Test – SteamWorld Heist II – L’aventure au tour par tour

À voiles et à vapeur
Le jeu vidéo a ce talent rare, bien plus que n’importe quel autre média, de pouvoir faire cohabiter des univers à priori inconciliables. Ainsi, SteamWorld Heist II réunit la piraterie, des robots à vapeur, un monstre mythologique et des aliens atomiques, rien que ça ! Pourtant, passé son côté décalé (que ceux qui ont joué au premier titre retrouverons avec plaisir), les joueurs sont rapidement pris dans l’engrenage de son monde ouvert et de son gameplay stratégique. S’il n’est pas exempt de défaut, SteamWorld Heist II navigue avec aisance sur l’océan des jeux indés.

Sous l’océan
Tout commence lorsque le capitaine Quincey Leeway, vapbot manchot et fils de la célèbre « Tranche-Kraken », décide de récupérer le sous-marin qui lui a été volé par les infâmes dieselbots de la Marine. Lui qui pensait ensuite pouvoir sillonner le monde tranquillement, tel un pirate robot à vapeur avide de trésors, s’aperçoit vite qu’être le fils d’une légende pousse tous les vapbots opprimés du coin à lui demander des services ! Désireux d’écrire sa propre histoire, Quincey accepte donc toutes les missions qu’on lui propose, surtout si elles consistent à s’en prendre à la Marine !

Mais c’est un autre problème qui va lui faire parcourir les flots jusque dans les terres gelées du nord : l’eau, nécessaire aux vapbots pour faire fonctionner leurs moteurs à charbon, est depuis peu contaminée par un polluant inconnu. Qui plus est, les dieselbots réquisitionnent sans vergogne le peu d’eau saine disponible. Entre l’oppression injuste des vapbots et la crise de l’eau, le capitaine Leeway va devoir recruter une équipe de bots d’exception, explorer les profondeurs, naviguer vers de nouveaux horizons et combattre dieselbots et sectes de robots adeptes des os pour rétablir l’ordre et la paix sur la Grande Mer.
Faites chauffer le moteur
SteamWorld Heist II fait la part belle à l’exploration. Le sous-marin de Leeway pourra naviguer dans dix zones différentes, pour y accomplir des missions aux objectifs variés. Il faudra néanmoins se montrer prudent en dévoilant le brouillard de guerre qui masque les endroits encore inexplorés, car des navires ennemis patrouillent eux aussi sur la Grande Mer. En cas de rencontre, le choix est laissé au joueur de combattre ou de fuir vers des eaux plus sûres. Si au début du jeu votre sous-marin ne dispose d’aucune capacité offensive, il sera bien vite possible de lui adjoindre toutes sortes de modules, via la récupération de pièces détachées, pour en faire une véritable machine de guerre.

De même, ses capacités de navigation s’amélioreront au fur et à mesure que l’histoire progresse. Il est impossible de plonger lorsque l’aventure commence, mais le sous-marin sera équipé, plus tard, de réservoirs d’air supplémentaires, d’un brise-glace ou encore d’un moteur atomique. De quoi quitter les mers chaudes et relativement paisibles des Caraïbes, pour partir explorer le nord glacé ou les fonds marins obscurs.

Pour progresser, il va falloir améliorer la réputation de Quincey, représentée par un nombre d’étoiles, dans chaque zone. Ces étoiles s’obtiennent en combattant certains navires ennemis, en ramassant du butin épique et bien sûr en accomplissant les missions. Pour cela, il faut s’approcher d’un bâtiment émergeant de l’eau. Ce dernier affiche alors un bref résumé de la mission qu’il faut accomplir, le nombre de bots nécessaires et celui d’étoiles à gagner. Il faut noter qu’il est possible de terminer une mission sans accomplir tous les objectifs, tant qu’il reste un bot en vie pour la mener à bien (ceux qui ont été détruits seront de nouveau disponibles après un temps de repos), mais il s’ensuivra un gain de réputation moindre.
À l’abordage !
Pouvant monopoliser d’un à six vapbots, ces missions font basculer la vue aérienne du mode exploration à une 2D de côté, façon plateforme-aventure. Elles proposent des objectifs variés : éliminer un ou plusieurs boss, trouver un butin épique, activer des consoles, ramasser un certain nombre d’objets… mais se déroulent à peu près toujours de la même manière. Il faut progresser à travers les différentes salles qui constituent les lieux, en se frayant un chemin à travers les ennemis, jusqu’à l’objectif donné. Si les environnements sont diversifiés (les cales gelées dans le nord, les bâtiments baroques des dieselbots, les bateaux pirates tout en bois des Caraïbes…), ils reprennent peu ou prou les mêmes éléments et la même disposition, avec des skins différents.

Le sel du jeu, et ce qui va constituer la majeure partie du temps passé sur SteamWorld Heist II, ce sont les combats. On pourrait les résumer à du cover and shoot tactique, mais ce serait minimiser le panel de possibilités qu’ils offrent. Chaque personnage dispose de deux points d’action, qu’il peut utiliser pour se déplacer, attaquer, utiliser une capacité ou un objet. Il faut noter que la plupart des attaques mettent fin au tour du bot concerné, même s’il lui restait un point d’action. A contrario, certaines capacités sont gratuites et permettent donc de rajouter artificiellement une action supplémentaire. Avec tout ça, il va falloir éliminer des ennemis qui disposent des mêmes possibilités : celle de se déplacer, de se mettre à couvert et d’utiliser des capacités spéciales ou des tirs.

