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Test – Clair Obscur: Expedition 33 – Un véritable chef-d’oeuvre

Test – Clair Obscur: Expedition 33 – Un véritable chef-d’oeuvre
Le 23 avril 2025
Le 23 avril 2025

L’art et la manière

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Il y a des jeux qui vous prennent aux tripes et vous marquent au fer rouge pour le restant de votre existence. Ce genre de jeux dont vous savez qu’ils deviendront une référence, un point d’ancrage dans votre vie de joueuse ou joueur. Des jeux pour lesquels il y a un avant et un après. Disons-le tout de suite, c’est exactement l’effet que nous a fait Clair Obscur: Expedition 33. Un jeu qui s’est imposé de manière viscérale, jusqu’à devenir obsessionnel, au point de compter les heures qui nous séparent du moment où l’on reprendra la manette pour retourner arpenter son monde aussi beau que mélancolique. Vous l’avez compris, ce test sera une lettre d’amour au travail de Sandfall Interactive, la french team qui nous offre ce qui pourrait être la meilleure expérience vidéoludique de 2025. Rien que ça !

Paris, ville lumière

Le début du jeu vous laisse le loisir d'explorer la ville de Lumière.

Si vous avez déjà lu la preview du jeu proposée par Xboxygen il y a un mois, vous savez un peu de quoi il retourne. Néanmoins, petit rappel des faits : Clair Obscur se déroule dans un monde soumis au pouvoir de la peintresse. Une fois par an, celle-ci s’éveille et peint un nombre sur l’immense monolithe qui se tient derrière elle. Aussitôt, chaque personne ayant atteint l’âge qu’elle vient d’inscrire disparaît. Chaque année, ce nombre est de plus en plus bas. Cela fait soixante-sept ans que les habitants de Lumière tentent de l’arrêter en envoyant des expéditions la combattre, mais aucune n’y est jamais parvenue ni n’est revenue pour témoigner des épreuves qui se trouvent sur le chemin menant à elle. Très bientôt, l’expédition 33 prendra la mer à son tour, afin de réussir là où toutes les autres ont échoué.

De nombreuses séquences viennent renforcer les liens tissés par les personnages.

Clair Obscur est un jeu marqué par le deuil. Dès son commencement, alors que sa phase de tutoriel prend place un peu avant la cérémonie du gommage, qui voit les gens dont l’âge va bientôt être inscrit sur le monolithe faire leurs adieux à leurs proches, on comprend que le sujet va être central tout au long de l’aventure. Les personnages sont façonnés par le cruel dilemme auquel ils sont confrontés durant toute leur existence : attendre la mort auprès de ceux qu’ils aiment ou les quitter plus tôt pour tenter de leur offrir un avenir, dans ce qui s’annonce un voyage sans retour. C’est là le second thème majeur du jeu : les liens familiaux. On parle ici de la famille au sens large, celle au sein de laquelle on naît comme celle que l’on se forge, car les membres de l’expédition 33 forment une véritable famille, bien que non liés par le sang.

L’intrigue se révèle par petites touches, au fil des échanges et de la découverte des journaux des expéditions précédentes.

Certains passages sont proprement lovecraftiens !

Cela nous amène au premier point fort du titre : les relations entre les personnages, qui sont particulièrement bien écrites. Autant être clairs, le scénario de Clair Obscur: Expedition 33 est un véritable bijou. La narration est nettement son point d’orgue et les liens que tissent les protagonistes ou la manière dont ils interagissent sont crédibles et souvent émouvants. Si certains dialogues sont à choix multiples, c’est avant tout pour nous permettre d’explorer des pans différents de leur passé ou de leur personnalité, nullement pour influencer l’histoire, qui vise avant tout à être racontée et non à se plier aux desiderata des joueurs et joueuses. Complexe et profonde, l’intrigue se révèle par petites touches, au fil des échanges et de la découverte des journaux des expéditions précédentes. Que les plus suspicieux se rassurent, tout a un sens et tout trouvera son explication, même certains éléments anecdotiques ou improbables. Enfin, le jeu s’offre aussi de belles séquences d’humour, particulièrement bien écrites, qui viennent apaiser l’ambiance lourde et apporter une certaine fraîcheur à la cruauté du monde de Clair Obscur.

