Test – Kunitsu-Gami : Path of the Goddess – Un mont et des merveilles

L’ennemi de mon kami est mon ennemi…
Que diriez-vous si l’on vous proposait un voyage dans une énigmatique montagne japonaise via une œuvre vidéoludique unique en son genre ? Il ne s’agit pas là d’une annonce frauduleuse, mais bien de la description de Kunitsu-Gami : Path of the Goddess, selon ses développeurs chez Capcom. Un titre original, puisqu’il mélange certains codes des jeux d’action, de stratégie en temps réel et de tower defense, en les combinant avec la mythologie et le folklore nippon. Une formule assez ambitieuse sur le papier et qui se révèle être tout aussi plaisante manette en mains…

La colline a des yeux
Au mont Kafuku, de mystérieuses forces maléfiques sévissent chaque nuit. Dès le crépuscule, d’innombrables créatures démoniaques, les Ikoku, émergent depuis les torii et sèment le chaos dans les villages. Les habitants sont alors piégés à l’intérieur de cocons de corruption, tandis que la faune et la flore subissent d’importantes altérations. La lutte s’annonce complexe face à ces redoutables ennemis, mais l’espoir demeure grâce à un binôme de héros complémentaires !

Yoshiro est une prêtresse dotée de pouvoirs magiques, qui peut nettoyer les zones infestées. Pour cela, elle doit effectuer un rite particulier en suivant une voie toute tracée jusqu’aux portails japonais. Afin de la protéger et de l’aider dans sa tâche, la joueuse ou le joueur incarne un guerrier nommé Soh. Ce dernier doit donc sécuriser les différents chemins en repoussant les hordes adverses avec son katana. Ensemble, ils devront retrouver tous les masques perdus afin de procéder à une grande cérémonie de purification qui libérera la montagne !
Kunitsu-Gami : Path of the Goddess repose sur une narration composée de cinématiques agréables mais équivoques. En effet, les explications se font plutôt rares une fois la phase introductive passée. Précisons que les voix ne sont disponibles qu’en japonais ou en anglais, mais que les éléments écrits sont bien tous traduits en français. S’il est facile de comprendre que l’objectif principal du jeu consiste à sauver la montagne de la corruption, l’absence de contextualisation génère une certaine frustration au fil des heures.

C’est d’autant plus dommage car l’univers proposé est cohérent, voire captivant grâce aux nombreux efforts apportés par les développeurs pour nous immerger dans la culture japonaise. Destiné autant aux japanophiles qu’aux néophytes, Kunitsu-Gami : Path of the Goddess se révèle être une sorte de conte vidéoludique exploitant subtilement le folklore du pays du soleil levant. Le jeu permet notamment d’en apprendre davantage sur des coutumes méconnues en occident, comme les mikos (prêtresses des sanctuaires shinto) ou encore le kagura (danse rituelle). Indéniablement l’une des grandes forces du titre, bien épaulée par une direction artistique inspirée.
Fleurs d’équinoxe
Le jeu se décline en plusieurs niveaux, accessibles progressivement depuis la carte de la montagne. Chacune des zones possède un environnement emblématique de l’archipel japonais, selon l’imagerie populaire. Les grandes forêts avec leurs rivières paisibles sont évidemment de la partie, tout comme les modestes villages de pêcheurs qui bordent parfois un lac. L’immersion atteint son paroxysme lorsque l’on se penche sur la quantité de petits détails visibles. Le joueur peut ainsi s’amuser à fouiller tous les recoins pour y dénicher des babioles, observer des objets décoratifs ou encore caresser des animaux en liberté.

Toutefois, il faut avoir conscience que Kunitsu-Gami : Path of the Goddess ne brille pas par sa technique. Que la caméra soit proche ou éloignée de Soh, elle ne masque pas les défauts liés aux textures de certains éléments. Le jeu propose un choix entre deux modes d’affichage : l’option performance rend les affrontements fluides, quand celui intitulé qualité améliore (un peu) les détails graphiques. Avec ce second paramètre, nous avons pu constater quelques légers ralentissements lorsque de très nombreux ennemis se présentaient face à notre guerrier.

