Test – The Last Remnant

Test oldie squarisant
The Last Remnant est le premier jeu de rôle next gen directement développé par Square Enix utilisant l’Unreal Engine 3.
Le jeu n’a pas été un grand succès, malgré des ambitions clairement affichées.
Cela s’explique sans doute par des défauts flagrants, défauts qui ne doivent pas occulter un certain nombre de qualités qui font que ce titre pourrait bien plaire à toute une catégorie de joueurs.
Un univers pauvrement riche

Le jeu démarre à 100 à l’heure : alors que nous faisons connaissance avec notre avatar, Rush Sykes ; celui-ci se retrouve impliqué dans une énorme bataille rangée opposant deux armées, alors que sa sœur vient d’être enlevée (autant dire que ce n’est pas une très bonne journée). Notre héros est vite pris sous l’aile du Prince d’Athlum et de ses généraux, en premier lieu parce qu’ils sont très sympathiques, mais aussi car il semble capable de maîtriser une rémanence très puissante. Or, ce monde tourne autour du pouvoir des rémanences, sortes d’entités psycho-magiques capables de prendre diverses formes et dotées de pouvoirs parfois stupéfiants. C’est la maîtrise de ces rémanences qui déterminera qui sera le maître du monde, et il semblerait que vous ayez un rôle important à jouer au milieu de cet affrontement colossal entre les factions en présence. C’est en tout cas ce qu’Alondite, personnage mystérieux à l’ambition démesurée, semble penser.
Comme vous le voyez, le canevas de l’histoire est tout à fait classique, mais le monde développé l’est par contre un peu moins. Si dans les faits on se retrouve dans un monde d’heroic fantasy, la place centrale des rémanences lui donne un cachet tout à fait particulier. Ces entités semblent douées de vie si ce n’est de raison (il faut conclure un pacte et se lier à elles pour pouvoir les utiliser), et on va longtemps se demander ce qu’elles sont réellement. Les différents protagonistes ont bénéficié d’un soin évident, et sont pour la plupart charismatiques. Que ce soient vos alliés aux caractères bien différents, ou bien Alondite, dont on devine la puissance, tous les personnages ont un rôle à jouer. Ils ont une vraie personnalité qui facilite l’implication du joueur, et qui témoigne de l’ambition de Square Enix de faire de ce jeu un titre important, peut-être le début d’une nouvelle franchise.
Malheureusement, ce monde qui semble offrir de belles perspectives n’est pas correctement exploité. L’histoire prend vite une direction très banale, avec des rebondissements qui n’en sont pas, et une évolution que le plus novice des joueurs voit venir après quelques heures de jeu. On reste donc sur notre faim en regrettant qu’un univers qui a bénéficié d’un tel soin ne soit pas mieux utilisé. Ce n’est pas seulement de la faute de l’histoire, mais aussi de la façon dont elle est racontée. Les dialogues sont souvent creux (bien que le doublage en anglais soit correct) et très statiques, ne poussant pas vraiment vers une grosse implication. De plus, seuls quelques uns font réellement avancer l’histoire, d’autres étant d’une utilité franchement discutable (d’ailleurs c’est à ça que ça ressemble : ils discutent !). Enfin, l’équilibre entre le jeu et les scènes dialoguées n’est pas très bon. On ne voit pas la couleur d’une cinématique ou d’un dialogue pendant des heures, puis d’un seul coup on en voit toute une série en peu de temps.
Une ouverture guidée

The Last Remnant se risque à une structure de jeu ouverte, laissant beaucoup de liberté au joueur avec un système basé sur une multitude de quêtes. Certaines font avancer l’histoire, d’autres, la majorité, sont totalement optionnelles. Les amateurs de jeux de rôle connaissent bien le principe, c’est le même que dans la majorité des jeux occidentaux (on peut citer Oblivion ou KOTOR), et cela fonctionne plutôt bien, même si on est loin du niveau de maîtrise des cadors du genre. Après des années de jdr guidés, nos amis japonais ont des difficultés à trouver le bon équilibre dans ce type de gameplay.
