Test – Lost Records : Bloom and Rage – Une suite en demi-teinte

A nos illusions perdues…
Sorti le 18 février dernier, Lost Records : Bloom and Rage, le dernier jeu signé Don’t Nod, revient sur le devant de la scène avec Rage, sa seconde partie. Accessible grâce à une mise à jour gratuite depuis le 15 avril (et, pour rappel, disponible sur XBox Series X|S, PC et PlayStation 5), cet épisode tant attendu, promet de répondre aux nombreuses interrogations laissées en suspens.

A noter que le test complet de la première partie est toujours disponible ici et que ce test porte exclusivement sur le second volet. Après un premier chapitre encourageant qui posait des bases intrigantes, nous avions hâte de découvrir ce que nous réservait cette suite.
De retour à Velvet Cove

En 2022, après des années de silence, les copines se retrouvent suite à la réception d’un étrange colis adressé à Blood and Rage, leur ancien groupe de musique punk, ce qui déclenche une avalanche de souvenirs. Que contient ce paquet ? Qui en est l’expéditeur ? Pourquoi avaient-elles choisi de ne plus jamais se revoir, brisant ainsi leur promesse d’autrefois ? Autant de mystères qui attendent d’être éclaircis.
Des retrouvailles mouvementées, riches en émotions fortes

La seconde partie reprend exactement là où s’était arrêtée la première, entraînant le joueur dans les répercussions des événements tragiques de la veille. Autumn, Nora, Kat et Swann, notre protagoniste, doivent affronter une réalité douloureuse et tentent de gérer l’annonce de la nouvelle, chacune à leur manière. C’est avec un mélange de nostalgie et d’émotion que l’on retrouve nos quatre héroïnes, explorant à nouveau des lieux familiers, imprégnés de souvenirs. Les panoramas, toujours aussi chatoyants, sont magnifiés par les sublimes couchers de soleil, offrant des instants qui paraissent suspendus dans le temps et qui renforcent la profondeur du récit.

La narration conserve sa double temporalité, alternant entre les flashbacks de l’été 1995 et le présent en 2022. Le gameplay reste similaire, l’utilisation du caméscope étant toujours de mise, mais cette fois de façon plus mesurée. Cette approche ajustée corrige ainsi les excès du premier opus sur ce point, permettant ainsi une progression plus fluide et une immersion beaucoup plus agréable.

S’il est un domaine dans lequel l’équipe de Montréal excelle, c’est bien dans l’art de toucher la corde sensible. Le scénario nous fait vivre toute une palette de sentiments intenses. Le jeu est jalonné de scènes marquantes, où l’émotion prend le pas sur le reste, même si cela varie selon les sensibilités de chacun. Des thématiques sinistres et délicates y sont abordées, telles que le deuil et l’acceptation de la mort, qui sont traités avec une grande justesse et qui confèrent aux personnages une profondeur bouleversante alors qu’ils sont confrontés à leurs dilemmes moraux.

Les montagnes russes et une fin trop prévisible

Cependant, le récit continue de privilégier les dialogues et les séquences portraits face caméra, tandis que l’action tarde encore à venir. Si cette approche était pertinente lors de la première partie, on espérait néanmoins un rythme plus soutenu dans la seconde. Donc, la patience reste de mise, car les conversations et les flashbacks s’enchaînent, parfois de façon répétitive, donnant une impression de “déjà-vu” et la sensation désagréable que l’histoire traîne en longueur.

De plus, quand l’action démarre enfin, elle prend une tournure bien différente de ce que l’on pouvait imaginer. Les évènements se déroulent à travers des séquences imposées, lors d’un acte de rébellion qui peine à nous captiver pleinement. D’autant plus que l’absence de choix durant cette révolte contraint le joueur à suivre un chemin prédéfini, limitant son implication et générant une certaine frustration. Ce manque de liberté affaiblit l’intensité du moment, nous donnant l’impression d’être des spectateurs subissant les faits, plutôt que des acteurs les influençant, et c’est bien dommage.

Par ailleurs, l’aspect surnaturel, qui rappelle un peu Stranger Things, s’accentue dans cette seconde partie, oscillant entre mysticisme et fantastique, selon les interprétations de chacun, sans pour autant être davantage approfondi, alors qu’il y avait pourtant matière. De même, si le voile est enfin levé sur certains mystères, comme le contenu de l’étrange paquet et l’identité de son expéditeur, le dénouement, quant à lui, laisse entrevoir, contre toute attente, de nouvelles interrogations.

Malheureusement, la conclusion reste trop floue et ambiguë, sans apporter de véritable explication sur l’énigmatique abyme, ce qui est regrettable. Pire encore, elle soulève davantage de questions qu’elle n’en résout, laissant un sentiment d’inachevé. La fin de cette suite est prévisible et risque de décevoir celles et ceux qui attendaient un final marquant et riche en révélations.
L’aventure est assez courte (comptez environ 5 heures) et, comme à l’accoutumée, il est possible de rejouer chaque scène et de visualiser les choix effectués ainsi que leur impact relationnel.
Testé sur Xbox Series X
Le Bilan
On a aimé
- L’ambiance mature, sombre et surnaturelle
- L’usage moins excessif du caméscope
- L’envolée émotionnelle de certaines séquences
- L’ajout de nouvelles chansons très réussies
- C’est toujours aussi joli et coloré
On a moins aimé
- Le rythme trop irrégulier et l’action tardive
- Les choix restreints
- La conclusion floue et trop prévisible
- Les questions sans réponse, auxquelles de nouvelles s’ajoutent
- On reste encore sur notre faim
Conclusion du test de Lost Records : Bloom & Rage
Une suite qui peine à convaincre
Après une première partie prometteuse, ce second volet peine à se réinventer, reprenant les mêmes points forts et les mêmes faiblesses que son prédécesseur. Le rythme demeure lent et irrégulier, avec une action qui tarde à s’installer et qui manque d’originalité. Quant au dénouement, il s’avère flou et trop prévisible, laissant plusieurs questions sans réponse, tout en en soulevant de nouvelles, ce qui renforce la frustration et peut décevoir. Malgré ses qualités indéniables, l’expérience se termine sur une note mitigée, laissant un arrière-goût d’amertume, tant nos attentes étaient plus élevées.