Femme leader chez Xbox : portrait de Lydia Winters, Chief Storyteller chez Mojang

«La première pierre du nouveau Mojang» le 10 avril @ 12:482021-04-11T14:53:43+02:00" - 0 réaction(s)

Mojang est synonyme de Minecraft et au mois de novembre cela fera dix ans que le jeu bac à sable est sorti, fort d’un succès mondial et d’une longévité assez remarquable pour un jeu qui ne se décline pas en une série d’épisodes. Parmi les pionniers de cette notoriété se trouve Lydia Winters, Chief Storyteller de Mojang, qui raconte comment elle s’est lancée dans l’industrie du jeu vidéo et s’est vue confier la mission de préserver l’essence de Minecraft, à l’occasion du second épisode du podcast Women of Xbox UK. On en retire autant un portrait d’un des membres majeurs des Xbox Game Studios que des conseils précieux pour les enthousiastes du jeu vidéo qui souhaiteraient y faire carrière.

Quelques fun facts

Comme pour le premier volet, Charleyy Hodson a préparé quelques questions pour mieux connaitre son invitée en tant que joueuse :

  • Le premier titre qu’elle se souvient avoir joué est The Oregon Trail, qu’elle a découvert en salle informatique parce que sa famille était « anti-gaming ».
  • Minecraft est le meilleur jeu auquel elle a joué, juste en dessous se place Animal Crossing sur lequel elle confie avoir dû se freiner parce qu’elle y passait trop de temps pendant la pandémie.
  • Si elle devait citer un jeu qu’elle adore et dont elle aurait aimé qu’il soit plus connu, ça serait Fantasy Life sur 3DS à l’issue duquel elle affirme avoir pleuré, ce qui lui arrive rarement selon elle.
  • Stardew Valley est le jeu qui l’a fait rager mais aussi le seul autre qui l’a fait pleurer, la cause étant que durant sa phase bêta les mises à jour apportaient du nouveau contenu mais réinitialisaient aussi toute la progression des joueurs au passage.
  • Si elle devait choisir un personnage ou un méchant préféré issu d’un jeu, Mario serait l’élu grâce aux jeux funs et à l’ambiance amicale et nostalgique de l’univers Nintendo.

À chaque fin d’épisode, Charleyy Hodson propose à son invitée de poser une question à la suivante sans connaitre son identité. Louise O’Connor voulait alors savoir quel est le plaisir coupable qui affectera sa crédibilité si elle le dévoile. Lydia Winters répond timidement qu’elle dévore « les films affreux » de Noël et selon elle, pire ils sont, plus elle les apprécie.

Sa découverte de Minecraft

Le premier contact de Lydia Winters avec Minecraft était sa chaîne YouTube « Minecraft Chick », qu’elle a lancée sans avoir la moindre idée de comment se jouait le jeu, le but de ses vidéos étaient justement de le découvrir en direct. Ces sessions découvertes ont donné lieu à des épisodes plutôt drôles, dont une scène où elle se noie parce qu’elle ne maîtrisait pas encore les déplacements. Ces moments ont vite été baptisés « Les Mésaventures de Minecraft Chick » par ses spectateurs.

Winters, qui était probablement la première femme à jouer à Minecraft sur YouTube, a commencé l’aventure sur la recommandation du jeu par un ami, en se disant qu’il serait intéressant d’adopter l’angle de la découverte. Une de ses marques de fabrique était une perruque rose dont l’histoire est assez particulière : pour sensibiliser à la recherche sur le cancer du sein, alors qu’elle n’avait pas encore de followers, elle a promis de se raser la tête à condition d’avoir réussi à récolter 15,000 dollars de fonds pour la cause.

Chose promise, chose due : elle s’est séparée de ses cheveux qui lui arrivaient pourtant jusqu’à l’épaule. À l’issue des 100 kilomètres de la marche de sensibilisation au cancer du sein par Susan Komen, elle a gagné la fameuse perruque qu’elle portera ensuite lors de toutes ses apparitions en tant que Minecraft Chick.

Le parcours rêvé d’une joueuse

Le passage de sa chaine au studio Mojang ne s’est pas fait de façon linéaire, comme Winters l’affirme, et les évènements qui y mènent relèvent presque du rêve pour le fan d’une licence. Lorsqu’elle apprit en 2011 que l’équipe de Minecraft serait présente à l’E3, elle tenta sa chance en envoyant un mail au PDG de l’époque Carl Manneh, qui présentait sa chaine et dans lequel Winters se mit à leur disposition, tout en insistant sur le fait qu’elle était « une personne sérieuse ».

Il se trouva par chance qu’il leur manquait une personne pour animer le stand prévu pour le smartphone Sony Xperia Play, sur lequel le jeu tournait et Manneh lui proposa cette tâche. Elle se retrouva donc ironiquement à apprendre aux gens comment jouer, mais seulement après s’être entrainée durant tout son vol de la Floride jusqu’à Los Angeles.

