Test – Fallout 3
Des radiations et des hommes
Certaines séries ont des identités si fortes qu’elles sont capables de perdurer à travers le temps.
C’est définitivement le cas de Fallout, qui, en peu de jeux (tous excellents), s’est forgé une grosse réputation. L’énoncé de ce titre suffit pour beaucoup de joueurs à évoquer un mélange détonnant entre humour noir, cynisme, ambiance post-apocalyptique déprimante et en même temps situations délirantes frôlant l’absurde.
Les nouveaux joueurs entreront vite dans le bain, et les anciens seront très exigeants : faire la suite d’une série légendaire et aussi marquée n’est pas sans risque, car l’attente est énorme.
Après 30 minutes de jeu
Aussi curieux que cela puisse paraître, j’ai des souvenirs de ma naissance. Pas de bons souvenirs. Si je suis venu au monde, ma mère l’a payé de sa vie, laissant mon père m’élever seul. Mais il s’est bien occupé de moi. En grandissant, je suis devenu plus fort, plus rapide, et plus malin. Comme tout le monde dans l‘abri 101, j‘ai suivi la voie tracée pour mon plus grand bien, jusqu‘à ce que je devienne un jeune adulte responsable. C‘est là où ma vie a basculé. Mon père, accusé de je ne sais trop quoi, s‘est enfui de l‘abri. Moi-même recherché, je me suis sauvé pour rester en vie. Cette fois je suis dehors…Je n‘y suis jamais allé. Que vais-je faire ? Il faut que je retrouve mon père.
L’entrée en matière de Fallout 3 est un modèle du genre et pose les bases du jeu : on commence par sa propre naissance puis on grandit jusqu’à ce que l’histoire commence vraiment. Cette introduction se concentre sur ce qu’on va vivre tout du long : une immersion totale dans un univers particulier. La création de notre avatar, très complète, s’intègre naturellement dans cette première partie. Le design général de l’interface est au diapason avec le reste, et ressemble à une navigation sur un AS400 (pour ceux n’ayant jamais touché ce progiciel, c’est vert, monochrome, et pas très joli, même quand on change la couleur de l’interface). Si c’est parfaitement dans le ton du jeu, on peut toutefois regretter une lisibilité pas toujours exemplaire. La première impression laissée par cette longue introduction est excellente. Immédiatement on se retrouve happé dans le jeu, grâce à des dialogues qui nous apprennent de façon simple dans quel type d’environnement nous vivons. Ces premiers dialogues donnent également le ton de la suite : les réponses possibles sont nombreuses et soulignent qu’on pourra faire exactement ce qu’on veut dans ce jeu. Techniquement Fallout 3 n’impressionne pas, mais ne déçoit pas non plus. Impossible encore d’avoir une véritable opinion sur ce point avant de sortir de l’abri anti-atomique.
Après 2 heures de jeu
Quelle désolation dans ce monde! Tout est détruit, foutu. Et pourtant, les humains sont toujours là. Je me suis tout d’abord rendu dans une ville abandonnée, sauf par des pillards qui m’ont agressé. C’est en fuyant que j’ai découvert une ville fortifiée : Megaton. En parlant avec ses habitants, j’ai découvert que mon père ne m’avait peut-être pas tout dit. Mais impossible d’en savoir plus. Ici tout se monnaie, et je n’ai rien à offrir. Heureusement, dans ce monde désespéré, tout le monde recherche quelque chose, et en proposant mes services je devrais pouvoir m’enrichir et avancer. La tentation est grande de me comporter comme un voyou. De me comporter comme la majorité. Mais ce n’est pas de cette façon que mon père m’a élevé. Parfois je regrette l’abri, un endroit ou tout est beaucoup plus simple.
Les premiers pas à l’extérieur de l’abri et dans la première ville donnent une idée plus précise du niveau technique du jeu. Si ce n’est pas exceptionnel au niveau graphique et si on note certains défauts (des bâtiments qui apparaissent d’un coup, notamment), quand on rapporte ça à l’immensité de ce qu’il y a à parcourir, on ne peut qu’applaudir le travail fait par Bethesda.
Bien que le système de jeu soit très proche d’Oblivion, avec des quêtes qui s’empilent et qu’on peut sélectionner, celles-ci s’enchaînent avec plus de naturel, obligeant le joueur à découvrir la philosophie du jeu. Ainsi, dès le départ, il sera nécessaire de gagner de l’argent, et pour ce faire on n’aura d’autre choix que de partir à l’aventure en nous écartant des sentiers battus. Rapidement, la curiosité s’installe, et la trame principale, plutôt simple, s’enrichit très vite d’une multitude d’histoires qui donnent à ce monde une grande densité.
Tout est fait pour que l’immersion soit maximum, et à ce titre les dialogues, très nombreux, sont un vrai plaisir. Les acteurs jouent juste, et contrairement à la majorité des jeux où on a tendance à les passer, on écoutera ce qu’ils ont à nous dire! Il n’y a pas de mystères, rien de tel que des dialogues bien écrits pour motiver les comédiens. Et ceux de Fallout 3 le sont : souvent irrévérencieux, très marqués suivant les personnages et naturels, ont est à des kilomètres des dialogues habituels de trop de jeux de rôle (en particulier les japonais) qui se contentent de délivrer bêtement les informations.
Les personnages ont de l’épaisseur, et du coup on se posera de véritables cas de conscience sur notre comportement, car nos actions auront des conséquences sur nous, naturellement, mais aussi sur les autres. Il est bien entendu qu’on peut faire tout ce qu’on veut, puisque notre liberté est totale.
