Test – Creatures of Ava : Le sauvetage qui devint naufrage

Nous aurions aimé avoir plus de temps…
Creatures of Ava dispose de nombreux atouts : Tout d’abord il y a la participation de Rhianna Pratchett au scénario (la petite fille de l’un des plus grands auteurs britanniques, Sir Terry Pratchett), puis les graphismes si attrayants du studio Chibig (connu pour Summer in Mara) et enfin la promesse plutôt alléchante d’une aventure à la fois feel good et pacifiste, tout en étant variée et jamais ennuyeuse. Pourtant, tout comme l’équilibre de la belle planète Ava, l’expérience de jeu est quelque peu perturbée. Une déception, quand on voit le potentiel du scénario, au final extrêmement bouleversant.

Bienvenue dans l’arche de Vic

Ava se meurt. La planète, autrefois si luxuriante, est rongée par un mal nommé le dépérissement, qui corrompt petit à petit les plantes et rend les animaux agressifs, avant de les tuer. Victoria est chargée par la société Aleph Prime d’aller capturer un maximum d’espèces encore saines pour les envoyer sur une bioark, qui les préservera lorsque la planète sera totalement envahie par ce mal. Avec sa collègue et amie Tabitha, Victoria, surnommée Vic, se rend donc sur Ava armée seulement de son appareil photo, afin de cartographier et expédier les animaux qu’elle s’apprête à rencontrer.

L’atterrissage n’est pas de tout repos et Vic échoue près de ruines inconnues. Là, elle fait la rencontre de Nim’ar, un Naam (le peuple le plus avancé technologiquement de la planète), qui lui dit être un archéologue venu explorer les ruines en question. Ces dernières sont issues d’une civilisation disparue : les Antaris. Ensemble, Vic et Nim’ar font la découverte d’un ancien artefact qui semble détenir le pouvoir de guérir le dépérissement. Nim’ar convainc alors la jeune femme de s’en servir pour sauver la faune et la flore, persuadé que, s’ils l’améliorent suffisamment, l’objet antari leur permettra de soigner toute la planète et évitera à ses habitants d’être emmenés ailleurs.

Victoria n’est pas tout à fait convaincue, mais accepte de se prêter au jeu tout en continuant à acheminer des animaux vers la bioark après les avoir purifiés. Sa rencontre avec les Naams va profondément bouleverser sa manière de voir les choses. Eux qui sont un peuple profondément pacifiste et aimant, semblent résolument calmes et apaisés vis-à-vis de la mort qui les guette avec le dépérissement. Nim’ar fait figure d’exception à ce sujet, étant le seul qui semble inquiet pour l’avenir de son monde.
Si le choc des cultures est parfois rude, celui de la découverte des anciennes stations d’Alpha Prime l’est tout autant. En filigrane se dessine un autre message que celui de la société charitable venue sauver un monde en perdition, et la méfiance de certains Naams à l’égard des humains se justifie peu à peu.

Malgré quelques rebondissements prévisibles et autres facilités de scénario, ce sont les dernières heures de Creatures of Ava qui révèlent toute la beauté et la tristesse de son histoire. Avec un final juste, profond et émouvant, dont on regrettera simplement que son message bouleversant ait été dévoyé par quelques personnes mal intentionnées (mais nous ne spoilerons rien ici), le récit se montre à la fois poétique et philosophique.

Trop classique
On peut d’emblée dire que le jeu est graphiquement agréable, coloré et que son chara design est charmant, malgré quelques textures simplistes. Malheureusement, on s’aperçoit aussi très rapidement que, s’il tente de reprendre une formule action/plateforme classique, le gameplay ne suit pas : Un positionnement des touches mal pensé (très souvent, durant les premières heures, on s’accroupit en plein milieu d’un sprint), un personnage pataud durant les combats et une lenteur générale, que ce soit pour accéder aux menus (il faut parfois marteler la touche une dizaine de fois avant que la fenêtre s’ouvre), y naviguer ou réaliser certaines actions comme l’analyse d’un artefact. On comprend mieux pourquoi l’aventure de Victoria est censée se dérouler sur un an !

Pourtant, là où l’on aurait pu croire que le jeu deviendrait ennuyeux, avec son enchaînement de combat – purification – capture – quête suivante, il trouve le juste équilibre pour ne pas tourner en rond, et ce malgré la faible variété des missions proposées. La plupart consistent à aller explorer une nouvelle zone pour y trouver un objet ou un personnage, en plaçant sur notre chemin différents animaux à libérer du dépérissement ou quelques épreuves de plateformes. Mais les environnements variés et les possibilités qu’offrent les pouvoirs que l’on débloque au fil de l’aventure suffisent à rendre le tout plaisant.
Le fait de ne pas pouvoir retourner dans une zone précédemment explorée est clairement un inconvénient.
Si, comme tout bon titre du genre, Creatures of Ava dispose de son lot d’objets à trouver, ils sont soit extrêmement faciles à débloquer soit, au contraire, inutilement bien cachés, sans demi-mesure. Le fait de ne pas pouvoir retourner dans une zone précédemment explorée est clairement un inconvénient à ce sujet. Ava est en effet divisé en cinq biomes différents, mais, après votre passage et la fin de votre quête principale à un endroit, un message vous avertira que le monde ne sera plus accessible une fois que vous l’aurez quitté. Les complétionnistes devront donc s’armer de courage pour retourner explorer jusqu’à trouver le seul et unique encensoir manqué ou caresser une créature oubliée.