Winters qui voulait initialement interviewer les développeurs raconte qu’ils étaient tiraillés entre l’event, les réunions avec Xbox et tous ceux qui voulaient mettre la main sur la licence. Après avoir présenté au PDG une de ses connaissances qui postulait pour un rôle d’artiste, Manneh lui demanda sur un ton humoristique si elle était prête à déménager pour prendre le poste à Stockholm. Alors qu’elle croyait à une blague, elle rétorqua qu’elle irait bien en Suède si seulement elle était artiste, après quoi Henner réaffirma qu’ils cherchaient quelqu’un pour travailler avec la communauté avant de lui proposer d’aborder le sujet à une nouvelle occasion.

Durant les trois jours qui ont suivi cette conversation, Henner informait déjà l’équipe que Winters les suivrait en Suède pour passer un entretien, et lorsque les gens au stand lui en parlaient avec surprise, elle répondait que c’était sûrement une blague. Bien qu’excitée à l’idée d’intégrer le studio, elle préférait ne pas trop y penser, mais c’était sans compter sur l’insistance de ses collègues de quelques jours qui lui trouvaient le profil d’animatrice parfaitement adapté et qui lui ont spontanément proposé de faire l’entretien juste en dehors de l’event.

Mojang, qui voyait en Lydia Winters la femme dont ils avaient besoin dans l’équipe, lui a promis de la contacter après leur retour en Suède et bien qu’incrédule, la joueuse prévenait sa famille de son futur déménagement. Deux semaines plus tard, elle envoyait sous forme de vidéo la liste de ses points forts et points faibles, que Carl Henner qualifia de meilleure candidature qu’il ait reçue et qui permit à Winters d’être la première femme non suédoise à travailler chez Mojang. Après avoir besogné six mois depuis les États-Unis, elle rejoignit enfin la Suède.

Pour encourager les gens à oser une candidature si travailler dans le gaming les intéresse, Winters s’est penchée sur le format de la vidéo qu’elle a soumise au studio. Consciente de son manque de connaissances sur le jeu vidéo, elle a plutôt vendu ses idées telles que sa levée de fonds pour le cancer du sein. Son premier conseil est de mettre en avant ce qui sera un atout pour la boîte et de montrer ce dans quoi vous serez bonne et pourquoi ils auront besoin de vous.

Dans la vidéo qu’elle décrit aujourd’hui comme embarrassante, elle a listé le fait d’être trop émotive comme une faiblesse et l’a illustré en se maquillant comme si des larmes avaient coulé sur son visage et en interprétant une scène dramatique concernant la couleur de ses cheveux. Si la scène vous parait déjà surréaliste, cela n’arrangera rien d’apprendre que pour « rassurer » Mojang sur le fait qu’elle corrigerait son défaut une fois embauchée, elle tirait avec des pistolets à eau vers la caméra pour montrer un regain de confiance.

Elle s’est logiquement demandée si c’était un peu trop avant de l’envoyer mais a vite conclu qu’il valait mieux montrer qui elle est d’entrée. Elle découvrira plus tard que chez Mojang chacun est conscient qu’il peut être soi-même et que c’est précisément le genre de société pour lequel elle voulait travailler. Le jeu vidéo est donc, plus encore que n’importe quel autre, un milieu où montrer vos hobbies et vos centres d’intérêt peut vous y faciliter l’accès.

La culture de Mojang et la diversité

La Chief Storyteller de Mojang se dit attachée à la ville de Stockholm et à la Suède où le beau temps représente seulement 10% de l’année, contrairement à la Floride où il est presque omniprésent. Cette rareté rend les jours ensoleillés plus précieux et participent à la philosophie « travailler pour vivre », contraire à celle des États-Unis selon Winters, et qu’elle retrouve dans la culture de Mojang.

Les équipes de Mojang sont partagées entre Redmond, Stockholm et d’autres localités à l’international, ce qui y apporte un certain équilibre selon Winters : si on peut considérer la culture américaine comme trop abrasive et la culture suédoise un peu trop décontractée, le contraste des deux est une chose qu’elle apprécie. En revanche, à l’échelle personnelle il y avait toujours le fait d’être l’une des seules femmes du studio, une position qu’elle partagera avec la Directrice financière.

Elle et Karen discutaient régulièrement de la question et fournissaient des efforts conscients pour progresser dessus. Winters est celle qui a proposé l’idée du skin féminin Alex et avoue ne pas avoir eu à forcer puisque l’égalité des gens fait partie de la culture suédoise. Cependant, il y a quand-même eu des moments où elle était la seule femme dans la pièce et où elle devait adopter la posture « en tant que femme je pense que », elle se dit néanmoins fière du chemin parcouru par le studio depuis, même si le voyage n’est pas terminé. Winters ajoute que si une boîte souhaite embaucher plus de femmes ou de « personnes de couleur », elle doit en témoigner par ses pratiques et créer une zone de confort dans l’équipe.

Better Together est l’initiative D&I (Diversité & Inclusion) de Mojang. Les membres, toujours soucieux de donner un vernis Minecraft à ce qu’ils font, ont trouvé que ce nom décrivait bien l’esprit que devraient représenter la diversité et l’inclusion : plus de gens porteurs d’idées qui travaillent pour le même objectif et qui apportent leurs visions et émotions respectives. Une conversation avec une suédoise sur la présence des « femmes de couleur » dans le jeu vidéo a fait réaliser à Winters que lorsqu’elle parlait de la nécessité d’avoir davantage de femmes dans l’équipe, ils recrutaient principalement des femmes blanches.

