Clive Barker’s Jericho
Luis Mariano version
S’étant octroyé un développement plutôt discret face à la concurrence massive présente sur la machine, les petits espagnols de Mercury Steam Entertainment nous sortent Clive Barker’s Jericho, un FPS mystico gore sous la bannière de Codemasters.
Va-t-il faire le poids face aux mastodontes que sont Halo 3 à l’aube de l’arrivée de Call of Duty 4 ?
Saura-t-il faire sa place dans ce monde cruel et impitoyable qu’est le monde des jeux vidéo ?
Et comment font les marmottes pour mettre du chocolat dans du papier d’alu sachant que leurs pattes ne leur permettent pas d’attraper des choses ?
Jericho, Jeriiiiichoooo !
Vous incarnez Devin Ross, guérisseur psychique et commandant de l’unité Jericho, section affiliée au gouvernement américain et spécialisée dans le combat des forces occultes.
Vous et votre équipe êtes envoyés à Al Khali, lieu réputé pour être le berceau de l’humanité, et accessoirement le lieu le plus chargé en énergie maléfique de toute la planète. Votre mission sera de contrecarrer les plans d’Arnold Leach, redoutable invocateur et ancien membre influent de la section Jericho ayant provoqué la mort de dizaines de membres de celle-ci en plus d’innocents. Ce gentil sieur ne souhaite rien de plus que détruire l’humanité en faisant revenir le Premier Né, créature parfaite créée par Dieu avant l’homme.
Face à cette menace, vous aurez en renfort 6 autres membres de Jericho :
– Le sergent Franck Delgado est pyromancien et aime défoncer les portes ouvertes avec sa mitrailleuse de type Gatling et son pistolet nommé humblement Souffrance.
– Le Caporal Simone Call est spécialisée dans le piratage informatique lui permettant, grâce à ses capacités, de ravitailler ses alliés, ralentir le temps autour de l’équipe, et booster la puissance de feu du groupe. Elle manipule un fusil d’assaut de petite taille et des grenades multifonctions.
– Le Capitaine Xavier Jones est voyant. Il peut projeter son corps astral vers une cible et en prendre possession pour divers buts. Mais son fusil d’assaut Patriote avec double fonction sera son meilleur allié.
– Le Lieutenant Abigail Black est Télékinésiste et tireur d’élite. Elle est capable de combiner ces deux caractéristiques pour guider des balles à distance via son fusil de précision lance grenade.
– « Billie » Church, quant à elle, est sanguimancienne, c’est-à-dire qu’elle est capable de lancer des sorts grâce à son sang, mais cela l’affaiblit. C’est pourquoi elle s’équipe d’une arme à feu obligatoire. Mais c’est son nodachi (le nom donné à un type de katana) qui sera son plus précieux allié, lui permettant de découper tout ce qu’elle souhaite, ennemis, alliés, beurre, pain…
– Le Père Paul Rawlings est Exorciste, et de ce fait peut guérir et ressusciter ses alliés. C’est le plus ancien membre vivant de Jericho et il manie avec dextérité ses deux pistolets customs capables de tirer différents types de balles.
C’est donc toute cette joyeuse troupe qui va s’y coller. Et ce n’est pas votre légère mort en tout début de jeu qui va ralentir votre progression, bien au contraire. L’effet secondaire de la mort en ce lieu chez votre personnage, vous confèrera la capacité d’entrer dans le corps de vos partenaires en tant que fantôme. Vous pourrez ainsi posséder à tout moment n’importe lequel des membres de votre section pour apprendre à vous servir de leurs capacités, donner des ordres simples aux deux unités de votre groupe et avancer au fil des époques.
Sous ton soleil qui chanteiiii !
Le jeu est plutôt bien réalisé. Les persos sont bien modélisés, et un soin tout particulier a été apporté aux ennemis. Cependant les décors sont bien vides et répétitifs durant tout le jeu.
L’ambiance quand à elle est tout simplement divine. L’immersion, qu’elle soit via la narration de type cinématographique ou par l’environnement, est totale. On constate rapidement que c’est la principale tâche sur laquelle l’équipe de développement a bossé. Et le pari est plutôt réussi. L’ambiance est lugubre et gore à souhait. Mares de sang, restes de cadavres, répliques cinglantes, violence exacerbée… Le PEGI 18 noté sur la jaquette n’est vraiment pas là pour faire joli cette fois.
Le son à fond et le popotin installé confortablement dans le noir ne fera qu’amplifier l’immersion du joueur. Cependant, cette immersion à un prix : la lisibilité. En effet le jeu est sombre… Très sombre… Trop sombre… Et malgré la lampe torche activable à volonté, ce sera difficile de voir où l’on met les pieds. Surtout qu’à cause des textures qui se ressemblent toutes, on aura du mal à suivre l’action dès son début. Ne serait-ce que pour se repérer ou distinguer un ennemi un peu éloigné au décor. Dérangeant. Et plus on avancera au fil des niveaux, plus cette répétitivité sera prononcée, et plus le jeu sera sombre.
Que ce soit en période de la 2ème guerre mondiale, pendant les croisades, la Rome Antique, ou en 3000 avant Jean Claude, le changement ne sera pas si radical que ça, vu que vous avancerez dans des ruines et seuls certains ennemis vous rappelleront que vous êtes chez eux.
Côté bestiaire, il n’est pas très varié. On croise toujours les 3 mêmes types d’ennemis avec quelques autres espèces ponctuelles. C’est bien trop peu pour créer une grande diversité. Et c’est bien dommage, l’univers permettait une grande créativité dans le design ennemi.