Ainsi, le jeu reste artificiellement ouvert. Si on peut en théorie suivre seulement la trame principale, celle-ci comporte des missions d’un niveau de difficulté tel qu’il est indispensable de partir à l’aventure pour être de taille et les réussir. On retombe alors dans un écueil narratif, car ces moments où on force le joueur à explorer d’autres horizons sont bien mal choisis ! C’est souvent en plein suspense, en pleine poursuite d’un adversaire par exemple, qu’on est contraint de tout laisser en plan tant qu’on n’atteint pas le niveau suffisant. La rupture de rythme est terrible et ralentit l’action…
De même, le schéma pour trouver les quêtes est toujours le même : une partie dans les guildes, où ce sont des quêtes passives, des objectifs à remplir pour gagner des objets (tuer tel monstre dans tel endroit, trouver tel objet, etc…), l’autre dans les auberges où se trouvent toutes les personnes ayant besoin d’un service. Ils sont faciles à reconnaître, puisqu’une bulle rouge plane au-dessus de leur tête, ce qui vous permettra de ne pas perdre de temps à parler aux autres (de toute façon, seuls quelques quidams sont doués de parole).
Malgré ces défauts, pour peu qu’on prenne du recul sur l’histoire principale, le système accroche bien le joueur désireux d’exploiter son jeu à fond. On passe d’une quête à l’autre, on découvre de nouvelles zones, on se frotte aux pires créatures…et on oublie un peu pourquoi on fait tout ça.
Des combats stratégiquement bordéliques

Comme tout le monde le sait, la façon dont sont gérés les combats est capitale dans un jeu de rôle, et The Last Remnant s’en sort plus que bien.
Déjà, ce ne sont pas des combats aléatoires, mais on voit ses ennemis. On engage le combat exactement de la même façon que dans Blue Dragon, c’est-à-dire qu’une fois un ennemi accroché, le combat commence par une pression sur une touche. Tous les ennemis accrochés se trouvant dans un certain périmètre sont alors partie prenante de la baston. Comme on a la faculté de ralentir le temps, on peut ainsi multiplier les adversaires en un seul combat en lockant tous ceux à portée (ce qui le rend l’affrontement plus difficile, mais qui rapporte plus).
La principale originalité est que les combats, au tour par tour, se gèrent par groupes de combattants. En effet, vous pouvez former de petits bataillons de cinq personnages (des capitaines, mercenaires aux capacités évoluées, ou bien d’anonymes soldats) appelées des unions. Plus vous avancez dans le jeu, plus vous pourrez former de groupes d’importance. Vos adversaires forment également des unions, et vous pouvez voir leur positionnement sur une mini-carte. Les ordres que vous donnez au début de chaque round ne sont donc pas propres à un personnage, mais à tout le groupe, et dépendent de la situation : avancée dans le combat, position géographique par rapport à l’adversaire, etc… Vous ne pouvez donc pas faire exactement ce que vous voulez : vous devrez vous adapter à la situation.
Le positionnement des protagonistes a également son importance car les attaques sur le côté ou par derrière infligent plus de dégâts.
Précisons enfin qu’une barre de moral influant sur le résultat des actions est également présente, et que vous pourrez augmenter la puissance de vos coups grâce à un QTE.
A la fin de chaque combat, en fonction de ce que vous avez fait, les différents personnages ne gagneront pas de l’expérience, mais verront leurs capacités augmenter, et entre chaque combat, les points d’action qui permettent de déclencher les attaques spéciales et les points de vie reviennent à leur maximum.
Comme vous l’avez sans doute compris, ce système est riche, très riche… trop riche.
Même avec beaucoup de pratique, vous aurez du mal à en comprendre toutes les subtilités ! L’aspect stratégique est réel, la façon dont vous composez vos unions, l’ordre d’attaque, le type d’attaque utilisé…tout à une influence, mais il n’est pas aisé de deviner laquelle. Ainsi, la barre de moral fluctue de façon parfois surprenante sans qu’on comprenne bien pourquoi. Les QTE se déclenchent également de façon qui semble aléatoire, à moins que je n’aie toujours pas saisi quelle est la méthode pour les provoquer.