Cette révélation a motivé des initiatives comme les heures de coding sur Minecraft, ou encore l’introduction des enfants au jeu vidéo mêlée à l’éducation via l’Education Edition du jeu. Mojang a l’espoir que ces exemples parlent à des jeunes femmes partout dans le monde et c’est pour cette raison que le studio met en avant sur le Minecraft live ses développeuses, artistes et autres rôles qui, idéalement, inspireront les spectatrices et les persuaderont qu’elles peuvent aussi y arriver.

Winters décrit Mojang comme un studio dans lequel la Direction est très accessible, y compris le PDG actuel Jonas Martensson, une qualité assez unique qui a survécu à l’importante croissance du studio après son acquisition par Microsoft.

L’acquistion par Microsoft et son impact

En 2014, Microsoft a fait l’acquisition de Mojang dont la licence était déjà un succès mondial, une perspective qui ne se marie pas nécessairement bien avec l’esprit familial du studio. Winters raconte pourtant que la fusion avec le géant du software s’est déroulée en suivant le meilleur scénario possible. En effet, alors que les rumeurs devenaient insistantes, elle et sa collègue devaient préparer l’annonce à poster sur leur site web. Naturellement, elles voulaient prendre l’approche la plus ouverte et transparente pour leur communauté et éviter toute sorte de communiqué aseptisé.

Après que l’annonce fut postée, des articles se réjouissaient du fait que l’esprit de Mojang existerait encore. L’une des raisons de cet optimisme était une FAQ répondant à toutes les questions des fans, même celles sur l’angoisse de l’équipe à l’annonce du rachat. Le texte posté sur le site était ponctué d’une blague sur le montant de la vente de Minecraft pour « un montant cool de 2,5 milliards », ce qui n’est pas une façon classique d’annoncer ce genre de chose après avoir traversé tant de stress. Toutefois, leur idée de parler de manière transparente à la communauté a triomphé.

L’acquisition a aussi amené un afflux de femmes et de diversité, un des meilleurs aspects de l’opération aux yeux de Lydia Winters, ravie de voir « des femmes formidables » dans des positions de leader chez Microsoft et de pouvoir apprendre d’elles. C’est une opportunité qu’elle n’a pas forcément eu au début puisqu’elle raconte qu’ils travaillaient principalement en interne avec un esprit « nous contre le monde ». Depuis, à peu près la moitié de la Direction de Mojang est représentée par des femmes.

Le deuxième avantage majeur de cette opération est certainement ce que Lydia Winters a appris en termes de gestion d’entreprise, et toutes les compétences que le studio a pu tirer du mélange des cultures suédoise, américaine puis indie et corporate. Cette expérience a aidé Mojang à respecter son choix de faire évoluer son jeu graduellement pour qu’il traverse les générations au lieu d’atteindre un sommet puis stagner. Ainsi, les concepteurs de Minecraft on très sciemment évité que le titre soit surmédiatisé au point d’en lasser les joueurs.

Enfin, Microsoft a donné une dimension internationale aux petits projets qui germaient autour du jeu. L’édition Education en est un bon exemple : des instituteurs qui aiment utiliser Minecraft dans leurs classes ont inspiré l’idée que la firme de Redmond a permis de distribuer dans le plus d’écoles possibles mondialement.

Préserver l’essence de Minecraft avec sa communauté

Si aujourd’hui nous voyons des jeux comme Sea of Thieves pour lesquels la communauté est si importante, c’est sûrement en grande partie grâce à Minecraft, et le rôle de Chief Storyteller qu’endosse Lydia Winters est de sauvegarder ce qui fait la magie du jeu en travaillant avec la communauté. Elle réfléchit aux leviers qui peuvent maintenir la passion et l’excitation autour de la licence et agit comme porte-parole à l’extérieur.

L’importance de la tâche a bien évolué depuis le temps où les 5 millions de ventes paraissaient être l’aboutissement absolu pour Winters. Elle essaie de maintenir l’équilibre entre la gravité de travailler sur un projet aussi impactant et le fait d’avoir la chance de travailler sur un jeu, ce qui reste du divertissement. Son équipe a en charge la protection de l’héritage de Minecraft mais également de continuer à le faire grandir et traverser les générations.

Cet enjeu était d’actualité notamment lors des incubations de Minecraft Dungeons et Minecraft Earth, deux titres pour lesquels les développeurs sont partis d’un modèle « Vanilla Minecraft » avant de proposer une expérience à la fois familière et nouvelle, qui a tout de suite été comprise et bien reçue par les joueurs.

Minecraft

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Minecraft

PEGI 0

Genre : XBL Arcade

Editeur : Microsoft

Développeur : Mojang

Date de sortie : 9/05/2012
Date de sortie Xbox One : 5/09/2014

Prévu sur :

Xbox One, Xbox Live Arcade

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