À ce sujet, toute la gestion de la faune est particulièrement mal pensée. Tôt dans l’histoire, les Naams nous confient une flûte qui permet d’entrer en communion avec les animaux d’Ava. De cette manière, on peut leur demander de déplacer un objet trop lourd pour nous, de déterrer des objets ou de sauter à des endroits qui nous sont inaccessibles. Ces actions de collaboration font partie de celles à effectuer pour remplir votre « avapédia » à 100 %. Malheureusement, certaines d’entre elles sont liées à des éléments à usage unique, notamment les ponts à abaisser. Nous nous sommes donc retrouvés avec une encyclopédie qui, pour être complète, réclamait que nous nous chargions des fameux ponts avec une espèce bien précise, alors que tous ceux du jeu avaient déjà été baissés, rendant le fameux 100 % inaccessible.

Une autre source de déception vient des coupures abruptes à la fin des cinématiques (qui cassent totalement la magie de certaines scènes au passage), des pertes d’ambiance, avec la musique qui cesse sans raison, ou encore des personnages coincés dans des boucles d’action ou des éléments de décors. De façon générale, c’est l’ensemble du titre qui manque de finitions. On ne s’avance sûrement pas beaucoup en écrivant que le studio a dû précipiter le développement pour coller au planning de sortie. Cela se ressent particulièrement dans les derniers niveaux, où certains dialogues n’ont même pas été traduits et où les bugs s’accumulent plus encore que durant le reste de l’aventure.
Bugs of Ava

Et des bugs, il y en a ! Des plus classiques : caméra coincée, ennemis qui traversent le sol, actions qui ne se déclenchent pas, chute infinie, etc., au plus originaux : image qui passe en mode « néon », absence de lancement des nouvelles quêtes (ce qui nous a obligés à recommencer le jeu, car nous avons préféré courir partout en espérant que cela déclenche quelque chose plutôt que de recharger une sauvegarde antérieure), ennemi téléporté à nos côtés en haut d’une plateforme…Ajoutés à une sauvegarde automatique aléatoire (elle ne se déclenche pas après une cinématique par exemple) et un level design parfois confus, ces bugs viennent rendre frustrant un jeu qui se voulait doux et reposant.

Parfois, le problème vient tout simplement d’un codage pas tout à fait fini (encore), le plus représentatif étant ce qui se produit lorsque l’on sort d’un menu. Typiquement, en quittant la carte avec la touche B, qui correspond à l’esquive, le personnage va faire un bond en arrière. Pas très agréable lorsqu’on se trouve dos à une falaise ! Si c’est un tutoriel, dont on valide la lecture en maintenant A, Vic va faire un saut une fois la fenêtre refermée. Il y a aussi quelques soucis de terminologie, sans doute liés à la traduction hâtive : « monter » au lieu de « descendre » lorsqu’on utilise les monte-charges par exemple. Ce genre d’erreurs peut prêter à sourire, mais démontre bien qu’il a manqué du temps aux développeurs pour rendre une copie finie de leur travail.

On pourrait aussi parler longuement des murs invisibles qui se montrent particulièrement frustrants au début de l’aventure, lorsque l’histoire nous demande de nous rendre dans le village des Naams et nous place dans ce monde ouvert qu’on aimerait visiter tout de suite, pour mieux nous bloquer sur un étroit chemin balisé. Pourquoi ne pas en avoir fait une séquence cinématique ? A contrario, aucun de ces murs n’est présent lorsque l’on explore certains points élevés de la carte, il est donc difficile de savoir si notre ascension va nous mener à un secret ou simplement à une zone censée être là pour le décorum et à travers laquelle nous allons chuter (ou nous coincer bêtement).

On aurait voulu aimer Creatures of Ava, vraiment, mais le jeu, en l’état, doit revoir sa copie pour proposer une expérience à la hauteur de ses ambitions.
Testé sur Xbox Series X, version Gamepass du jeu
Le Bilan
On a aimé
- La poésie du jeu
- L’aventure pacifiste et feel good
- Le message très touchant du scénario
On a moins aimé
- Les bugs à répétition
- Le manque de finitions
- Les nombreuses maladresses du gameplay
- Les coupures abruptes qui brisent l’émotion des cinématiques
Conclusion du test de Creatures of Ava
Qui peut sauver Ava ?
Creatures of Ava était un projet extrêmement prometteur, qui semblait né sous les meilleurs auspices, mais qui se voit abattu en plein vol par sa réalisation technique. On regrette sincèrement de ne pouvoir l’apprécier à sa juste valeur, alors qu’il dispose d’un univers si joli et sensible. Puisque le jeu a eu la bonne idée d’être intégré au Game Pass, on ne saurait trop conseiller à ceux qui y sont abonnés de tenter tout de même l’expérience, ne serait-ce que pour se faire leur propre avis. En revanche, fuyez toute option d’achat, qui s’apparenterait plus à un early access qu’à une version complète. Une terrible déception, pour un titre qui a tant à offrir.