Ces fameux QTE, d’ailleurs, peuvent être gérés directement par la console, ce qui est parfait puisqu’elle se débrouille très bien : cela permet de continuer à manger en jouant (ne faites pas comme si vous étiez surpris : tout amateur de jdr en tour par tour sait très bien que c’est le seul genre de jeu qui permet de manger, boire ou fumer, en jouant).
Trop complexe ? Sans doute, mais agréable malgré tout. Cela reste un bon point du jeu.
La progression des personnages est elle aussi intéressante. Vous ne dirigez réellement qu’un seul personnage, Rush, que vous équipez en faisant vos emplettes de façon traditionnelle. Les autres se contentent de prendre ce que vous n’utilisez pas. Voilà qui simplifie les choses, et qui peut générer des quêtes indirecte. En effet, vos amis vous font souvent des commentaires (« j’aimerais bien trouver tel objet », « penses-tu que je doive me spécialiser ? ») qui peuvent vous pousser dans une direction ou dans une autre. Le revers de la médaille est qu’on reste bien passif sur trop d’aspects.
Et puis, comme souvent dans les jeux Square, il y a les mécanismes de jeu qui ne servent à rien. Dans le cas présent, en ramassant de nombreux composants, vous pouvez modifier vos objets ou bien en créer.
Idée intéressante, mais en pratique compliquée à mettre en œuvre : l’interface pour le faire dans les boutiques spécialisées est tout sauf intuitive, et même si le résultat peut sérieusement booster votre personnage, je m’en suis personnellement vite passé.
Une réalisation ratée avec soin
Le constat concernant la réalisation de The Last Remnant est par contre presque sans appel, tant il semble évident que l’Unreal Engine n’est pas du tout maîtrisé par Square Enix.
Les graphismes sont ternes, sans relief, dotés de textures pauvres et tristes. On observe régulièrement des ralentissements, pendant les combats, et les textures s’affichent avec du retard (même quand le jeu est installé sur le disque dur). Si on ajoute à ça des chargements incessants qui rendent indispensable l’installation du jeu pour gagner quelques secondes à chaque fois, on peut facilement conclure que la réalisation est ratée.
C’est aussi un manque évident de finition qui va interpeler les joueurs. Les villes sont habitées par des gens qui ne parlent pas, les auberges, guildes, et autres se ressemblent terriblement, et les donjons sont dans la majorité des cas de simples couloirs et sont bien laids. En extérieur, on a le droit à de grandes étendues vides.
Autant dire que le niveau de réalisation est bien loin de Lost Odyssey ou de Blue Dragon. On est plus proche du niveau d’Enchanted Arms, et encore ce dernier proposait des environnements plus variés et plus colorés.
Même la musique, ingrédient majeur d’un jeu de rôle, ne fait que le minimum. Si plusieurs mélodies sont agréables et si globalement il n’y a pas grand-chose à lui reprocher, on regrettera toutefois le trop peu de morceaux qui amène à des répétitions à l’identique dans de nombreux donjons.
Le tout donne la terrible impression que nous avons là un jeu PS2 qui aurait juste eu le droit à un léger lifting pour passer sur Xbox 360.
Une fois de plus, on se demandera légitimement ce que les développeurs japonais mettent sur 2 DVD. Les cinématiques ne sont pas si nombreuses, et la majorité d’entre elles utilisent le moteur du jeu, les musiques et dialogues ne sont pas très nombreux non plus, et la répétition des textures fait penser que ce n’est pas ça non plus qui prend de la place.
Pourtant, dans le même temps, cette mauvaise réalisation contraste avec le soin évident qui a été apporté aux protagonistes. S’ils souffrent eux aussi des limites techniques du jeu, il est dans le même temps évident qu’un gros travail a été fourni pour leur donner vie, pour un résultat tout à fait probant. C’est un peu comme quand des acteurs connus et charismatiques se retrouvent dans un film à petit budget…
Bilan : un jeu pour qui ?

The Last Remnant est donc comme vous l’aurez compris un jeu étrange. Plein de défauts, mais aussi non dénué de qualités. Tout cela se résume à un mot : « tâtonnements ».