L’horreur est humaine

Ne me dites pas que ça ne vous rappelle pas du From Software !

Loin de proposer un RPG au tour par tour classique, les équipes de Sandfall Interactive ont dynamisé la formule avec un système d’esquives, de parades et de combos basés sur des QTE et l’apprentissage des patterns ennemis. Dans un souci de garder le joueur impliqué, le titre s’applique à le sortir régulièrement de sa zone de confort, en introduisant de nouvelles mécaniques dès que certaines sont maîtrisées. Une idée brillante pour un gameplay qui se veut particulièrement exigeant, même en mode normal, et qui demande une réactivité qui n’est pas sans rappeler quelques souls-like. D’ailleurs, une partie du bestiaire semble tout droit sortie des donjons d’un certain Elden Ring, avec ses créatures aux mains trop nombreuses et aux gueules terrifiantes ! Une manière de rappeler que le titre ne fait pas dans la dentelle en ce qui concerne la violence : plus vos personnages sont mal en point et plus ils se couvrent de sang, de blessures et de brûlures. La mort de certains personnages secondaires est aussi particulièrement brutale.

Un écran de combat qui rappelle aussi les jeux Persona.

Pour survivre, il va falloir compter sur une excellente gestion de l’équipe — chaque personnage ayant ses pouvoirs et spécificités propres — et de ses compétences. Cela passe par l’équipement d’objets nommés pictos, qui octroient des effets passifs (dits luminas), comme un boost de vitesse en début de combat ou des points d’action supplémentaires. Jusqu’à trois pictos peuvent être équipés simultanément. Ils sont maîtrisés après quatre combats et les luminas sont ainsi débloquées définitivement pour n’importe quel personnage, pour peu qu’on leur alloue des points du même nom. Un système proche de celui de Final Fantasy IX en son temps. En revanche, du fait de la rareté des points de lumina permettant de conserver ces capacités, il vaut mieux prendre le temps de modifier ses pictos avant un combat pour pallier aux spécificités de l’ennemi à affronter, plutôt que de tenter de débloquer et cumuler toutes les compétences.

Les plus audacieux peuvent passer le jeu en mode difficile pour transformer le tour par tour en action-RPG.

Le menu s'enrichit petit à petit, pour vous laisser le temps de l'appréhender.

L’équipe de combattants se compose de trois personnages maximum. Lorsque tous les protagonistes ont été recrutés au fil de l’histoire, les héros et héroïnes supplémentaires forment une équipe de soutien qui intervient si la première est totalement décimée, offrant ainsi une ultime chance de vaincre un ennemi coriace avant le game over. Comme dans tout bon RPG, chaque personnage gagne de l’expérience à la fin des combats afin de monter de niveau. Les points d’attributs ainsi obtenus peuvent être alloués librement pour augmenter les statistiques des protagonistes : vitesse, force, défense, santé et chance. Il est donc possible de privilégier une caractéristique ou de se montrer plus équilibré. À noter que les plus audacieux peuvent passer le jeu en mode difficile pour transformer le tour par tour en action-RPG exigeant. Bon courage !

Telle une toile

Le revolver permet de tirer sur les points faibles des ennemis pour prendre l'avantage.

Comme évoqué plus haut, les combats sont difficiles, il n’est pas rare de l’emporter de justesse et de se retrouver avec une équipe en piteux état, même contre des ennemis de base. Heureusement, les drapeaux des expéditions précédentes qui parsèment chaque niveau permettent de se reposer pour restaurer sa santé et de recharger les diverses potions, en plus d’être les seuls endroits où il est possible de répartir ses points d’attributs et de débloquer de nouvelles compétences de combat. Là encore, on retrouve l’influence des jeux Souls, puisque regagner sa santé à l’un de ces drapeaux fera également revenir tous les ennemis précédemment vaincus sur la carte du niveau en cours.

