L’industrie du jeu vidéo est menacée par Amazon et Apple selon l’ancien boss de PlayStation

Craintes justifiées ?
Depuis quelques années, certaines des multinationales les plus influentes au monde tentent une percée dans le jeu vidéo. Google en a d’ailleurs payé les frais avec l’échec de Stadia, tandis que Netflix ou encore Amazon persistent avec la création de studios et jeux originaux. Cependant, certains ne voient pas cette tendance d’un bon œil, c’est notamment le cas de Shawn Layden, l’ancien président de PlayStation.
L’ancien président de PlayStation évoque ses craintes

C’est à l’occasion du GamesIndustry.biz Investment Summit in Seattle que Shawn Layden s’est entretenu avec Christopher Dring, l’homme à la tête de GamesIndustry.biz. Il a ainsi fait part des challenges face auxquels l’industrie devra faire face selon lui.
Il évoque ainsi en premier lieu la consolidation, faisant référence aux vagues de rachats, mais aussi l’augmentation des coûts des jeux et l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché.
Tout d’abord, la consolidation peut être l’ennemie de la créativité. Je pense également que l’augmentation des coûts des jeux est une menace existentielle pour nous tous. Et l’arrivée dans le secteur d’acteurs non endémiques, autrement appelés les « barbares à la porte », est une menace pour nous tous.
Malheureusement, l’ancien président de PlayStation n’a pas pris le temps de détailler les deux premiers points et s’est seulement attardé sur le troisième. Il s’était cependant déjà prononcé en 2021 sur les budgets trop élevés.
La menace de nouveaux acteurs

Bien entendu, le jeu vidéo est un business comme un autre, mais Shawn Layden pointe du doigt la vénalité de Google, Netflix, Apple et Amazon, qui souhaitent aussi avoir droit à leur part de l’énorme gâteau à plusieurs milliards.
Pour l’instant, nous voyons tous les grands acteurs se dire : « Oh, le jeu vidéo ? Il rapporte des milliards de dollars par an ? Je veux une part du gâteau ». Google, Netflix, Apple et Amazon veulent donc prendre une part du gâteau et tenter de perturber le secteur.
Selon lui, il faut se remémorer les changements radicaux qu’ont imposés des groupes comme Netflix ou Apple à leurs industries respectives. La musique a été irrémédiablement perturbée lorsque Apple a « convaincu tout le monde que 99 cents par chanson était une bonne idée ». De même, Netflix a perturbé l’industrie du cinéma en « obtenant du contenu, des licences et en les clouant à votre domicile ».
Shawn Layden pense que les joueurs peuvent faire évoluer l’industrie par eux-mêmes, sans attendre l’intervention de multinationales qui viendraient chambouler les habitudes de consommation.
Il n’y a pas besoin d’un Google ou d’un Amazon pour renverser complètement la table. Nous devrions être assez intelligents pour voir venir ces changements et nous préparer à cette éventualité.
Enfin, il ajoute que certaines entreprises ont « compris qu’il ne suffit pas d’avoir de la technologie pour créer un jeu ». On pense bien évidemment à Stadia qui a fermé ses portes seulement trois ans après le début de sa commercialisation. Malgré une solution en cloud plutôt efficace, le service proposé était bien trop cher.
L’arrivée de PlayStation sur le marché

Il peut paraître assez cocasse de tenir de tels propos alors que Shawn Layden a travaillé pour une société qui a elle-même fait irruption dans cette industrie pour accaparer quelques parts de marché. Suite à cette remarque faite par Christopher Dring, l’ancien président de PlayStation a expliqué que Sony avait compris ses propres limites au moment d’entrer dans le marché.
Sony savait que le divertissement était une bête à part entière, et Electronics savait qu’elle ne pourrait pas gérer cette activité en prenant tous les gars de la division CD et en se lançant dans les jeux.Au départ, la société était donc une coentreprise entre Sony Electronics et Sony Music Japan. Ils savaient qu’ils devaient apporter le divertissement… dès le début. Les personnes chargées de la publicité, du marketing, des relations avec les éditeurs, des relations publiques, étaient toutes des gens de Sony Music, et elles sollicitaient les éditeurs pour qu’ils soutiennent la plate-forme.
Enfin, il ajoute qu’il n’y a rien de nouveau à ce qu’une entreprise non endémique essaye de se faire sa place dans l’industrie du jeu vidéo. Il y a environ 25 ans, des studios de cinéma tels que MGM, Fox et Sony Pictures ont lancé leurs propres activités dans le domaine des jeux.
Ils se sont tous dit : « Nous avons la propriété intellectuelle, il y a de l’argent dans le secteur des jeux, alors créons des jeux. C’est si difficile que ça ? », puis ils se sont tous effondrés et ont brûlé. Vingt ans plus tard, il y a toutes ces grandes entreprises technologiques qui ont une infrastructure en cloud et qui se disent « faisons des jeux, ce n’est pas si difficile que ça ». Et il s’avère que c’est plutôt difficile ».
Reste à voir si les craintes Shawn Layden se révèleront vraies dans le futur. Et vous, pensez-vous que l’entrée de nouveaux acteurs dans le jeu vidéo est un danger pour le média ?