Tâtonner, essayer des choses, ne pas en réussir d’autres, c’est ce qu’a fait Square Enix pour ce titre, sans doute sorti un peu trop vite et qui aurait mérité d’être fignolé un peu plus pour que la faiblesse de l’aspect technique ne ternisse pas l’ensemble.
Pour les joueurs qui peuvent passer outre, reste un jeu qui propose suffisamment de choses pour être envisagé. Un système de combat agréable et performant, un jeu long (plus ou moins 60 heures de jeu), un système de quêtes accrocheur. Voilà qui s’adresse à l’amateur de jeu de rôle classique, à celui qui aime voir son équipe devenir de plus en plus puissante.
Pour les autres, la narration loupée et les autres carences du titre font qu’il sera difficile d’aller au bout du jeu.
The Last Remnant est un vrai jeu de niche qui se révélera incapable d’aller chercher un public plus large à cause de faiblesses évitables.
Dommage, ça aurait pu être tellement mieux.
Le Bilan
On a aimé
- Le système de combats
- Le système de quêtes multiples
- Le charisme des protagonistes
- Un monde original et travaillé
On a moins aimé
- La réalisation médiocre qui nuit à l’ensemble
- Histoire et narration à côté de la plaque
- Progression mal dosée
- Manque flagrant de finition
Conclusion du test de The Last Remnant
Bilan : un jeu pour qui ?
{{The Last Remnant est donc comme vous l’aurez compris un jeu étrange. Plein de défauts, mais aussi non dénué de qualités. Tout cela se résume à un mot : « tâtonnements ».
Tâtonner, essayer des choses, ne pas en réussir d’autres, c’est ce qu’a fait Square Enix pour ce titre, sans doute sorti un peu trop vite et qui aurait mérité d’être fignolé un peu plus pour que la faiblesse de l’aspect technique ne ternisse pas l’ensemble.
Pour les joueurs qui peuvent passer outre, reste un jeu qui propose suffisamment de choses pour être envisagé. Un système de combat agréable et performant, un jeu long (plus ou moins 60 heures de jeu), un système de quêtes accrocheur. Voilà qui s’adresse à l’amateur de jeu de rôle classique, à celui qui aime voir son équipe devenir de plus en plus puissante.
Pour les autres, la narration loupée et les autres carences du titre font qu’il sera difficile d’aller au bout du jeu.
The Last Remnant est un vrai jeu de niche qui se révélera incapable d’aller chercher un public plus large à cause de faiblesses évitables.
Dommage, ça aurait pu être tellement mieux.}}
c’est la fête aux oxymores !
Je viens de finir ce jeu apres plusieurs mois de jeu intenses. J’ai facilement passé 100h dessus mais j’ai pris mon temps aussi. Alors je trouve que ce jeu est un des meilleurs de cette génération. Je le préfère à Lost Odyssey, pour dire. Je suis entierement d’accord avec les + du test. Les combats sont les points fors du jeu. Frissons garantis. Par contre dans les moins, le premier et le dernier point sont redondants. C’est clair que c’est pas fini techniquement, mais ça ne nuit en rien à… Lire la suite »
Les + et – sont un résumé : je détaille dans le test le pourquoi de ces différents points. Je vais être franc : j’aime beaucoup ce jeu, malgré tous ces défauts, et j’y joue encore car je n’ai pas bouclé toutes les quêtes. Mais voilà, je suis une cible idéale pour un jeu comme ça, et il n’est pas possible de passer sous silence ses lacunes. Beaucoup de rgrets quand même, car ça aurait pu être un vrai hit. Bien que l’aimant bien, je le trouve très inférieur à… Lire la suite »
Les + et – sont un résumé : je détaille dans le test le pourquoi de ces différents points. Je vais être franc : j’aime beaucoup ce jeu, malgré tous ces défauts, et j’y joue encore car je n’ai pas bouclé toutes les quêtes. Mais voilà, je suis une cible idéale pour un jeu comme ça, et il n’est pas possible de passer sous silence ses lacunes. Beaucoup de rgrets quand même, car ça aurait pu être un vrai hit. Bien que l’aimant bien, je le trouve très inférieur à… Lire la suite »
non, c’est moi sa meilleure cible 🙂
Content de voir que tu l’aimes presque autant que moi ce jeu ^^