Test - Chasing Static - Un bon petit film d’angoisse

«Avec un casque, c’est encore mieux» , - 0 réaction(s)

Ratalaika Games. S’il n’est guère usuel de commencer un test en se focalisant plus sur un éditeur de jeux vidéo indépendants que sur les développeurs des dits jeux, nous pensons qu’il est important de faire un petit aparté avant de se plonger dans le cœur de notre sujet du jour.

Ratalaika Games, donc, est une société espagnole spécialisée dans le portage de titres PC à petit budget vers les consoles. Et force est de constater que, régulièrement, le logo du berger allemand portant sur sa tête un petit monstre rose est synonyme de “seal of quality”.

C’est entre autres à eux que l’on doit les versions consoles de titres comme Le Comte Lucanor, The Long Reach ou encore Long Live The Queen. Pour les amateurs de titres indubitablement old-school à l’ambiance soignée, et malgré des choix fort discutables concernant certaines productions, c’est donc un éditeur important dans le domaine du jeu indépendant sur lequel on peut compter.

Cette fois-ci, ils se sont chargés de nous apporter Chasing Static sur Xbox. Et nous les remercions chaudement pour cette découverte qui, une nouvelle fois, nous prouve combien le manque de moyens peut amener à des idées réellement impressionnantes.

Mais revenons au sujet. Chasing Static est le tout premier jeu du micro studio anglais Headware Games. Et pour leur entrée dans l’univers si particulier de l’aventure/horreur, force est de constater qu’ils n’ont pas fait les choses à moitié…

Atmosphériquement incroyable

Chasing Static nous met dans la peau de Chris, un gars sans histoire revenant dans son pays de Galles natal pour assister aux obsèques de son vieux paternel avec qui il entretenait des rapports compliqués. Accueilli dans la maison de retraite, il se voit remettre la seule et unique possession de son père : un vieux livre.

Repartant de nuit pour une trop longue route, café en main, il finit par manquer la sortie de l’autoroute et décide de s’arrêter dans un café solitaire au beau milieu de nulle part.

Mais rapidement, les visions d’horreur et les événements étranges vont se multiplier, le forçant à s’enfoncer dans la forêt attenante pour s’échapper d’un cauchemar sans fin, prisonnier de bribes d’un passé qui ne lui appartient pas.

Une chose est certaine : les développeurs de Headware Games ont bien fait leurs devoirs. L’ambiance, très inspirée du premier Silent Hill, nous happe immédiatement dans une spirale d’angoisse. Que ce soit par la narration ou la mise en scène, Chasing Static sait parfaitement sur quel ressort appuyer pour nous emprisonner dans son univers à la fois sombre et fascinant.

Tout au long de l’heure et demie que dure le titre, le joueur n’est jamais laissé de côté. Chaque pas, chaque découverte, nous plonge irrémédiablement dans une histoire passionnante et diablement bien narrée.

Millimétrée tel un coucou suisse, jamais l’intrigue ne nous laisse le temps de nous ennuyer ni ne fait retomber la pression. Le tout sans les mécaniques putassières usuelles de ce genre de productions. Ici, point de screamers ni de créatures issues des enfers. L’angoisse vient naturellement par le level design, les corps désarticulés et les questions qui pullulent dans nos esprits.

Lâcher Chasing Static avant d’en avoir connu le dénouement est un calvaire, aussi ne saurions-nous vous conseiller, si d’aventure vous décidez de tenter l’expérience, de prendre le temps de le faire d’une seule traite.

Une mise en garde cependant : Chasing Static n’a pas la prétention d’être un survival horror. C’est une aventure narrative angoissante dans laquelle il n’y a nul combat, aucun affrontement, lente dans son déroulé et pourtant diablement addictive.

Bien entendu, eu égard de la durée du titre et de la qualité de son écriture, nous ne dirons rien de plus sur son intrigue. Nous préférons vous laisser le plaisir ineffable de vous perdre dans les méandres surréalistes de son histoire.

Alors nous y voilà…

S’il est bien un type de nostalgie qui est difficile à appréhender, c’est celle de l’ère de la première PlayStation. Le côté pixel art de titres issus des consoles 16 bits est une chose, la laideur incroyable des polygones des 32 bits une autre.

Et pourtant, c’est ce choix qui a été fait par les développeurs de Headware Games. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos rétines en prennent un sacré coup. Inutile de tourner autour du pot : c’est laid. Dieu que c’est moche !

Les premiers instants sur Chasing Static sont visuellement très compliqués, tant l’aspect cubique de chaque élément est clairement issu d’un âge sombre du jeu vidéo.

Passées les vingt premières minutes (et sur un jeu d’une heure trente, c’est long), on commence à s’habituer à ce choix artistique discutable. Les développeurs ont eu la brillante idée de limiter au maximum le nombre de personnages et fait le choix d’une vue FPS, évitant ainsi les inévitables écueils de la pauvreté graphique de l’époque.