Le studio est également parvenu à moderniser et rendre intéressante une mécanique que l’on n’avait plus vue depuis le début des années 2000 : les déplacements sur la carte du monde.

Les déplacements sur la carte du monde se font d'un point de vue surrélevé.

Les niveaux proposent des environnements de toute beauté, à la fois oniriques et grandioses, et sont truffés de passages secrets et de zones cachées regorgeant d’objets à trouver. Le level design est pensé de manière à ce que même les zones les plus vastes ou tortueuses offrent des points de repère pour éviter que l’on s’y sente perdu. Entre eux, les niveaux sont reliés par une très vaste carte du monde, qui regorge elle aussi de secrets. Car, oui, le studio est également parvenu à moderniser et rendre intéressante une mécanique que l’on n’avait plus vue depuis le début des années 2000 : les déplacements sur la carte du monde. Les voyages s’y font avec une vue légèrement du dessus et il est possible d’y croiser des ennemis, mais surtout de monter un campement pour se reposer, améliorer ses armes, augmenter ses points de lumina et surtout discuter avec les différents membres de l’expédition.

Ceci n'est pas une cinématique.
Le monolithe est votre point de repère durant toute l'aventure.

Plus tard, grâce à l’obtention de certains artefacts, il sera possible de traverser les océans — une nécessité pour atteindre la peintresse et son monolithe —, d’explorer des lieux sous-marins ou d’autres encore, perchés sur des îles flottantes. Si certaines zones annexes sont accessibles à pied très tôt dans l’aventure, leur nom s’assortit parfois de la mention « danger », indiquant leur difficulté élevée. Beaucoup ne seront atteignables qu’après la « fin » du jeu, il convient donc de ne pas trop s’acharner pour rejoindre un lieu optionnel et de préférer y revenir plus tard. Ce sera d’ailleurs une nécessité pour celles et ceux qui désirent connaître l’histoire dans ses moindres détails, puisque certains pans de scénarios ne se dévoilent que lors de quêtes annexes.

La carte se révèle vaste, très vaste.

Ces quêtes, d’ailleurs, sont intégrées de manière organique au récit et à l’environnement. Comprenez par là qu’il n’y a pas de journal de quêtes dans lequel elles sont notées ni d’icônes qui permettent de les trouver sur la carte (la seule map disponible étant, de toute manière, celle du monde, entre les niveaux). Lorsqu’un personnage évoque un objet dont il aurait besoin ou ce qui ressemble à une mission qu’il aimerait vous voir exécuter, c’est à vous, joueur ou joueuse, de vous souvenir de son emplacement et de revenir le voir une fois la tâche accomplie. On ne vous prend pas par la main, on ne vous mâche pas le travail, mais on ne vous oblige à rien non plus. Une manière supplémentaire d’appuyer le réalisme de cet univers baroque. D’autant que la fin n’est pas la fin dans Clair Obscur. Attendez-vous à être surpris par la manière dont le scénario va vous faire croire que vous êtes arrivés au bout… pour finalement vous offrir encore un bon tiers d’aventure !

Artriste

On s'habitue à cet écran !

Nous avons parlé de l’influence des Souls et des Final Fantasy sur Clair Obscur, mais il en est une que nous n’avions pas vue venir avant de prendre la manette : celle de Nier. On la retrouve tout particulièrement dans la musique, puissante et émouvante, qui est elle aussi un véritable bijou. Les paroles sont presque toutes en français et les écouter attentivement peut d’ailleurs fournir quelques informations sur l’intrigue. On apprécie la façon dont les mélodies gagnent en intensité au fur et à mesure qu’un affrontement s’éternise, comme pour accompagner la difficulté. Les sons d’ambiance sont aussi particulièrement utiles durant les combats, puisqu’ils permettent, en plus des indices visuels, d’ajuster ses esquives et parades de manière efficace, en se calant sur le rythme des ennemis.

