Test – Keeper – une belle œuvre d’art

Sorti presque dans l’indifférence générale, le dernier jeu du studio Double Fine – et exclusivité Microsoft – propose aux joueurs et joueuses d’incarner un phare à travers une aventure contemplative aux graphismes léchés et à l’univers atypique. Une formule à laquelle le studio a déjà adhéré par le passé avec des titres comme The Cave, mais qui accentue cette fois-ci son aspect narratif, au détriment de ses énigmes.
Tête d’ampoule

Il faut ici parler de narration au sens large, car Keeper vous fait plus vivre une expérience qu’il ne raconte une histoire. Difficile de dégager les enjeux développés par le titre durant les quatre heures que dure l’aventure. Si l’on peut affirmer qu’on y aborde l’entraide, le passage du temps ou encore la mort, tout ça n’est pas lié dans un récit clair, mais se ressent au fil de la progression, à travers une succession d’environnements et d’épreuves.

Pourquoi un phare ? Pourquoi ce monde postapocalyptique digne d’une peinture surréaliste ? Pourquoi ces créatures plus bizarres les unes que les autres ? Est-ce une métaphore du cycle de la vie ? Du bateau de Thésée ? À vous de tirer vos propres conclusions du jeu. Double Fine ne vous donne rien, mais vous laisse prendre ce que vous voulez de son titre et l’interpréter comme il vous plaît. De toute façon, son intérêt ne se situe pas vraiment dans son récit, bien que l’idée de vous faire incarner un phare doté de pattes – qui lui donnent un air « darksoulesque » au passage – ne manque pas d’originalité.

L’aventure débute lorsque Brindille, un oiseau, vient s’abriter sur votre toit afin d’échapper à un mystérieux essaim, que seule votre lumière parvient à disperser. C’est le début d’une fructueuse collaboration entre vous et le volatile, puisque, pour résoudre les énigmes et progresser dans le jeu, il faudra souvent mettre à profit votre luminosité et sa capacité à voler pour aller activer les mécanismes que vous lui désignez.
Un vrai tableau

Les environnements du jeu sont variés et, il faut bien l’admettre, franchement jolis. Keeper donne sans arrêt la sensation de faire évoluer les joueurs et les joueuses dans une toile, en donnant aux éléments de son décor un effet « coups de pinceau » qui s’accentue lorsqu’ils sont lointains, tandis que ses personnages ressemblent à ceux d’un film d’animation. Que ce soit dans les endroits sombres et inquiétants, comme les grottes ou les zones enténébrées, ou bien les lieux plus joyeux, tels qu’une prairie, une forêt rose ou un mystérieux village, chaque niveau fourmille de détails et régale les mirettes !


Si le panel d’action est assez limité en début d’aventure et la progression plutôt linéaire, les deux s’étoffent petit à petit. Les niveaux en ligne droite avec quelques embranchements et secrets cèdent la place à de véritables cartes à explorer librement et notre phare, d’abord contraint de se déplacer sur quatre pattes (ce qui est déjà beaucoup pour un bâtiment cela dit), pourra tour à tour sprinter, planer, remonter ou accélérer le temps et même se transformer en bateau pour découvrir de nouveaux horizons.

La plupart du temps, le jeu vous demande de résoudre une énigme ou une série d’énigmes qui mêlent puzzles et associations d’objets/de personnages, avec parfois une touche de plateformes. Si le concept n’est pas nouveau, il manque ici un peu de challenge, puisqu’on se retrouve très souvent avec des épreuves qui consistent simplement à suivre un tracé déjà indiqué ou à trouver une manivelle et la rapporter pour activer un mécanisme. Quelques-unes impliquent plus de réflexion ou une bonne observation de l’environnement, mais nous sommes loin de l’époque de The Cave, justement, qui excellait en la matière.
Charmant

C’est là que le concept peut s’essouffler, car Keeper, malgré toute sa bonne volonté, n’est ni un assez bon jeu d’énigmes ni un assez bon titre narratif. Son histoire est trop épurée, trop cryptique, malgré quelques messages et sous-entendus intéressants, et ses puzzles trop simplistes. Il peut s’apprécier comme un univers contemplatif, dans lequel il reste plaisant d’évoluer, mais certains joueurs et joueuses n’y trouveront pas leur compte. Pourtant, celles et ceux qui accepteront de le parcourir en prenant leur temps, en acceptant ce qu’il a à offrir, y découvriront une aventure onirique à la bande-son charmante.

En réalité, c’est plus pour sa partie exploration/aventure qu’il faut jouer à Keeper. Chaque nouvelle fonctionnalité ajoutée au gameplay au fil du jeu se montre vraiment plaisante, comme lorsque vous vous retrouvez recouvert d’une sorte de barbapapa florale rose, qui permet d’enfin sauter et planer. La sensation procurée et le contraste qu’elle offre avec la lourdeur d’un phare, jusqu’alors vissé au sol, est délicieuse. De même, le village du temps, qui permet d’osciller entre passé, présent et futur, et donc de voir Brindille changé tour à tour en œuf ou en fantôme, offre des idées intéressantes, mais qui auraient pu être mieux exploitées.


Chaque étape nous rend ainsi plus mobile, plus capable, plus maniable. Malheureusement, cela suffira-t-il à permettre au jeu de trouver sa place ? Si au moins Microsoft avait donné l’impression de croire en ce projet, on aurait pu espérer le voir rayonner et toucher un public plus adepte des expériences vidéoludiques que du jeu vidéo pur et dur. Mais au vu du manque de communication autour du titre, il risque malheureusement de tomber très vite dans l’oubli. Précisons tout de même qu’aucun bug n’est venu gêner la réalisation de ce test, ce qui est suffisamment rare de nos jours pour être signalé.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur
Le Bilan
On a aimé
- La direction artistique sublime
- Les personnages joyeusement bizarres
- La sensation de libération progressive offerte par le gameplay
On a moins aimé
- Les angles de caméra parfois hasardeux
- Les énigmes trop simples
Conclusion du test de Keeper
Keeper offre une idée plaisante, un univers réellement atypique, beau, varié, dans lequel on retrouve la célèbre « patte » du studio Double Fine, mais s’essouffle parfois au fil de sa – pourtant courte – durée de vie. Le jeu s’apprécie comme une belle œuvre d’art, une expérience originale, qui permet de vivre une aventure onirique le temps d’une après-midi. À découvrir, ne serait-ce que pour s’évader un peu.
Je suis d’accord avec vous, une œuvre d’art magnifique mais le gameplay est simpliste, ceci dit cela fait du bien ce genre de petit jeu et au final il y a pas mal de personnes qui l’essayent au vu du nombre de votes sur le gamepass.
Je le lancerai entre deux plus gros jeux, ça a l’air d’être une expérience bien sympathique et parfois c’est cool un jeu court et facile.
Ces jeux sont mémorables, car ils laissent une bonne impression, assez particulière.