Il était une fois…L’arche du Captain Blood
Mieux que l’Esperanto
L’Arche du Captain Blood est sorti en 1988 sur pratiquement tous les supports, mais c’est la version Atari ST, nettement supérieure aux autres, dont on parle ici.
L’ensemble s’applique cependant à toutes les versions, y compris les versions 8bits, qui réussissent malgré la complexité du jeu et les faibles capacités des machines, à retranscrire globalement l’essence du titre. Une drôle de performance.
L’Arche du Captain Blood est issu d’Ere Informatique/Exxos juste avant qu’ils ne deviennent Cryo. Un studio français qui pendant des années a produit des titres fameux, connus pour leur design et pour contenir de nombreuses idées originales, allant pour certaines licences jusqu’à lorgner vers un contenu culturel. C’est ce qu’on a appelé, avant l’uniformisation de la production vidéoludique, la French Touch, reconnue alors dans le monde entier.
Ce titre mythique en est une belle illustration. Pour tout joueur ayant découvert Captain Blood à l’époque de sa sortie, c’est forcément un souvenir savoureux, tant le jeu est basé sur un concept unique.
Dès le départ, le pitch vaut son pesant de cacahuètes, et était illustré par un livret particulièrement bien écrit. Le joueur est dans la peau d’un programmeur bloqué dans l’univers du jeu qu’il a créé. En entrant accidentellement dans ce monde, il s’est multiplié et 30 clones de lui-même se sont dispersés dans les multiples planètes de ce monde, emportant avec eux une partie de son humanité. Captain Blood, son nouveau nom, devient peu à peu une machine, et doit absolument les retrouver pour rester un humain. Après 800 ans, il en a éliminé 25. Restent 5, dont « ce batard de numéro 5 », comme le décrit la notice, quand on commence à jouer. Si un clone n’est pas découvert et éliminé toutes les 2 heures, c’est le game-over, Captain Blood perdant toute trace d’humanité…
En pratique, tout est vu à la première personne (on ne voit que le bras robotique et rachitique du Captain). On devra voyager dans un monde comportant des milliers de planètes, dont une grosse trentaine est habitée par divers extra-terrestres. A chaque fois qu’on souhaite atterrir quelque part se déroule une séquence de vol dans un environnement en 3D qui a pris un sacré coup de vieux si ce n’est une animation qui reste excellente, jusqu’à ce qu’on trouve notre interlocuteur, et que le véritable cœur du gameplay se dévoile.
Ainsi, il faudra dialoguer pour collecter de nouveaux indices et savoir où aller. Chaque Alien a son petit caractère, et il faudra le caresser dans le sens du poil et lui rendre des services pour avancer. De façon étonnante pour un jeu si ancien, l’univers décrit se révèle complexe et hyper-cohérent, et l’histoire alterne les péripéties cruelles, tordues ou drôles. Pourtant, la façon dont on dialogue est totalement novatrice et fait que L’arche du Captain Blood reste un jeu unique (carrément).
En effet, on s’exprime en associant des icônes parmi les 120 disponibles. Chacune correspond à un mot, et au gré des associations on peut ainsi constituer des phrases dont la finesse du ton influera sur le déroulement de la discussion. Au début cela semble très laborieux, on met longtemps avant de réussir à juste exprimer des notions très basiques. Cela demande un véritable investissement du joueur, qui doit apprendre à parler ce nouveau langage universel. Puis au fil du temps on se rend compte qu’on a de moins en moins besoin de consulter la signification de chaque icône pour parler, et on arrive même à « lire » ce que les ET nous disent juste en regardant une suite de dessins. Le challenge est alors de saisir toutes les subtilités exprimées pour répondre au mieux et pour influencer nos interlocuteurs. La magie de ce jeu, c’est qu’on en arrive à oublier qu’on utilise un langage qui n’existe pas, et que par ce biais les développeurs parviennent à faire passer de multiples émotions, forcément inédites. On a ainsi l’impression de vivre une expérience hors du commun qui n’a pas d’équivalent dans la « vraie vie ». C’est juste génial.
Peut-on imaginer un concept pareil dans un jeu qui sortirait aujourd’hui ? Je ne pense pas. Cela demanderait un véritable effort du joueur, un investissement, de l’attention. Peut-être que je me trompe, mais je ne suis pas du tout convaincu que les joueurs d’aujourd’hui seraient prêts pour ça. D’ailleurs, rien qu’à la description que j’en fais, si je suis certain d’avoir éveiller des souvenirs merveilleux chez les vieux joueurs, je suis tout aussi sûr que d’autres n’ayant pas connu cette époque ne voient même pas l’intérêt de ce concept.
Autre temps, autres mœurs…
Je suis un “vieux joueur” mais j avoue que ce jeu est complètement inconnu au bataillon pour moi et c est claire que si ce jeu serait sortis aujourd hui, il aurait fait un flop.
Un des jeux qui m’a fait devenir gamer, avec Au revoir Monty, Target Renegade, Ikari Warrior, Barbarian, Marche à l’Ombre et bien d’autres.
Cultissime !
Edit : j’adore votre chronique “il était une fois…”, merci pour tout ces instants nostalgie.
l’Arche du captaine Blood….
j’y ai joué pas mal à l’époque sur Amstrad, mais il était pas si génial que ça, innovant certes, mais c’est tout.
c’était lent, un peu pénible. Les graphismes étaient très bon et je passais mon temps à exploser les planètes pour le plaisir des effets.
Mais c’est un jeu qui à marqué son temps, c’est indéniable.
amiga et atari, je m’en servais pour autre choses que les jeux et à ce niveau là, les consoles sont toujours reine chez moi ! mais je me souviens surtout que c’était JMJ qui avait fait la musique ! qui d’ailleurs composait sur ATARI 😉 mais en regardant la vidéo, je ne peux m’empêcher de penser à Mass effetc :’-))