Test – Castlevania: Lords of Shadow

Relifting réussi
Il est des séries dont la qualité n’est plus à démontrer. Parmi elles, des sagas déchues qui ont connu l’engouement incontestable d’une communauté de fans, avant de voir le tableau s’assombrir. Après un douloureux passage à la 3D il y a plusieurs années de cela, la renommée de la série des Castlevania promettait un retour en force avec Lords and Shadow, vidéos impressionnantes à l’appui depuis déjà plus d’un an pour montrer que cet opus serait en rupture avec les autres épisodes. Avec la contribution du studio d’Hideo Kojima le père des Metal Gear Solid, les pieux espagnols de Mercurysteam auront-ils réussi à faire de cet opus un renouveau salvateur, comme le nom du héros semble le présager ?
Dieu est ma Force

Dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, l’archange Gabriel est connu pour son statut de messager de Dieu, son bras droit. Et ça tombe plutôt bien puisque c’est le nom du héros de ce Castlevania : Lords of Shadow, un membre d’un Ordre religieux qui cherche à éradiquer le mal qui sévit dans la région, rien que ça. Nous sommes en 1047, l’humanité fait face à la ruine et au désespoir ; les hauts pontes de l’Ordre choisissent Gabriel Belmont comme bras vengeur de l’Eglise qu’ils représentent, non pas parce que son prénom funky faisait super stylé dans le générique de fin, mais parce qu’il a récemment perdu sa femme Marie à cause de ce même fléau qui ravage toute l’Europe, et qu’il fera tout pour la ressusciter. Pour cela, il fera la connaissance de l’esprit de la forêt, Pan, Zobek, un frêre d’armes, ou d’autres compagnons qui l’aideront ponctuellement dans sa quête visant à détruire les trois esprits des ombres qui foutent la pagaille.
La première scène annonce la couleur : sous une pluie battante, en pleine nuit, dans un village affaibli par des attaques de loups-garous, Gabriel descend de son cheval, la tête baissée comme s’il était las et portait le poids du monde sur ses épaules. Il relève sa capuche et découvre son visage résigné et volontaire avant de rejoindre les habitants à quelques pas de là, prêt à en découdre avec les nouveaux lycans qui arrivent déjà. Une scène d’intro à la fois sobre et motivante pour le joueur, parce qu’il faut l’avouer, Gabriel a grave la classe avec ses cheveux longs, dans son uniforme mouillé qui lui colle au corps et sa croix de combat qui lui sied à merveille. Un tuto en plein cœur de l’action, c’est le meilleur moyen d’apprendre au plus vite ; taper pour survivre, ça semble assez simple, et pour ce faire, vous aurez à utiliser les touches A pour sauter, X pour les coups verticaux, Y pour les coups horizontaux, B pour les quelques armes secondaires, LT pour parer, RT pour saisir les adversaires et RB/LB pour les magies.
Fort de ces indications, c’est avec une aisance relative au niveau de difficulté choisi dès le début que vous vous déferez, grand chevalier que vous êtes, de ces quelques animaux incommodants. Les loups-garous ne sont qu’un des grands ensembles d’ennemis du bestiaire proposé par Castlevania : vous aurez en effet l’occasion de mettre à mal des vampires, des zombies, des revenants, ou toute autre forme de créature revenue d’outre-tombe, à chaque fois associée aux décors qui lui sont propres.
Je mets les pieds où je veux …

Et quand il s’agit de décors, Castlevania place la barre très, très haut. Difficile de ne pas s’arrêter devant le paysage enchanteur de certaines scènes, le coucher de soleil en fond, l’immense château embrumé surplombant la vallée enneigée qu’on s’échine à escalader et les flocons de neige qui viennent s’écraser sur la caméra de la plus belle des façons, les statues de titans brisées dont les parties éparpillées dans le décor forment un passage vers la suite… Le tout est d’une qualité technique qui ne souffrira que peu de reproches (notamment un aliasing rare, souvent évité par un effet de flou discret), mis à part peut-être les reflets de la pluie sur les textures un chouilla abusés.
Associez ce spectacle grandiose à la musique d’Oscar Araujo qui vous accompagnera tout au long du jeu, et vous voilà parti pour une aventure d’une bonne quinze-vingtaine d’heures de jeu, en fonction de votre volonté et votre acharnement à vouloir récupérer les bonus pour améliorer vos compétences/barres de magie ou de vie ou du mode de difficulté choisi. A ce propos, c’est avec étonnement et une légère déception qu’on se rendra compte que certains passages avec plusieurs ennemis de difficulté moyenne ou élevée seront plus difficiles à conclure que les boss principaux, dans l’ensemble plutôt faciles.
…Et c’est souvent dans la gueule

