Test - Sea of Solitude - Un jeu qui ne fait pas de vagues

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EA continue son petit bonhomme de chemin dans l’édition de jeux indépendants. Sea of solitude est leur dernier projet en date, même s’il fut porté sur le devant de la scène durant l’E3 de l’année dernière déjà. Le studio berlinois Jo-Mei a la chance mais aussi la lourde tâche d’assurer le spectacle tout en donnant de la crédibilité à son éditeur qui n’attend que ça. Il faut dire qu’après un Fé honorable et les très moyens Unravel, il y a fort à faire.

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La vie parfois fait plouf

Tout commence avec un message d’accueil qui prévient le joueur sur le contenu du jeu, ou du moins sur les sujets abordés qui peuvent le mettre mal à l’aise et faire remonter en lui des émotions qui pourraient le perturber. Il est même fait état de consulter un professionnel plutôt que de prendre le jeu pour guide face à ce ressenti. Autant dire que dès le début, l’ambition étouffe le joueur. Vous devrez vous sentir un peu mal sinon tout le principe du jeu tombe à plat.

Moïse, sors de ce corps !
Moïse, sors de ce corps !

On contrôle Kay une jeune fille perdue face à ses démons issus des quelques traumatismes qu’elle a dû traverser dans la vie jusqu’à aujourd’hui. Toutes les épreuves qui vous seront révélées sont celles de la créatrice du jeu ou ont été vécues par d’autres personnes, il n’y a rien de fictif. Bref, Sea of Solitude utilise le vieux gimmick du “Ceci est tiré d’une histoire vraie” pour impressionner son public. Seulement, il faut un peu de recul et de talent pour réussir à dégager des émotions, choses qui font cruellement défaut au jeu.

Enfant du voyage

Kay vit un peu trop dans sa bulle
Kay vit un peu trop dans sa bulle

Parler de naufrage serait un peu facile puisque régulièrement, l’héroïne se déplace sur une barque. Le niveau de l’eau est haut, à hauteur des toits sur lesquels elle peut aussi se déplacer assez librement. Régulièrement, au gré du scénario, le niveau baissera pour donner la possibilité d’explorer la terre ferme. La plupart du temps, il ne suffit que de se promener vers un objectif que nos fusées de détresse utilisables à volonté nous indiquent. N’attendez pas du jeu de l’exploration riche et intéressante, le level design est tout juste potable et le jeu se permet même du recyclage d’environnements.

Fortement narratif, Sea of Solitude essaie de confronter son héroïne face à ses démons issus de son passé. Métaphoriquement, bien entendu. Ici, les personnes sont des monstres marins ou volants qui lui parlent et tentent de l’agresser. Tout est construit comme un jeu de cache-cache avec un poil de plateforme. On contourne, on esquive, on court mais jamais on ne doit se battre réellement. Kay est constamment harcelée physiquement et rabaissée moralement. La seule action que le joueur peut faire est de se concentrer pour retirer des ombres sur des éléments corrompus. Jamais les situations ne sont stressantes ni ne serait-ce qu’intéressantes. Le gameplay est horriblement insipide. On est loin d’un Ico.

Avec un tel constat, il est difficile de réussir à se sentir particulièrement investi dans ce qui se déroule dans le jeu en tant que joueur. On aurait pu se laisser aller et se laisser surprendre comme dans d’autres expériences narratives qui réussissent à parler de sujets profonds et intéressants. Seulement l’écriture est ici très faible. D’une part sur le traitement métaphorique des troubles de son héroïne, mais aussi dans ses textes. Tout est très simpliste, trop bavard et déconnecté des événements pour réussir à susciter la moindre émotion. Certains passages sont clairement expédiés alors que d’autres sont trop appuyés. Ce qui les unit tous, c’est le manque de finesse évident et l’envie de jouer la corde du pathos pour émouvoir son auditoire.

The love boat
The love boat

Techniquement, le titre propose des cartes postales honorables grâce à son cell-shading et sa direction artistique efficace. Mais finalement, 17 ans après Wind Waker, on a du mal à être impressionné. Ce n’est pas un foudre de guerre mais l’illusion est sauve durant la petite poignée d’heures qu’il faut pour faire le tour du jeu en cherchant un peu les collectibles planqués ça et là. Ces derniers servent surtout à justifier un environnement ouvert dans un jeu qui se joue en ligne droite. Qui plus est, les contrôles sont parfois un peu flottants et les collisions avec l’environnement pas toujours très bien gérées.

Bilan

On a aimé :
  • Ce n’est pas trop vilain visuellement
On n’a pas aimé :
  • La lourdeur des dialogues
  • La lourdeur des situations
  • Simpliste dans ses propos jusque dans son gameplay
Plouf

Sea of Solitude est un beau ratage. Gonflé à bloc par son ambition et ses bonnes intentions d’aborder des sujets sérieux, le jeu oublie presque d’en être ludique. Simpliste dans son gameplay, son écriture et les situations traversées, rien ne suffit pour susciter des émotions dans nos coeurs fragiles de joueurs qui ont déjà traversé moult guerres et autres épreuves traumatisantes. Difficile de le recommander à qui que ce soit et on se souviendra sûrement de lui comme de cette autre tentative ratée d’EA de se donner de la street-cred.

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Sea of Solitude

Sea of Solitude
PEGI 0

Genre : Aventure/Plates-Formes

Editeur : Jo-Mei

Développeur : Jo-Mei

Date de sortie : 05/07/2019

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, PC Windows