Cependant, ces limites techniques ne sont pas si préjudiciables que cela et ne gâchent en rien l’expérience. En effet, le titre propose un éventail très large de couleurs vives qui dynamisent le rendu à l’écran, surtout lors des phases nocturnes. Vous vous rappelez sûrement que les Ikoku pointent le bout de leur horrible museau lorsque le soleil est couché. Dès lors, le jeu s’illumine de tons jaune, orange et rouge du plus bel effet. Un véritable contraste avec les teintes plus pâles visibles en journée. Cela s’explique par la conception cyclique des niveaux, alternant le rythme jour / nuit, jusqu’à la réussite totale de la purification.
La mélodie du malheur
En plein jour, Soh se livre à diverses tâches préparatoires en vue d’une nuit peu reposante. L’une des plus importantes consiste à trouver et à purifier les sources de corruption. Ces dernières libèrent alors des cristaux indispensables pour combattre les Ikoku. Pour effectuer ce travail, il suffit de maintenir le bouton B durant quelques secondes. Lorsque le nettoyage d’une zone est totalement terminé, une relique précieuse permettant d’améliorer les pouvoirs du guerrier apparaît sur une stèle.

Il faut ensuite faire sortir les habitants de leurs cocons. Une fois qu’ils sont à l’air libre, le joueur peut leur attribuer un métier stratégique pour les combats à venir, mais aussi pour réparer des endroits endommagés par la vermine. La répartition des rôles est déterminante, car elle engendre un coût en cristaux et ne peut plus être modifiée lorsque la nuit tombe. Il faut donc réfléchir à bien varier et équilibrer les classes de personnages, entre celles utiles pour le corps-à-corps (bûcheron) ou celles qui luttent à distance (archer).
Enfin, c’est aussi quand le soleil perce le ciel que Soh doit tracer la voie pour Yoshiro jusqu’au torii principal. Puisqu’elle se déplace très lentement, cela laisse du temps pour réaliser les actions présentées précédemment. Une silhouette fantomatique permet de visualiser l’endroit qu’elle atteindra avant la tombée de la nuit, moment où elle stoppera son avancée. Dans certains niveaux, il peut y avoir plusieurs chemins empruntables, qui amènent évidemment leur lot d’avantages et d’inconvénients. Là encore, il faut bien analyser le terrain et repérer les pièges topographiques pour décider où placer la prêtresse au moment des combats.

Quand la miko est devant un portail corrompu, elle doit effectuer une puissante danse pour purifier l’environnement. Il y a parfois des torii intermédiaires, qui doivent être déverrouillés grâce à un mini-jeu consistant à bien centrer la flamme de Yoshiro trois fois de suite. Quant aux portes principales, le nettoyage s’observe par l’intermédiaire d’une cinématique, dévoilant au passage une prestation groupée de haute volée. Un spectacle que l’on peut retrouver aussi dans les combats, une fois la nuit tombée…
Les sept samouraïs
Si Rome (ou n’importe quelle autre ville d’ailleurs !) ne s’est pas faite en un jour, il en va de même pour la réussite des deux comparses. C’est pourquoi il va falloir affronter des nuits bien… mouvementées ! Alors que la journée est plutôt tournée vers l’exploration et la stratégie, les phases nocturnes sont clairement orientées action, STR et même tower defense. Un virage à cent-quatre-vingts degrés dans le gameplay qui justifie la dimension “Kagura action strategy” du jeu, telle qu’elle est revendiquée par Capcom.

Soh va donc user de son charmant katana pour repousser des hordes incessantes de bestioles belliqueuses. Il peut frapper différents coups avec son arme, mais il est aussi capable de parer des attaques ennemies. S’il reçoit des coups, il existe des rations qui permettent de regagner des points de vie. Un système classique, qui bénéficie d’une bonne réalisation. Les combats sont dynamiques et plaisants. D’ailleurs, les développeurs ont eu la très bonne idée de faire évoluer le gameplay par petites touches, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités offensives, défensives et de déplacements pour notre guerrier, et ce même après de nombreuses heures.

Les villageois participent eux aussi aux batailles en fonction du métier qui leur a été attribué pendant la journée. Ils peuvent être placés n’importe où sur le terrain de jeu, à partir du menu qui leur est consacré. Il est possible de leur donner des ordres collectifs, par exemple pour attaquer une cible en même temps et lui faire de gros dégâts. Le système nécessite quelques sessions de rodage, mais fonctionne parfaitement. Si les premières classes débloquées durant l’aventure font la part belle à l’attaque, d’autres jobs défensifs existent bel et bien. La chamane, notamment, soigne les habitants se trouvant dans son périmètre d’action. Là encore, on salue la progression en douceur et l’impression de renouvellement permanent !
Pacific Rim
Ils sont nombreux. Ils sont effrayants. Ils sont bruyants… Non, il ne s’agit pas des enfants d’une classe de petite section de maternelle, mais bien des grands méchants de Kunitsu-Gami : Path of the Goddess ! Les Ikoku représentent une menace relative au début du jeu, avant de rapidement devenir plus résistants. Il n’existe pas de mode de difficulté, ainsi le joueur va devoir apprendre à identifier les points faibles de chaque espèce pour espérer survivre jusqu’aux premières lueurs du jour. Car des bestioles, il y en a une panoplie !