Quoi qu’il en soit, pour vaincre vos ennemis, outre le matraquage de boutons pour sortir des coups simples et provoquer les achèvements via QTE, vous aurez à disposition un panel de coups assez varié avec une bonne quarantaine de combos en plus des attaques avec une arme secondaire, avec pour certaines d’entre elles des combinaisons avec la magie débloquable au fil du jeu : dagues de lancer, cristal noir über ravageur, fées distrayant l’ennemi, fioles d’eau bénite (les grenades du XIème siècle). Outre cet arsenal optionnel dont la nécessité ne se fera sentir que dans les niveaux de difficulté élevés, vous débuterez le jeu avec quelques coups à votre actif utilisant votre seule et unique arme, la croix (un genre de fouet pour lequel vous trouverez des améliorations petit à petit), et au fur et à mesure que vous enchainerez les adversaires, vous engrangerez des points d’expérience vous permettant d’acheter des bons combos des familles, qu’il s’agisse d’enchainements de coups de base en alternant X et Y ou de coups sous l’effet de la magie, qu’elle soit de lumière ou d’ombre. Autant vous dire que pour tout débloquer, une première partie ne sera pas suffisante, et l’envie de voir jusqu’au dernier de ces effets si agréables pour les yeux en plein combat vous poussera surement à recommencer une partie, vous permettant par la même occasion de récupérer les gemmes de magie ou de vie que vous auriez ratées au premier passage.

Vous pourrez, à cette fin, recommencer le niveau du chapitre qui vous intéresse. En effet, le jeu se présente sous forme d’un livre qui raconte vos exploits, à savoir que vous avez droit à une narration résumant ce qui s’est passé et ce qui va se passer avant chaque nouveau niveau pendant les chargements. Vous pouvez donc à loisir naviguer dans ce manuscrit et visualiser les niveaux passés sur une carte résumant votre parcours sur ladite portion, et vous relancer dans un niveau précis pour tenter d’atteindre les 100%. Pour vous faire une idée, en jouant avec la volonté d’avancer dans l’histoire et sans vraiment chercher tous les trésors ou sans tenter de réussir les épreuves spéciales des niveaux, on arrive en général à 70% d’un niveau, ce qui laisse une belle marge aux acharnés, même si dans le fond, ça semble un peu artificiel. Ce découpage en chapitres reste néanmoins un peu gênant à la longue, d’une parce qu’il casse le rythme du jeu, et de deux parce qu’il n’est pas forcément très immersif : la voix du narrateur (en anglais) est parfois peu convaincante, et on aurait préféré à ses propos qui sur-interprètent souvent, les émotions de Gabriel une cinématique de plus pour mettre le joueur tout seul sur la piste (on se demande parfois si on a raté un truc dans le déroulement de l’histoire).
Oh Marie, si tu savais
Malgré tout, l’histoire reste cohérente et sort un tantinet de l’ordinaire. L’affrontement du bien contre le mal et l’amour restent certes les axes principaux, mais ce fond religieux-chrétien sur lequel ils reposent rappelle étrangement que ce choix n’est pas si fréquent que ça au milieu des super productions américaines et japonaises (bien que ça évoque à nos souvenirs un récent Dante’s Inferno dans le même genre). Hormis ce détail, le déroulement de l’aventure reste cohérent et plutôt bien mené, avec un héros sombre -la voie de Robert Carlyle aidant- en recherche de repentir et des rebondissements plaisants voire inattendus.

A côté, le jeu reste un beat’em all très classique alternant phases de plates-formes et phases de combat, entrecoupées, outre les habituels QTE, de quelques énigmes dont la difficulté va crescendo (heureusement vu la facilité des premières !) et de scènes de « conduite » de créatures (cheval, troll, araignée, …) suffisamment sporadiques pour ne pas devenir fastidieuses. Les habitués des God of War y retrouveront à peu près tout ce qui a fait la renommée de la série et s’en offusqueront sans doute tant la ressemblance est évidente, mais l’ajout des magies change un peu la donne et varie pas mal le gameplay. En effet, activez la magie de lumière et vous vous offrirez la possibilité de déclencher certaines attaques et de récupérer de la vie en touchant vos adversaires, tout en admirant de jolis effets lumineux ; à l’inverse, enclenchez la magie de l’ombre et c’est parti pour une série de coups plus puissants aux traînées noires, et à nouveau certains coups spécifiques à cette magie. Les effets qui accompagnent le tout sont généralement sobres mais convaincants, et combiné au thème musical, pour peu que vous l’entendiez parmi les bruits de découpage de chair massif, ça vaut le détour !
Une autre inspiration qu’on peut trouver au jeu assez facilement reste celle de Shadow of the Colossus ; certains boss gigantesques sont en effet similaires aux ennemis dans ce titre PS2 : impossible de les frapper, il faut profiter du bon moment pour leur sauter dessus et les escalader inlassablement avant de les taper là où ça fait mal, en alternant les déplacements avec l’agrippement pour éviter de tomber et de tout recommencer. A nouveau, la technique et l’esthétisme sans failles du jeu font des merveilles.