Après 10 heures de jeu
Cela fait seulement quelques jours que je suis à l’extérieur, et j’ai pourtant l’impression d’être depuis toujours un de ces voyageurs qui errent dans ce monde gangrené. J’ai presque oublié pourquoi j’ai quitté l’abri 101. Mon but se réduit maintenant presque seulement à survivre. J’ai rapidement compris comment fonctionnaient les choses ici. C’est chacun pour soit. La vie n’a pas grande importance pour qui que ce soit, chacun essayant juste de voir le jour suivant. Terminés mes principes et ma bonne volonté. Ici, tout à un prix, et je ne fais plus rien sans une contrepartie. Je suis également beaucoup plus prudent quant à mes choix. J’ai déjà failli payer cher le fait d’avoir aidé un connard qui cherchait à m’arnaquer. Ah oui, je parle comme eux également. Pour se faire comprendre par la majorité de ces putains de résidus d’humains, mieux vaut soit faire parler son flingue, soit parler comme un de ces déchets de mutants.
C’est fou comme l’univers déviant de Fallout 3, grâce à sa cohérence, devient vite familier !
La maniabilité a été pensée, une fois de plus, pour ne pas entraver l’expérience. Ainsi, on peut se téléporter à n’importe quel endroit déjà visité. Le monde est tellement vaste et l’aventure tellement complète qu’il aurait été bête de perdre du temps dans des déplacements qui peuvent durer bien longtemps. Les combats, quant à eux, ont une part importante dans le jeu. Jouables comme des fps (une vue à la troisième personne peut convaincante est également disponible), ils incorporent un système permettant de figer le temps par simple pression de RB, afin de choisir quelle partie du corps de votre adversaire va être votre cible. Ensuite, les échanges de coups de feu se font automatiquement, modulés par vos compétences. Et oui, Fallout 3 reste avant tout un jeu de rôle ! Un système simple à utiliser et qui a l’avantage de permettre aux joueurs peu à l’aise avec les fps de s’en sortir.
Au niveau de la progression, on a à chaque passage de niveau des points à distribuer dans une foultitude de compétences diverses et variées : inutile d’espérer être le meilleur pour tout, ce n’est tout simplement pas possible. Les points d’expérience nécessaires à la progression se gagnent de plein de façon différentes. En combat, naturellement, mais également en résolvant des quêtes, en effectuant des actions spécifiques, etc. Une progression constante et variée, mais une progression lente ! Fallout 3 n’est pas de ces jeux où on passe un niveau toutes les vingt minutes, et les points dépensés à chaque progression n’en ont que plus de valeur.
Considérant cela et le fait que les PNJ réagissent très différemment suivant que vous soyez amical ou non, vous aurez sans doute envie de faire plusieurs parties en parallèle, ou tout du moins vous voudrez repartir pour une deuxième aventure qui sera forcément différente. Dans une première vous serez par exemple plutôt un chic type très fort en sciences, et dans une deuxième partie une allumeuse un peu voleuse et arnaqueuse…
C’est également après une dizaine d’heures que les éventuels défauts du jeu font surface. L’interface peu lisible est fatigante, et on aurait sans doute préféré une interface moins dans l’ambiance, mais plus agréable à utiliser. De même, les environnements se répètent beaucoup. C’est très logique étant donné le thème choisi, mais les paysages désolés se succèdent, les villes en tôle ondulée aussi, tout comme les bâtiments détruits et les amoncellements de déchets. Un peu plus de variété aurait été la bienvenue, car cela peut lasser assez vite ceux qui sont réfractaires à l’univers au départ. Si on veut chipoter, certains trouveront également que notre personnage aurait pu se déplacer un peu plus rapidement. Au rayon bémol, j’ajoute aussi la difficulté du jeu, avec des affrontements parfois vraiment difficiles du fait que vos ennemis semblent pouvoir absorber un grand nombre de tirs. Au bout d’un moment, lassé de devoir recommencer plusieurs fois certains passages, j’ai passé le jeu en « facile ». Une fois cela fait, les affrontements sont devenus plus agréables, avec de la résistance, mais rien d’impossible.
Enfin, je l’avoue sans honte, malgré le nombre d’heures conséquent passées sur le titre, j’ai toujours l’impression qu’il me reste encore beaucoup à faire et que je n’ai découvert qu’une infime partie du jeu. Je ne rends peut-être pas compte ici de toutes les surprises qui attendent le joueur, mais il y a bien une chose dont je suis convaincu : Fallout 3 est de ces jeux qui peuvent vous faire passer des nuits scotché à votre télé, la manette en main, vous happant et vous faisant oublier l’heure. En d’autres termes, c’est un grand titre.
Le Bilan
On a aimé
On a aimé…
- C’est Fallout !
- Univers riche et cohérent
- Gameplay équilibré
- Histoire prenante
- Grande durée de vie
On a moins aimé
On n’a pas aimé…
- Décors peu variés
- Interface peu lisible
- Néfaste à une vie sociale épanouie
Conclusion du test de Fallout 3
Vive les radiations
En introduction je soulignais la difficulté de sortir la suite d’une franchise légendaire. Et il n’y a pas de déception. Fallout 3 est tout simplement le digne successeur des premiers jeux, et offre un niveau d’immersion rare dans un univers totalement cohérent et étudié. Certains regretteront que le ton des premiers jeux ait été en partie abandonné, mais il faut savoir ce qu’on veut : une redite de ce qui a déjà été fait ou un titre ayant sa propre personnalité ? Fallout 3 s’écarte légèrement de ses prédécesseurs, mais en en gardant la substantifique moelle et de nombreux éléments immédiatement reconnaissables par les connaisseurs. Le jeu vous offrira tout un panel d’émotions, allant de la peur au rire, et vous ne verrez pas le temps passer. Tout simplement un des plus grands jeux de cette année 2008.