Cependant l’animation globale redresse immédiatement la barre et certains éléments du décor sont destructibles. Les détails glauques dans les décors (personnes crucifiées, cadavres…) sont aussi un plus bénéfique à l’ambiance. Les effets de lumière, tout comme les effets spéciaux sont plutôt spectaculaires et réussis.
Plutôt bien pensée sans pour autant être ultra originale, la prise en main elle est loin d’être immédiate. Mais après quelques instants de pratique, on arrive enfin à dompter les personnages pour une maniabilité optimale.
Le temps paraît trop court
Je ne vais pas tourner autour du pot : le jeu est court. Trop court : 8 heures pour le boucler en mode bourrinquifaitmourirtoutletemps chargements et blabla compris. Comptez une à deux heures de moins si vous la jouez stratégique. Oui je sais, c’est paradoxal, mais c’est vraiment le cas. Si vous foncez dans le tas, vous êtes sûr d’être désavantagé et de devoir ressusciter sans arrêt vos alliés, voire de recommencer plusieurs fois le passage. Autant faire le ménage et se servir des pouvoirs de soutien de certains membres pour écrémer les ennemis.
Le jeu est équipé d’un système d’ordres d’équipe, mais il ne faut pas se leurrer, il ne va pas servir à grand-chose. En dehors du « arrêtez-vous » pour aller défraîchir les lignes ennemies en solo et du « avancez » pour qu’ils finissent le clampin qui reste, vous ne vous servirez pas vraiment des ordres par sous-section. C’est plus un gadget qu’autre chose donc.
Le jeu alterne ainsi sans arrêt phases de déplacements et combats. Si bien, que l’on s’ennuie pendant les déplacements et que l’on aimerait du répit en phases de combat. La difficulté et la hargne de ces derniers sont plutôt élevées, mais pas insurmontables si on utilise correctement les capacités des personnages. D’autant plus que les munitions sont remontées à bloc après chaque check point. Déjà qu’il sera rare lorsque vous en manquerez, mais là, c’est l’orgie.
Parlons-en justement des capacités et des personnages. Si certains personnages sont très utiles comme Delgado le roi du défonçage, Church spécialiste en infiltration paralysant les ennemis, Black pour le snipe et Cole pour le ralentissement temporel, les deux autres sont plus anecdotiques et ne servent que très rarement pour débloquer un levier ou deux. A noter que l’exorciste est plus efficace pour ressusciter les alliés si contrôlé par l’ordinateur, même s’il a forte tendance à mourir pour cause de : jesuispasassezéquipéïte aigüe. Même si il n’y a donc que 4 persos vraiment utilisés, ils ne sont pas logés à la même enseigne : vous jouerez beaucoup plus avec Delgado et Church, de part leurs capacités et leur puissance de frappe.
Les pouvoirs quant à eux ne servent pas beaucoup, et vos flingues parleront plus que le reste. A croire que les pouvoirs ont été créés après le level design, histoire de débloquer un passage et justifier la présence d’un pouvoir. De plus, vous n’aurez pas accès à tous les pouvoirs avant les ¾ du jeu. Plutôt frustrant… C’est ainsi qu’au lieu d’avoir de la diversité, on n’a que répétitivité, répétitivité, répétitivité et de temps en temps un truc nouveau qui ne servira plus à rien par la suite.
Pour goûter au bonheur de chaque jour…
Rajoutez à cela l’absence de mode online qui aurait été le bienvenu et qui avait un potentiel de poids et vous obtiendrez un titre trop court.
Cependant il vous est possible de débloquer des dossiers d’infos sur les personnages et les lieux en faisant certaines actions spécifiques un nombre donné de fois, vous procurant ainsi des succès par la même occasion. Et pour cela, vous pourrez recommencer le niveau que vous souhaitez pour adapter la tactique la meilleure en fonction du type d’action à réaliser.
Par contre, le jeu étant mis en scène à la manière d’un film, seuls les plus accrocs qui n’ont pas peur de la lassitude continueront ce challenge.
Ca boostera la durée de vie artificiellement, mais avec la fin que propose le jeu, peu s’y lanceront à cause de cet arrière goût d’achevé à la va-vite.
Malgré ces points noirs qui entachent le jeu, on prend un réel plaisir à jouer, que dis-je, participer à cette aventure. Les cinématiques avec QTE sont sympathiques, l’ambiance est extrêmement soignée, l’histoire intéressante, les protagonistes charismatiques pour la plupart, avec des répliques-qui-tuent entre les personnages.
Franchement, ça ferait un bon, voire très bon film.
Or, on est dans un jeu vidéo, et là, le bât blesse un peu d’être traîné de long en large dans un scénario sans possibilité d’écart, même dans le chemin emprunté.
Bilan
On a aimé…
- L’ambiance
- Le concept de pouvoirs
On n’a pas aimé…
- Trop court
- Durée de vie riquiqui
- La moitié des persos jouables sont inutiles
- Plein de potentiel en termes de gameplay gâché par un level design pas adapté.
Résumé :
Clive Barker’s Jericho est ce qu’on pourrait appeler un bon petit jeu inachevé. Le concept, la mise en scène et l’ambiance cinématographico-gore sont exemplaires. Mais la réalisation irrégulière, l’absence d’un mode online, une durée de vie très courte, et des personnages et pouvoirs aussi utiles qu’une gastro, entachent la qualité globale du soft.
Cependant, malgré les défauts, on prend plaisir à participer à l’aventure, même si la fin est décevante que ce soit pour un film comme pour un jeu et peut dégoûter le joueur au point de ne pas continuer pour débloquer les bonus…