Toute la puissance de l'Unreal Engine 5.
Il y a quelque chose de très poétique dans les décors.

Comme on l’a déjà dit, les graphismes sont bluffants et l’Unreal Engine 5 a permis aux graphistes de laisser libre cours à leur imagination pour créer des univers foisonnants, riches, un peu fous et surtout très originaux. Par ailleurs, ce test a été réalisé en choisissant le mode qualité (par opposition au mode performance) dans les options graphiques et nous n’avons été confrontés qu’à de très légers ralentissements de quelques secondes, lors de l’arrivée dans certaines zones bien précises.

Clair Obscur: Expedition 33 est un titre qui […] a su nous capturer corps et âme pour nous entraîner dans son univers.

Aux scènes d'horreur et aux environnements destructurés succèdent des zones bucoliques.

Fait de plus en plus rare dans le jeu vidéo, les doublages sont eux aussi d’excellente qualité et donnent le ton juste et l’émotion nécessaire aux phases de dialogues. Quelques-uns de ceux liés aux journaux des précédentes expéditions le sont moins, mais cela reste anecdotique et n’empêche jamais d’être immergé dans l’univers du jeu. L’immersion, c’est d’ailleurs la plus belle réussite du studio, puisque, dans un monde où notre attention est de plus en plus difficile à maintenir, nous qui sommes sans arrêt sollicités par des notifications intempestives, nous n’avons jamais, à aucun moment, eu envie de quitter le jeu des yeux pour regarder notre téléphone. C’est pour cela que Clair Obscur: Expedition 33 est un titre qui nous a tellement bouleversés, parce qu’il a su nous capturer corps et âme pour nous entraîner dans son univers. Une chose à laquelle le jeu vidéo n’était pas parvenu depuis bien des années.

Testé sur Xbox Série X, code fourni par l’agence de presse de l’éditeur

Le Bilan

On a aimé 

  • Un titre de toute beauté
  • Un récit incroyablement prenant
  • Une difficulté bien dosée et un gameplay efficace
  • Une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres
  • Une aventure variée, pleine de surprises et de rebondissements
  • Devoir résister à l’envie de faire durer ce test sur douze pages
  • La sensation que tous les jeux vont nous sembler bien fades désormais
  • « Toutes les bonnes choses ont une fin… »

Conclusion du test de Clair Obscur: Expedition 33

Aimer, c’est mourir un peu
Avec Clair Obscur: Expedition 33, le studio Sandfall Interactive a peint une toile de maître. Beau, puissant, original, prenant… ce RPG d’aventure au tour par tour a su moderniser avec brio les classiques dont il s’inspire et surprend là où on ne l’attendait pas forcément. Voir une petite équipe indépendante proposer un titre avec une telle ambition est une véritable bouffée d’espoir pour un monde du jeu vidéo qui semble tourner en rond depuis plusieurs années, entre jeux de niche qui ne trouvent jamais leur public et grosses productions qui s’uniformisent pour toucher le plus de joueurs possible. Aimer, c’est mourir un peu, car quand on aime il faut aussi s’attendre à devoir dire adieu. Au moment de poser la manette demeure néanmoins une constatation : faire un véritable chef-d’œuvre d’un titre qui parle de l’art, n’est-ce pas la plus belle mise en abyme qui soit ?

AlexMoon
Adepte du tofu et des arbalètes. Fan de RPG au tour par tour et des propositions indé' les plus barrées. Fabrique des origamis entre deux livres et trois jeux vidéo.
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Clair Obscur: Expedition 33

Développeur : Sandfall Interactive
Éditeur : Kepler Interactive
Date de sortie : 24/04/2025

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