Une fois plongé dans l’ambiance, on peine à imaginer le titre sous une autre forme, tant ce dernier a été pensé et conçu pour s’adapter aux contraintes techniques des années 90.

Certes, il en résulte des défauts difficilement justifiables en 2023, comme des éléments primordiaux de l’intrigue à côté desquels il est aisé de passer à côté car difficilement visibles, ou encore la pauvreté des décors qui limite notre exploration. De même, les textures utilisées à l’excès ne sont clairement pas à mettre au crédit du jeu.

Le gameplay souffre également de cet écueil. Chasing Static nous impose en effet une maniabilité au mieux discutable, avec une caméra bien trop sensible et imprécise, couplée à l’absence remarquée d’un réticule pour nous faciliter la vie, des contrôles inutilement complexes, une gestion d’inventaire issue d’un autre temps et des déplacements trop rigides.

Heureusement, nous ne sommes pas ici devant un jeu d’action et il est de fait possible de prendre son temps. Mais nul doute que le plaisir aurait été incomparable avec une pointe d’amélioration de ce côté-là.

Pour entrer dans les détails, Chasing Static nous propose une expérience où, pour s’échapper, notre héros devra rétablir le courant de trois pylônes radio. Pour ce faire, il dispose d’une sorte de récepteur lui permettant de capter des ondes fluctuantes.

Servant de boussole au joueur, cet appareil est très difficile à prendre en main. En cause, des explications peu claires… mais surtout une maniabilité discutable. Pour sortir l’engin, il faut appuyer sur la croix directionnelle gauche. Puis sur la gâchette LR. Puis enfin sur le bouton A pour viser. Et bien entendu, il est impossible de courir une fois l’appareil en main.

Cette combinaison improbable de touches est perturbante dans les premiers instants… et il n’est pas rare de se tromper et de le ranger par inadvertance, nous contraignant à refaire toute la manœuvre avec un soupir de crispation.

Comment est-il possible de rater une mécanique pourtant essentielle, littéralement au cœur du jeu ? C’est une question à laquelle nous ne pouvons malheureusement pas apporter de réponse, mais qui est indubitablement le côté le plus négatif du titre.

Cet appareil nous permet en effet de découvrir les bribes de ce qui s’est passé, via des distorsions du réel prenant un aspect VHS en noir et blanc. Sans lui, donc, impossible de continuer l’aventure ni d’en découvrir toutes les subtilités.

Une ambiance sonore incroyable

Le jeu nous prévient dès le départ : l’expérience est bien meilleure avec un casque sur les oreilles. Et nous ne saurions que trop vous conseiller de respecter cet avertissement à la lettre.

Pour parfaire son côté angoissant et nous plonger dans son atmosphère, Chasing Static use et abuse du son, parvenant avec une aisance déconcertante à balayer tous les défauts précités. Qu’importent les graphismes ou la maniabilité, nous jouons avant tout avec nos oreilles.

Entièrement guidés par le grésillement de la radio, des bribes de conversation et des voix évanescentes ; Chasing Static dispose réellement d’un gameplay et d’une exploration basés avant tout sur notre ouïe.

C’est une franche réussite, d’autant que le titre est intégralement doublé dans un anglais britannique particulièrement agréable à l’oreille.

Un petit mot enfin sur la traduction française du titre. Localisé via les sous-titres, on peste sur un travail qui manque clairement de panache et l’on regrette de nombreuses imprécisions ou erreurs flagrantes (comme une voiture traduite en “seau rouillé”). Pour autant, le niveau de langage demeure relativement basique. Si vous parlez un tant soit peu anglais, nous ne saurions que trop vous conseiller de faire le jeu ainsi.

Testé sur Xbox One X

Bilan

On a aimé :
  • Le gameplay basé sur le son
  • Une intrigue prenante
  • Réellement angoissant
  • D’excellentes idées de mise en scène
On n’a pas aimé :
  • Le choix des graphismes polygonaux de la PlayStation 1
  • Une maniabilité vraiment perfectible
  • Trop court
Une expérience atmosphérique vraiment réussie

Pour un premier jeu, les développeurs de Headware Games s’en tirent avec les honneurs. Parvenant à capter l’attention du joueur et à le plonger dans une aventure angoissante (mais jamais terrifiante), Chasing Static dispose d’énormes qualités et d’idées de gameplay incroyables. Dommage qu’elles soient gâchées par une maniabilité imprécise, des graphismes d’un autre temps et une durée de vie trop courte. Malgré tout, Headware Games est clairement un studio à suivre avec attention.

Accueil > Tests > Tests Xbox One

Chasing Static

Genre : Aventure/Réflexion

Éditeur : Ratalaika Games S.L.

Développeur : Headware Games

Date de sortie : 12/01/2023

Prévu sur :

Xbox Series X/S, Xbox One, PlayStation 5, PlayStation 4, PC Windows, Nintendo Switch