Test – Replaced – À bien replacer dans son contexte

Souvenez-vous, c’était en 2017, un petit jeu en pixel art du nom de Last Night faisait frémir les fans de cyberpunk et de jeux vidéo rétro… pour finalement devenir une arlésienne en quelques années, la faute à de nombreux déboires financiers et techniques. Replaced serait-il son successeur spirituel ? Titre qui partage l’ambiance et l’esthétique du précédent, il a été lui aussi maintes fois reporté, non pas pour d’obscures raisons, mais à cause de la guerre en Ukraine, son studio de développement étant installé à Minsk en Biélorussie. Il aura fallu attendre cinq ans pour voir cette aventure au goût de Blade Runner débarquer sur nos machines. Il est temps de découvrir si cela en valait la peine.
Néons et violence

Dès les premières minutes, on sent que Replaced flirte avec la science-fiction des années 1980. Cette uchronie dystopique bourrée de néons, de bidonvilles futuristes et de corporations machiavéliques nous place dans la peau de Warren au côté de Reach, l’I.A. qui s’est accidentellement téléchargée dans son cerveau. Suite à cet incident, Warren se retrouve à fuir la ville de Phoenix et découvre la misère et la violence qui règnent au-delà du mur d’enceinte de la cité. Sans surprise, on s’aperçoit bien vite que les habitants de la ville exploitent les pauvres et les démunis de l’extérieur, qui sont surnommés les « jetables » et servent de réservoirs vivants d’organes de remplacement pour rallonger la durée de vie des nantis.

Malgré des débuts classiques, le scénario réserve quelques surprises. Warren étant silencieux, on se demande tout du long s’il est encore là, dans sa propre tête, ou si Reach, qui s’exprime et contrôle son corps, l’a totalement remplacé (bien que l’I.A. parle régulièrement à son hôte humain au travers de ses monologues). Les personnages secondaires sont, pour leur part, attachants et bien écrits. Mention spéciale à Susan, la gamine de la salle d’arcade, qui résume à elle seule le ton doux-amer du scénario.
Replaced contient bien sûr de nombreuses références à de grandes œuvres de S.-F., mais, du fait qu’il s’agit d’une uchronie dans laquelle un événement nucléaire a complètement bouleversé l’Amérique dans les années 1980, c’est également un « What If ? » interactif, dans lequel Nixon a mené la révolte contre Phoenix et où la technologie solaire côtoie l’usage du charbon.

Lag

Bien que Replaced comporte de nombreuses séquences narratives, c’est avant tout un jeu d’action/aventure, qui alterne des phases de plateforme, de course-poursuite et de combat. Sans être particulièrement difficile, le titre est trop souvent handicapé par la lenteur générale de ses animations, celle qui les rend plus esthétiques, mais gêne le gameplay. Durant les affrontements, il arrive que Warren attaque le vide car il ne s’est pas retourné assez vite pour se trouver face à son adversaire. Lors du démarrage du premier combat de boss, il a fallu trois appuis sur la touche pause avant que le menu ne s’ouvre. L’ennemi, en revanche, a eu le temps de frapper, lui.

Il arrive également, lorsque certains ennemis se superposent, de se retrouver à ne pas frapper celui initialement visé. Cela entraîne des moments frustrants lors des affrontements, en particulier quand celui qui reçoit le coup par erreur possède une armure qui va immobiliser Warren durant une seconde et le rendre vulnérable. La latence est un frein à un gameplay pourtant étoffé, qui rend les combats vraiment stratégiques. La possibilité de faire feu à condition d’avoir « chargé » son pistolet avec suffisamment d’attaques au corps à corps est une excellente idée, mais, si les balles assurent un « one shot », il est très désagréable de rater son tir à cause des problèmes précédemment évoqués.

Néanmoins, les séquences de plateforme sont sans doute celles qui souffrent le plus de la volonté de Sad Cat Studios de rendre le jeu esthétique au détriment de sa maniabilité. Plusieurs fois durant l’aventure, il faut progresser en évitant d’être repéré par un projecteur ennemi. Il devient alors très difficile d’évaluer précisément à quel moment notre personnage est visible lorsqu’il est à couvert et quand il est parfaitement caché. De même, l’usage d’une peinture jaune « aléatoire » – présente sur certains rebords, mais pas tous – rend finalement une partie des points d’accroche plus dure à repérer au sein des décors.

Pourtant, le titre prend le temps d’installer petit à petit des mécaniques intéressantes : la possibilité de repousser les balles, d’avoir une période de tir illimitée, de sauter plus loin sous certaines conditions… mais qui ne suffisent pas à contrebalancer ses problèmes.
Pixel art

Graphiquement, il n’y a rien à reprocher à Replaced. Même celles et ceux qui assurent ne pas aimer le pixel art pourraient bien réviser leur jugement après avoir mis leurs mains sur le titre ! Non seulement le jeu est beau, mais il fourmille de détails, ses animations et ses effets de caméra sont d’une grande qualité, ce qui renforce le côté cinématographique voulu par ses créateurs, et, surtout, la lumière y est absolument somptueuse. Tout du long, l’aventure nous fait oublier ses pixels pour nous offrir la sensation d’être véritablement plongé dans un film d’action cyberpunk hollywoodien.

La musique est également excellente, digne des meilleures playlists « chillwave 80’s » des plateformes d’écoute. De manière générale, l’ambiance sonore complète et appuie la qualité de l’ambiance visuelle, sans jamais se montrer trop présente. Même lors des affrontements, quand le rythme s’accélère, elle parvient à donner le ton sans prendre le pas sur les bruitages.

Le jeu ne dispose pas de voix, mais est entièrement sous-titré. On regrette, cependant, que les textes comportent souvent des fautes d’orthographe. Il faut en revanche souligner la qualité artistique du menu et son côté rétrofuturiste, entre le smartphone et le walkman. Un objet qui permet de retrouver l’ensemble des quêtes en cours, ainsi que les morceaux de musique et les documents collectés et dont l’apparence et les animations viennent, une nouvelle fois, démontrer le soin apporté à l’ambiance et à l’esthétique du titre par le studio de développement. On aurait juste aimé que le même coup de polish soit apporté à tous les aspects du jeu.
Testé sur Xbox Series X – code fourni par l’agence de presse de l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- Les graphismes
- La musique
On a moins aimé
- La lenteur générale et les lags
- Le manque de lisibilité de certains passages
Conclusion du test de REPLACED
Replaced a beau proposer une esthétique léchée, il se révèle bancal en matière de gameplay. Certes, aucun des points négatifs soulevés durant ce test n’empêche de terminer le jeu ni ne peut se corriger via quelques patchs, néanmoins, l’expérience, en l’état actuel, réserve quelques moments frustrants.