À chaque fois qu’un nouveau type d’ennemi sort du torii, une courte animation le présente avec un effet ralenti des plus réussis. On ne sait jamais à quoi s’attendre, si bien que ce sont parfois plusieurs Ikoku inédits qui émergent dans certains niveaux. Leurs caractéristiques sont très variées, allant des grosses brutes aux espèces volantes. En ce qui concerne leur style, il y a une petite ressemblance avec les vermines apparues dans Gears of War 4. Un je ne sais quoi d’organique peut-être, à moins que la comparaison vienne des hordes successives ! Petite astuce : il est nécessaire de toujours garder un œil sur le portail principal, directement ou via la petite carte en bas de l’écran, mais aussi sur les autres arches d’où peuvent sortir des vagues surprises.
Enfin, il y a les boss. Ces gros monstres qui possèdent plusieurs barres de vie. Ces ennemis qui vont souvent nous obliger à recommencer un combat depuis le début. Toutefois, ces affrontements ne se produisent qu’après avoir achevé un niveau classique. Au début du jeu, le schéma de progression se répète de la même façon : une zone à purifier, puis un défi contre un Ikoku de taille. Cela peut sembler un peu lassant, surtout que la difficulté n’est pas immédiatement au rendez-vous. Cette impression s’estompe avec le temps car, encore une fois, le système est bien pensé et réserve de belles surprises.

Kunitsu-Gami : Path of the Goddess possède un gros potentiel de rejouabilité malgré sa nature solo. Le joueur peut chercher à diversifier ses approches pour les combats, ou encore tenter de valider les défis proposés dans chaque niveau. Ces derniers offrent un gros challenge, ce qui plaira aux plus téméraires et aux chasseurs de succès. Et puis, il y a tous les à-côtés…
Your Name.
Un camp apparaît après la purification d’une zone. Soh et les villageois sauvés peuvent entreprendre des travaux de réparation pour améliorer les conditions de la base. En guise de récompenses, le guerrier reçoit alternativement des cristaux, des rations ou des points de compétences.

Direction la tente de Yoshiro pour dépenser ces précieux biens. Les améliorations sont disponibles dans la partie des métiers. Chaque classe peut se voir offrir de la vie supplémentaire ou de nouvelles facultés spéciales, utiles pour les affrontements. Soh possède également son propre cercle de compétences à débloquer. Parmi les plus notables, il y a celles qui concernent les danses puisqu’il en existe deux types dans le jeu. En combat, le guerrier manie son katana d’une manière artistique, tel un danseur classique. Ses déplacements sont aériens, ses mouvements semblent être chorégraphiés…
Tout autour de nous
Le monde n’est plus que
Fleurs de cerisier

Après ce petit instant de poésie, voici venu le moment de clore ce test. Tout n’a pas été écrit, tout n’a pas pu être révélé. La montagne regorge de choses à découvrir par le jeu. Allez, puisque vous nous le demandez avec insistance derrière votre écran, sachez qu’il existe quelque part une galerie où de très belles estampes japonaises peuvent être contemplées. Comme pour entériner les jolis souvenirs de ce voyage si atypique…
Testé sur Xbox Series S, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- L’exploitation du folklore japonais
- Le rendu visuel des environnements
- Le dynamisme des combats
- Les ajouts réguliers au gameplay
- Le bestiaire quantitatif et qualitatif
On a moins aimé
- La narration pas assez poussée
- Le schéma répétitif des niveaux
Conclusion du test de Kunitsu-Gami: Path of the Goddess
Que la montagne peut être belle !
S’il est difficile de définir la nature réelle de Kunitsu-Gami : Path of the Goddess, force est de constater que le jeu marie les genres avec talent pour offrir une œuvre très divertissante. Certes, il ne faut pas s’attendre à découvrir un récit détaillé, ni même rester focus sur l’impression de répétitivité des premiers niveaux. La richesse du titre repose sur un concept solide qui évolue d’une manière gratifiante au fil du temps. Les combats deviennent alors plus intenses, mais aussi plus stratégiques, grâce aux apports successifs impactant le gameplay. Finalement, le voyage dans cet étrange mont nippon réserve de jolies surprises, de quoi insuffler l’envie d’y retourner occasionnellement pour chasser d’autres hordes d’Ikoku !