Reste qu’un bon beat’em all est un beat’em all avec les défauts inhérents au genre, et ce n’est pas sur ce point que Castlevania se démarquera de la concurrence. Par exemple, les caméras sont fixes, et ce système embarque avec lui tout les inconvénients que l’on connaît : changements brusques de l’angle de vue, contrôles inversés suite à un nouvel angle, personnage difficile à retrouver, etc. Il faut avouer néanmoins que bien souvent, les angles choisis permettent de mettre en exergue un potentiel chemin ou la solution d’une énigme de façon subtile.
Un autre écueil inévitable du genre reste celui de l’effet couloir. Bien qu’à maintes reprises on ait l’occasion de choisir entre plusieurs embranchements, il reste très présent, mais logique. La volonté des développeurs de briser cette sensation via les (heureusement très rares) petits ennemis hyper-relous qui vous piquent votre équipement n’est pas forcément l’idée du siècle, mais saluons l’effort, puisque combinée aux passages à dos de bête ou de recherche de bonus, la pilule passe plutôt bien.
Le Bilan
On a aimé
- La musique
- L’esthétisme
- Un mix réussi de jeux-référence
- Enfin un jeu à la durée de vie supérieure à 10 heures
On a moins aimé
- Le découpage en chapitres
- Certains défauts récurrents du genre (effet couloir, caméras figées)
Conclusion du test de Castlevania: Lords of Shadow
Dix ans de chaîne sans voir le jour c’était ma peine, forçat de l’amour
{{Un peu de poésie dans un monde de brutes, voilà comment on pourrait résumer ce Castlevania nouvelle génération qui propose une esthétique à toute épreuve, tant pour les yeux que pour les oreilles.
Certes, le jeu ne réinvente pas grand-chose dans le fond, rendant hommage à des jeux dont la qualité n’est plus à démontrer : en bon Beat’em all, il reprend une bonne partie des mécanismes de God of War, et utilise certains de ses systèmes sans s’en cacher, il emprunte ses ennemis gigantesques à Shadow of the Colossus, il rappellera peut-être aussi Prince of Persia pour certaines phases de plate-forme… Mais il le fait avec une telle habilité et nous sert une histoire cohérente au moyen d’une esthétique tellement bluffante qu’il serait vraiment dommage, pour peu que vous n’ayez rien contre les principes du genre, de passer à côté d’un tel chef d’œuvre, surtout qu’on le retrouve déjà à …}}
Mon GOTY 2010. Une merveille.
je suis d’accord avec ce test. Je suis dessus et je m’éclate sec.
La seul chose que je pourrait trouvé a redire, ces ce coté réchauffée de certaine situation, cette air de déjà vue.
Mais globalement, ces le meilleur Castelvania depuis fort longtemps.
Oook j’attendais votre test, ça confirme ce que je pensais 😉 ça donne envie ! je le prendrais en occaz à la sortie de COD blackops, il aura sûrement baissé d’ici là …
Il est à 20/30€ sur zavvi je doute qu’il baisse encore beaucoup avant un moment !
J’ai fini le jeu en mode Chevalier (difficile) et ça a été vraiment une sacrée surprise malgré tous ces mélanges parce que le jeu reste super agréable à parcourir et reparcourir pour tout débloquer.
La fin est magistrale. :-O Respect à Mercurysteam.
En un mot GENIAL. Je suis pas vraiment un habitué de ce genre là mais j’ai sauté le pas par curiosité, c’était ça ou Enslaved, un risque à prendre, et je ne regrette pas une seule seconde, ça a été un vrai plaisir. Même si on peux pester quelques fois à cause de la camera ou quelques imprécisions dans les phases de plateforme, etc… Ce ne sont que de petits défauts face de grosses qualités. Une excellente surprise pour ma part.
Wouuu B-) vas-y Gabriel, fouettes moi ! ça claque ! ça fait du bien aux mirettes de voir un jeu aussi beau, c’est magnifique, c’est rare de voir des modélisations aussi soignées et fidèles aux esquisses, les jeux d’ombres, lumières dynamiques sont bluffantes, et pour les textures c’est impressionnant. On a vraiment tout le plaisir d’avancer calmement pour admirer le travail, chapeau bas ! Les musiques sont belles, mais trop classiques pour moi, ils auraient pu prendre plus de risques … les violons aux kilomètres, ça va un moment, quelques… Lire la suite »
Wouuu B-) vas Belmont fouette moi ! ça claque ! ça fait du bien aux mirettes de voir un jeu aussi beau, c’est magnifique, c’est rare de voir des modélisations aussi soignées et fidèles aux esquisses, les jeux d’ombres, lumières dynamiques sont bluffantes, et pour les textures c’est impressionnant. On a vraiment tout le plaisir d’avancer calmement pour admirer le travail, chapeau bas ! Les musiques sont belles, mais trop classiques pour moi, ils auraient pu prendre plus de risques … les violons aux kilomètres, ça va un moment, quelques… Lire la suite »