Ce qui offre la plus grande diversité de tactiques, ce sont les classes des personnages. Elles sont au nombre de six : bagarreur, tireur d’élite, ailier, bombardier, ingénieur et démanteleur. Chaque classe propose bien sûr ses propres armes et compétences, mais là où le jeu se montre particulièrement créatif c’est grâce à sa possibilité de passer de l’une à l’autre en début de mission, simplement en changeant l’arme principale du vapbot concerné. Ainsi, on transforme un sniper en bagarreur juste en lui donnant un marteau à manier ! Mieux encore, les capacités débloquées dans une classe peuvent se cumuler avec celles d’une autre grâce à l’attribution de rouages, que l’on acquière lorsque l’on gagne des niveaux. Les combinaisons possibles deviennent alors extrêmement nombreuses. Par exemple, si seuls les snipers disposent d’une ligne de visée avec leur arme, associer leur classe avec celle d’un bombardier permet d’avoir un lance-roquette à visée précise. C’est également valable pour les compétences passives, naturellement.
Le coup du chapeau
Après une mission, vos compagnons deviennent indisponibles, qu’ils aient été détruits ou pas sur le champ de bataille. Il faut donc en sélectionner d’autres pour effectuer la quête suivante, ou bien naviguer jusqu’à une auberge où se reposer. Celle-ci propose également des compagnons à recruter, moyennant quelques gallons d’eau propre, ainsi que la vente d’armes et d’objets. Ces derniers peuvent également être ramassés durant les missions, ou bien dans des boutiques spéciales, souvent cachées, qu’une fouille minutieuse de l’environnement permet de dénicher. Il existe aussi des boutiques de chapeaux, qui n’ont aucune autre valeur que de permettre la personnalisation de vos héros (et l’obtention de quelques succès). Les chapeaux peuvent d’ailleurs être récupérés sur les ennemis, pour peu que vous parveniez à leur faire quitter leurs têtes d’un tir bien placé.

Si le jeu n’offre aucune solution de déplacement rapide, les améliorations du sous-marin de Quincey permettent, dans une certaine mesure, de débloquer des passages entre les différentes zones de la Grande Mer. Néanmoins, le temps de trajet reste long, trop long ! La longueur du jeu est d’ailleurs son principal défaut. S’il est rare qu’on accuse un titre indépendant d’avoir une durée de vie trop élevée, ici, force est de constater que l’aventure aurait pu être raccourcie d’un tiers. Ses défenseurs soutiendront qu’il est tout à fait possible de laisser les missions optionnelles de côté et de le traverser en ligne droite, dans sa difficulté minimale, afin de le boucler rapidement, mais même ainsi l’aventure s’étale un peu trop.

D’ailleurs, ce n’est pas tant que l’histoire soit trop longue, mais plutôt que la conception générale de SteamWorld Heist II en donne l’impression : contrairement à beaucoup d’autres tacticals, il n’est pas possible d’accélérer les actions ennemies ou de régler la vitesse d’exécution de celle de vos alliés. La seule option disponible consiste à passer les animations de déplacement. Dans les faits, on se retrouve souvent à poser la manette durant plusieurs minutes lors du tour des ennemis. De même, si le moteur du sous-marin peut-être boosté pour améliorer sa vitesse, un déplacement du nord au sud ou d’est en ouest, même en usant des quelques raccourcis disponibles, se montre bien trop long.
En dents de (poisson-)scie
En plus de ses longueurs, la difficulté du jeu est plutôt mal dosée (malgré six modes différents, modifiables à tout moment) et son scénario, qui alterne l’humour cher à la licence SteamWorld et des thèmes plus sérieux et émouvants, ne parvient pas toujours à trouver le ton juste. Il en résulte des moments qui pourraient être particulièrement touchants (les questionnements existentiels de Quincey, son rapport avec sa mère…), mais qui tombent un peu à plat.

Reconnaissons tout de même que le jeu est plutôt bien fini, avec très peu de bugs (hormis une absence de son dans la cinématique finale, mais peut-être était-ce un choix artistique ?). Du côté des graphismes, le cel-shading fait son œuvre, c’est propre et coloré, et la musique est particulièrement soignée, une ambiance que l’on doit au talent du groupe Steam Powered Giraffe. Bien que SteamWorld Heist II soit une véritable suite du premier titre, il est tout à fait accessible aux joueurs n’ayant jamais touché à un jeu de la licence, cela devrait inciter ceux désireux de découvrir son univers atypique et ses combats tactiques à s’y essayer.
Testé sur Xbox Série X, code fourni par Microsoft
Le Bilan
On a aimé
- Les graphismes
- Le gameplay
- Les possibilités qu’offrent les classes en combat
- L’aspect tactique
On a moins aimé
- Trop long
- La difficulté mal dosée
Conclusion du test de SteamWorld Heist II
Un indé qui redresse la barre
Malgré l’acharnement du titre à vouloir nous faire perdre du temps en trajets ou en missions quelque peu répétitives, SteamWorld Heist II se montre plutôt intelligent et bien conçu dans ses combats et sa manière d’aborder l’aventure. Ceux qui aiment les jeux tactiques devraient s’y essayer, ne serait-ce que pour son originalité. À condition de faire preuve de patience durant le tour des ennemis !