu de paroles entrecoupées de bips visant à censurer sa vulgarité. Une vulgarité qui n’a pour seul but que de donner le ton irrévérencieux que le jeu cherche absolument à mettre en avant, puisque, la plupart du temps, les interventions de F.R.A.N.K ne servent à rien ! De toute manière, vous n’aurez pas le temps de lire les sous-titres (les voix étant en anglais), vu que l’action effrénée du jeu ne vous laissera aucun répit. Les seuls moments de calme (relatif) se passent dans votre vaisseau, qui fait office de hub entre les niveaux.
Même que moi, des fois, je vomis

Si Gori Cuddly Carnage n’a pas à rougir de ses graphismes, c’est plutôt par ses choix de design qu’il pêche. À trop vouloir jouer la carte du « gore-mignon », le jeu en devient indigeste. Pour le dire clairement, ses explosions de couleurs fluorescentes seraient capable de rendre un aveugle épileptique et ses décors sont si bariolés qu’on pourrait croire qu’un Teletubbies vient d’y vomir un arc-en-ciel ! Quelques niveaux se montrent de moins mauvais goût, comme celui de la ville pluvieuse qui mène au musée, mais l’ensemble est, il faut malheureusement l’avouer, d’une grande laideur.

C’est encore une fois la faute du genre que le jeu veut se donner. Le titre d’Angry Demon cherche tellement à être subversif qu’il en devient ridicule, à l’image d’un ado emo qui crache sur la société de consommation tout en arborant une paire de New Rock à 200 euros… Les seuls mots d’ordre donnés à l’équipe de développement semblent avoir été : toujours plus de sang, toujours plus de chair, toujours plus de gros mots. Il est d’ailleurs possible de retirer le filtre à insultes de F.R.A.N.K, moyennant un peu de monnaie virtuelle, des fois que ses phrases suggestives ne suffisent pas à vous rappeler que le jeu est trash.

Ce mauvais goût qui pousse jusqu’à l’écœurement pourrait être sauvé par un gameplay de qualité, malheureusement ce n’est pas le cas. Sans être catastrophique, le titre tombe dans de nombreux écueils à ce sujet. Les séquences de plateformes appliquent la règle du : un saut, c’est trop court, un double saut, c’est trop long. Frustrant à souhait ! D’autant que le level design n’est, en soi, pas si mal. Les séquences de grind se montrent en revanche plutôt agréables, une qualité indispensable pour un jeu où il est impossible de descendre de son skateboard.
Et tu tapes, tapes, tapes…

Les combats proposent un système de coups verticaux et horizontaux, adaptés aux différents types d’ennemis, qui peuvent être boostés en maintenant la gâchette RT (correspondant au niveau d’énergie de F.R.A.N.K). Le problème c’est que ce boost est obligatoire pour venir à bout de la plupart des ennemis, et qu’il doit être rechargé en grindant ou en dehors des combats. Voir sa jauge épuisée rend donc les affrontements extrêmement frustrants, puisque nos coups n’ont plus ni portée ni impact. Plus tard, le gameplay s’enrichit d’un bazooka, nécessaire contre certains types d’ennemis, et d’un bouclier, qui permet à la fois de repousser les balles adverses et d’écrabouiller des licornes en leur fonçant dessus. L’esquive, quant à elle, est un peu chiche, mais ne se soucie pas de la direction dans laquelle elle est effectuée.

La plupart des combats se résument à affronter de grands groupes d’ennemis, plus ou moins variés, qui arrivent par vagues successives, et dans lesquels il faudra trancher, découper et cisailler. Ils s’agrémentent parfois de mini boss qui peuvent se montrer pénibles, la faute à un manque de clarté dans leurs mécaniques, mais qui ont le mérite de forcer le joueur à user de tout ce que le gameplay propose. La caméra est parfois capricieuse, particulièrement contre les boss de fin de niveau, et provoque moult chutes depuis des plateformes.

Toutes les compétences peuvent être améliorées via des boutiques que l’on trouve un peu partout à travers les niveaux et dans le vaisseau spatial de Gori, moyennant l’argent que l’on récolte en battant des ennemis et en cassant des distributeurs durant l’aventure. Ces boutiques permettent également de personnaliser Gori et F.R.A.N.K (couleurs des yeux, des vêtements et de la fourrure pour le premier, design de planche pour le second). Pas suffisant pour donner envie aux joueurs de refaire les niveaux afin d’atteindre les 100 % du jeu, mais une idée qui reste appréciable et qui offre une pause dans ce chaos de gélatine et d’hémoglobine !
Testé sur Xbox Série X, code fourni par Microsoft
Le Bilan
On a aimé
- Le chat
On a moins aimé
On a pas aimé
- L’excès de gore et de vulgarité qui en devient ridicule
- Le gameplay répétitif
- Les couleurs vomitives
Conclusion du test de Gori Cuddly Carnage
Excès de zèle
Si Gori Cuddly Carnage propose une durée de vie tout à fait honnête et une idée originale, qui aurait pu se montrer intéressante, son désir d’être le plus trash possible le pousse à en faire trop. La parodie se transforme ainsi en nanar, que son gameplay redondant et parfois imprécis ne parvient pas à sauver. Peut-être ne sommes-nous juste pas le bon public, peut-être que nous sommes passés à côté de quelque chose, mais en l’état le jeu n’a montré aucune qualité capable de nous convaincre.