Asha Sharma a contacté l’ancien patron de PlayStation après ses critiques sur Xbox : voici ce qu’il pense

Alors que Xbox traverse une période particulièrement mouvementée, marquée par de gros changements stratégiques et une importante vague de licenciements, Asha Sharma a échangé avec Shawn Layden, l’ancien dirigeant emblématique de PlayStation. Fort de près de trente ans passés chez Sony, ce dernier a partagé son analyse de l’évolution de Microsoft et expliqué pourquoi il estime que Xbox devra faire un choix stratégique majeur pour son avenir.
Microsoft doit choisir une seule direction
Dans un article d’Eurogamer, Shawn Layden révèle qu’Asha Sharma l’a contacté après les critiques qu’il avait formulées à l’encontre de la stratégie de Xbox et du Game Pass. Dans un post publié sur LinkedIn en avril dernier (supprimé depuis), il affirmait en effet que les décisions prises par Microsoft traduisaient une “incompréhension fondamentale” de la manière dont évolue l’industrie du divertissement interactif.
L’ancien patron de PlayStation explique aujourd’hui qu’Asha Sharma s’est montrée “très ouverte” et “très curieuse” durant leur échange, saluant au passage son initiative d’être venue directement vers lui. Interrogé plus globalement sur la situation de Xbox, il affirme que Microsoft devra tôt ou tard choisir entre deux ambitions qu’il juge difficilement compatibles.
Il y a deux voies. Soit devenir un concurrent sérieux de PlayStation en tant que plateforme sur le marché, soit devenir le plus grand éditeur de jeux vidéo au monde. Et au vu de toutes leurs acquisitions, ils y sont déjà ou ils en sont très proches.
Mais ces deux voies ne se rejoignent pas. Elles divergent nécessairement, car pour être une plateforme, et une plateforme très bien soutenue, bien acceptée et qui se vend bien, il faut du contenu exclusif. Nintendo a besoin de ses Mario et de ses Zelda, et PlayStation a besoin de Crash Bandicoot, d’Astro Bot, de Kratos, d’Horizon, de tout cela.
Layden poursuit en expliquant que si l’objectif est de devenir le plus grand éditeur au monde, il est nécessaire de proposer ses jeux sur toutes les plateformes, et que le multiplateforme est presque “une condition indispensable”.
“Je ne veux pas passer pour un fanboy de Sony”
Avant de développer son analyse, Layden tient toutefois à préciser qu’il ne souhaite pas être perçu comme un “fanboy” de Sony ou comme un simple détracteur de Xbox. Il assure que ses remarques ne sont pas motivées par une préférence pour une marque, mais par son expérience de près de trente ans dans l’industrie des consoles, qu’il estime lui permettre de prendre du recul sur la stratégie actuelle de Microsoft.
Pour lui, un constructeur de consoles a besoin d’exclusivités fortes pour convaincre les joueurs de rejoindre son écosystème. À l’inverse, un éditeur de jeux vidéo a tout intérêt à publier ses productions sur le plus grand nombre de plateformes possible afin de toucher un public toujours plus large.
L’ancien président de PlayStation Studios explique cependant que, même lors des meilleures années de Sony, les productions first-party ne représentaient qu’une partie du marché. Leur rôle n’était donc pas de concurrencer les grands éditeurs tiers, mais de proposer des exclusivités capables d’attirer les joueurs sur PlayStation tout en contribuant à la croissance globale de l’industrie.
Lorsque je dirigeais PlayStation Studios, même lors de notre meilleure année, nous n’avons jamais dépassé environ 22 % de parts de marché. Facilement 80 % de l’activité provenait d’Electronic Arts, Ubisoft, Activision, Take-Two, Bandai Namco et Sega. C’était leur opportunité. En tant que plateforme first-party, notre rôle n’était presque pas de devenir le plus grand éditeur de jeux vidéo au monde.
En réalité, il allait à l’encontre de nos intérêts de commencer à évincer nos partenaires du marché. Nous n’étions pas là pour leur voler des parts de marché ; je ne créais pas des jeux pour prendre des parts de marché à EA ou à Activision. Mon travail consistait à créer des jeux qui faisaient grandir le marché, et mon opportunité résidait dans cette croissance.
Enfin, Shawn Layden revient sur la politique d’acquisitions menée par Microsoft depuis 2018. S’il reconnaît avoir été impressionné par l’ampleur des rachats de studios, il souligne que Sony privilégiait une approche beaucoup plus progressive, fondée sur des années de collaboration avant une éventuelle acquisition.
Selon lui, cette relation de confiance est essentielle dans une industrie où le succès d’un jeu ne peut jamais être garanti à l’avance.
Pour rappel, Xbox prévoit de licencier 3200 personnes et s’est séparée de quatre studios, tandis que le sort d’Arkane Lyon reste incertain. Le reset Xbox évoqué depuis plusieurs semaines est donc lancé, et l’avenir nous dira s’il permettra à la marque de prendre une direction claire sur sa politique d’exclusivité et ses services.