Le père de Gears of War avoue pourquoi son jeu a échoué, et estime avoir raté une énorme opportunité sur Xbox

Près de dix ans après l’échec de LawBreakers, Cliff Bleszinski revient avec un regard plutôt lucide sur ce qui a conduit son studio Boss Key Productions à la fermeture. Le créateur de Gears of War reconnaît aujourd’hui plusieurs erreurs stratégiques, dont une qui parlera particulièrement aux joueurs Xbox puisque selon lui, le jeu aurait probablement eu davantage de chances en arrivant sur les consoles de Microsoft.
« Mon ego a pris le dessus »
Lors d’un long entretien accordé à 80 Level, Cliff Bleszinski ne cherche pas à réécrire l’histoire et admet que son ego a joué un rôle important dans l’échec de Boss Key Productions.
Le développeur explique notamment qu’il aurait pu s’entourer de Rod Fergusson, avec qui il avait travaillé sur Gears of War chez Epic Games. Pourtant, il a finalement préféré diriger seul son nouveau studio.
« Je voulais que ce soit mon projet. C’est là que mon ego a commencé à prendre le dessus. » Il reconnaît également avoir surestimé l’attachement des joueurs à sa personne. « Je pensais que si je construisais quelque chose signé Cliff, les joueurs viendraient. En réalité, les gens sont fidèles aux jeux, pas forcément aux créateurs. »
Xbox représentait une opportunité manquée
Parmi toutes les raisons évoquées, l’une retient particulièrement notre attention. Selon Cliff Bleszinski, LawBreakers aurait probablement dû arriver sur Xbox plutôt que PC et PS4 uniquement. Il estime que cela aurait permis de toucher naturellement une partie du public de Gears of War, particulièrement friand des jeux de tir compétitifs à cette époque.
Avec le recul, cette analyse paraît assez crédible puisque LawBreakers était salué pour son gameplay nerveux, mais il est sorti dans un contexte extrêmement compliqué, face à Overwatch, PUBG puis Fortnite qui ont rapidement monopolisé l’attention des joueurs.
Cliff Bleszinski / Développeur de jeux vidéoOn était assis au bar du Raleigh Times et (Fischman) regardait la bande-annonce d'(Overwatch). Il nous regarde et dit : “On est foutus.”
Le créateur de Gears évoque aussi d’autres erreurs, comme une direction artistique qui ne se démarquait pas suffisamment, un partenariat avec Nexon dont les intérêts n’étaient pas totalement alignés avec ceux du studio, ainsi qu’un manque d’implication personnelle pendant certaines phases du développement. Sans oublier ses problèmes d’alcool de l’époque, qu’il reconnaît aujourd’hui avoir également pesé sur le projet.
Au lancement du jeu, l’équipe était réunie dans une pièce du studio pour suivre le nombre de joueurs en direct. « On avait un graphique à l’écran qui affichait le nombre de joueurs connectés simultanément », raconte Cliff Bleszinski. « Il augmentait lentement, puis s’est stabilisé. On s’est dit : “Merde !” »
Un retour aux jeux vidéo est désormais envisagé
Malgré cette période difficile, Cliff Bleszinski affirme avoir retrouvé l’envie de créer des jeux. Désormais sobre, il explique vouloir revenir à ce qui l’a toujours motivé, à savoir imaginer des univers et des personnages marquants.
Quoi qu’il se passe ensuite, on sait déjà qu’il ne souhaite plus développer de jeu PvP. Il estime que ce marché est devenu extrêmement difficile et préfère désormais les expériences coopératives PvE, citant notamment le mode Horde de Gears of War 2 comme un modèle toujours aussi pertinent aujourd’hui.
En attendant, une question restera forcément en tête : LawBreakers aurait-il connu un tout autre destin s’il avait misé plus tôt sur la communauté Xbox ? Cette question restera, hélas, sans réponse.