Test – Martha is Dead – Réussite pour ce thriller narratif

Plongée en eaux troubles
Fort d’une preview convaincante faite le mois passé (qui nous avait bien mis l’eau à la bouche), Martha is Dead se livre maintenant à nous dans son intégralité. L’aspect narratif et le contexte du jeu nous avaient plu, mais en garde-t-il suffisamment en réserve pour maintenir nôtre intérêt tout du long de sa deuxième partie ?

Échange standard
Le contexte du jeu se passe dans un petit village de Toscane, durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque nous retrouvons un cadavre au milieu du lac familial. La noyée n’est autre que notre sœur jumelle sourde et muette, Martha. Choquée par sa découverte funeste, notre héroïne, Giulia, est tétanisée et ne répond donc pas aux appels émis par ses parents restés sur la rive. Devant ce mutisme, la méprise semble facile et la confusion s’installe, l’identité des deux sœurs est intervertie et c’est la pauvre Giulia qui est prise pour morte, cette dernière devant feindre le rôle de sa sœur et continuer à se taire pour se fondre dans son mensonge.
Plus malin qu’il n’y paraît de prime abord, ce twist narratif est l’occasion de vivre le deuil sous un autre regard, celui de la défunte. De par sa surdité présumée, les langues se délient et les secrets familiaux se dévoilent. On assiste à des conversations qui n’auraient pas dû nous parvenir, levant petit à petit le voile sur le mystère planant autour du décès de notre sœur. Car sa mort ne s’explique pas, ou du moins pas de manière rationnelle.
La conclusion apporte son lot de révélations et aboutit à un final de qualité
Une course de fond dans les bois
C’est à travers un hub central prenant place dans le domaine familial que nous devons recueillir des informations pour élucider la mort tragique de Martha. Ses derniers moments demeurent nébuleux et il manque des pièces au puzzle général. Pour ce faire, une grande aire de jeu à explorer s’offre à nous, avec différentes zones qui se déverrouillent au gré de notre progression. Les interactions avec les objets restent classiques, en fonction des points d’intérêt, sous la forme d’actions contextuelles. On navigue ainsi en vue à la première personne tout en remplissant une liste de tâches et d’objectifs (principaux comme secondaires) symbolisés par un journal de quêtes. Jusqu’à déclencher une action spécifique qui fera avancer l’histoire.
Malheureusement Giulia est loin d’être une pro du triathlon, les déplacements sont lourds voire poussifs par moments, surtout vers la fin du jeu où l’on nous demande de faire pas mal d’allers-retours entre le lac et la maison en passant par les bois. Autre petit bémol, une partie du gameplay est centré autour de la prise de photos. Même si les différentes options sont assez complètes (on peut jouer avec plusieurs filtres, des pellicules différentes, activer un retardateur, etc.), au final l’intérêt reste plutôt relatif et sous-exploité.
Nous avions peur, lors de notre preview passée, que le jeu se complaise dans son rythme et perde en intensité dans sa deuxième partie, mais il n’en est rien. La conclusion apporte son lot de révélations et aboutit à un final de qualité. Comptez entre 4 et 5 heures pour boucler l’aventure.
Le mysticisme du récit flirte fréquemment avec le fantastique sans pour autant céder à l’excuse facile du grand méchant fantôme
Chérie, fais-moi peur
Vous l’avez peut-être vu dans une news récente, certains passages du jeu sont censurés sur les plateformes de Sony. On compte au total deux scènes qui prennent aux tripes, celles qui lui ont valu cette fameuse censure. Outre l’aspect gore qui fera encore couler un peu d’encre, celles-ci donnent vie au mal-être de Giulia et sont volontairement dérangeantes, en lien avec la narration. Bad buzz ou coup de pub marketing, on vous laissera juger. Pour le reste, peu ou pas de jump scare, le mysticisme du récit flirte fréquemment avec le fantastique sans pour autant céder à l’excuse facile du grand méchant fantôme. On est plus dans l’effroi psychologique se reposant sur quelques twists scénaristiques bien sentis que dans un jeu d’horreur pur et dur.
Plus qu’une toile de fond, le contexte de la Seconde Guerre mondiale est bien exploité. Giulia est fille d’un sergent allemand, avec toutes les conséquences que cela implique. Ainsi, des messages de propagande seront captés par les radios de la maison, des milices patrouilleront aux alentours du domaine et on ressent une pression grandissante tout au long du récit. On vous recommande d’ailleurs de faire le jeu en version originale, en italien donc, d’une part pour l’immersion et d’autre part pour éviter l’affreux doublage angais, le français n’étant disponible que pour les sous-titres.
Test réalisé sur Xbox Series X.
Le Bilan
On a aimé
- Une enquête qui tient en haleine tout du long
- Le contexte historique bien exploité
- Quelques passages mémorables
- Le doublage italien immersif
On a moins aimé
- Des allers-retours longuets
- L’appareil photo, trop gadget
Conclusion du test de Martha Is Dead
De l’autre côté du miroir
Martha is Dead est une plongée réussie dans les abysses d’un drame familial empli de mystères. Sa narration soignée et maîtrisée tient facilement en haleine, le tout dans un contexte historique aussi intéressant que prenant. Reste à voir si les déplacements patauds de notre personnage, le gameplay poussif et les fréquents allers-retours ne vont pas obstruer votre immersion, même s’ils sont loin d’éclipser les nombreuses qualités du titre.
Merci pour le test, j’avais un peu peur que ce soit pas terrible, finalement ça m’a l’air d’être une expérience à tenter, les différents avis vont dans ce sens. A faire lors d’un week end pluvieux.