Procès Ubisoft : Tommy Francois évoque un harcèlement « presque affectif »

Affaire à suivre
Initialement prévu du 11 au 14 mars 2025, le procès d’anciens cadres d’Ubisoft a finalement débuté ce 2 juin. Les trois individus sont jugés au tribunal correctionnel de Bobigny après avoir été accusés d’avoir pratiqué et encouragé du harcèlement sexuel et moral. L’affaire avait éclaté grâce à des enquêtes de Libération et Numerama en 2020.
Les abus en tous genres de Thomas François

Interrogé par les magistrats, Thomas François, ancien vice-président du service éditorial d’Ubisoft, a expliqué n’avoir pas réfléchi, puisqu’il baignait dans “la culture Ubi”.
“Je n’ai pas réfléchi, c’était l’ambiance, la culture Ubi : je ne me posais pas la question.”
Une employée a expliqué qu’elle avait “peur” lorsqu’il venait vers son bureau. Elle a affirmé que Thomas François la traitait “comme sa bête de foire”. Dans un open-space où les hommes étaient très largement majoritaires, les propos graveleux fusaient. La jeune femme a également confié avoir été marquée par plusieurs actes humiliants.
La première fois que Tommy François lui a demandé de faire le poirier en public, elle l’a fait “comme c’était mon supérieur hiérarchique”.
À plusieurs reprises, Tommy François lui a imposé d’effectuer la pose. Mais lorsqu’elle est sciemment venue avec une jupe serrée dans l’optique d’une “stratégie d’évitement”, cela n’a en aucun cas empêché le cadre de lui demander d’effectuer le poirier.
Aussi, l’employée, alors âgée d’une vingtaine d’années, a été ligotée à une chaise et envoyée en ascenseur à l’étage supérieur. Il s’agit d’un “bizutage” mené par le vice-président qui jouissait d’une “aura et position hiérarchique élevée”, a rappelé le tribunal.
Enfin, elle a confié qu’il lui a été demandé de vernir publiquement de rose les ongles de pieds et mains de Tommy François, ce qu’elle a réalisé sans chercher à contester “pour me débarrasser au plus vite de ce qu’il m’imposait”.
Elle n’est pas la seule à avoir été victime de harcèlement. Une ancienne assistante de direction d’Ubisoft a confié au tribunal avoir “passé trois ans à essayer d’arrondir les angles dans un univers ou insultes, cris et accès de violence étaient quotidiens”.
Tommy François est également accusé d’agression sexuelle.
“Il faut être fun pour faire du fun”

Interrogé par les magistrats, Tommy François a rapidement exprimé des regrets, prétextant “s’amuser” avec ses collègues, tout en ayant “à l’époque l’impression d’être dans le respect des gens”. Il a également affirmé n’avoir pas été “l’instigateur de cette culture geek”.
“Quand je suis arrivé à Ubisoft, j’ai trouvé une ambiance”
Tommy François a assuré que ce comportement peut s’expliquer par son leitmotiv de l’époque : “il faut être fun pour faire du fun”.
Interrogé par la présidente, l’ex cadre d’Ubisoft a confié que ce harcèlement “n’était pas pour dégrader, c’était presque affectif”. Il a cependant confessé que cette “normalité à l’époque” n’était “pas acceptable.”
Tommy François s’est défendu en affirmant avoir “manqué de recul” sur son management toxique. Il n’a pas été formé à cette responsabilité et a souligné “n’avoir jamais été convoqué par les RH”, situées “à cinq mètres de mon bureau”.
Encore deux autres cadres à interroger

Ce mardi 3 juin, c’est Serge Hascoët, ancien directeur créatif du groupe qui est interrogé par le tribunal. Il est aussi accusé de harcèlement sexuel et moral, mais également de complicité des actes de son ancien protégé Tommy François.
Il est aussi accusé d’avoir tenu des propos racistes, notamment envers une employée musulmane à qui il aurait demandé après les attentats de 2015 si elle soutenait l’État islamique, et en lui imposant des humiliations liées à sa religion.
Le troisième interrogé, Guillaume Patrux, ancien game director chez Ubisoft licencié pour faute grave en même temps que Tommy François, est accusé de son côté de harcèlement moral par une personne de son équipe.
Selon l’article de Libération, il est décrit comme un homme impulsif et brutal, « capable de mettre des coups de poing dans les murs, de faire mine de lever la main sur ses collègues ou d’agiter un fouet près de leur visage, quand il ne joue pas à brûler les fils des ordinateurs ou la barbe d’un salarié avec un briquet ».