Test – Triangle Strategy – Tactique payante

En avant toute sur les Xbox Series, les PS5 et le Meta Quest
Lorsque Triangle Strategy fait ses premiers pas en 2022 en exclusivité sur Nintendo Switch, c’est dans un contexte particulier pour le genre qu’il représente. Au royaume des tactical-RPG, c’est la disette depuis bien longtemps. Les légendes d’antan ont été reléguées à des souvenirs glorieux, mais le genre semble en désuétude. Depuis, les RPG tactiques ont repris du poil de la bête, peut-être suite au succès de Triangle Strategy. Tactics Ogre a été ressuscité et Final Fantasy Tactics s’apprête à le suivre.
En parallèle, Square Enix poursuit sa politique d’ouverture multiplateforme. Après l’arrivée de Final Fantasy XVI lors de la Summer Game Fest et celle de Final Fantasy VII en 2026, il est temps pour Triangle Strategy de quitter la Switch et le PC pour conquérir de nouveaux territoires, à commencer par celui des consoles de Microsoft. Fans de tactical-RPG, c’est simple, sachez que toutes les autres critiques saluent unanimement ce portage et, spoiler alerte, nous n’allons pas les contredire.
Fer de sel
Commençons par énoncer l’évidence : oui, Triangle Strategy repose une fois de plus sur le moteur HD-2D de Square Enix. Le plan reste toujours le même, donner au titre un grain visuel singulier cherchant à conjuguer passé et présent. Ici, il accomplit à nouveau un petit miracle et allie des airs d’antan à quelques effets bien plus modernes. Les tableaux offerts sont vivants et les affrontements tactiques, qui ont lieu sur des plateaux façon mini-cartes, renforcent l’impression de diorama. C’est beau, c’est bien fait.

Cependant, depuis sa sortie initiale en 2022, plusieurs autres productions usant de la même technique sont sorties. Et, pour cette arrivée en 2025, le titre pêche peut-être par un manque de renouveau. Contrairement à Dragon Quest III HD-2D Remake, qui avait su tirer son épingle du jeu en ayant une identité visuelle forte, Triangle Strategy peine à se distinguer dans un paysage désormais familier.
Afin que l’on puisse s’identifier un peu plus aux amas de pixels se dressant face à nous, signalons que les protagonistes bénéficient d’illustrations somptueuses, accessibles lors des conversations via une simple touche. Ces visuels sont d’ailleurs accompagnés d’une brève fiche de présentation, pratique pour les (re)situer rapidement dans l’intrigue globale.

Cet écrin est sublimé par la musique d’Akira Senju, que vous connaissez peut-être si vous lorgnez du côté de l’animation japonaise. Celui-ci signe notamment quelques bandes originales, comme celle de Full Metal Alchemist ou de la série des Mobile Suit Gundam. Au-delà des lettres de noblesse de son compositeur, la partition mérite vraiment d’être saluée tant elle apporte un souffle épique et réussit le pari d’être marquante.
Bataille de convictions
Outre sa dimension tactique, sur laquelle nous reviendrons après, c’est bien par le volet de sa narration que s’illustre Triangle Strategy. L’histoire y occupe une place centrale, au même titre que la partie gameplay, si ce n’est plus. Plutôt verbeuse, particulièrement bien construite, elle prend place dans le monde de Norzezia.
Celui-ci est divisé en trois royaumes : le royaume de Glenbrook, grenier du continent et attaché aux traditions, le duché d’Aesfrost, qui contrôle les mines de fer et valorise la méritocratie, et les terres saintes d’Hyzante, qui gèrent l’unique source de sel et prône l’égalité.
Après une guerre éreintante entre les trois nations pour le contrôle de ressources que sont le sel et le fer, un équilibre précaire s’est établi entre elles.

Dans ce contexte de paix fragile, le joueur incarne Serenor, héritier de la maison Wolfort, vassal du roi de Glenbrook. Dans le souhait de pérenniser l’entente entre les nations, Serenor fait les frais d’un mariage arrangé avec Frederica de la maison Aesfrost. Si l’aventure commence sous les meilleurs auspices et pourrait laisser croire à un monde manichéen, très vite, tout vole en éclats.
La particularité de cette narration est la nécessité de faire des choix tout au long de l’aventure. Ceux-ci sont orientés selon les grands principes que sont l’éthique, le pragmatisme et la liberté. Parfois insignifiants ou, au contraire, très lourds de conséquences, leurs effets et impacts sont impossibles à prévoir (sauf à aller chercher du côté d’un wiki).

D’autant que la démocratie s’invite aussi dans cette mécanique. Chacune des décisions importantes est soumise aux membres de l’équipe, le joueur ne pouvant décider seul. La seule marge de manœuvre possible est donc de comprendre les motivations de ses compagnons et, si besoin, de les convaincre à changer de point de vue.

Allergiques aux dilemmes, passez votre chemin tant les conséquences d’un choix peuvent être fâcheuses. Mise à dos de vos alliés ou mort d’un personnage sont quelques-unes des répercussions de vos décisions. Triangle Strategy propose donc plusieurs embranchements dans son scénario, qui conduisent à des fins multiples et, bien entendu, à un mode new game +.
Dans sa construction, le scénario n’offre que peu de temps morts. Les chapitres s’enchaînent tambour battant et il n’y a finalement que peu de moments plus posés, ces derniers se limitant à des scènes secondaires qui livrent le point de vue d’autres personnages ou les échos de l’intrigue principale.
L’autre manière d’explorer le récit passe par des infos à glaner lors des phases de recherche et dans des écrits à récupérer ici et là. Comme tout s’imbrique à la perfection, il est vraiment plaisant de suivre l’histoire, même dans ses composantes annexes. Enfin, malgré un scénario prenant et la capacité des J-RPG à nous embarquer dans des monologues ou des cinématiques interminables (comme cette phrase), le rythme est habilement dosé, de sorte que l’on peut soit passer de longues heures sur sa partie soit, au contraire, la scinder en de courtes sessions. Sûrement l’effet Switch…
Stratégie à géométrie variable
Le système de combat est particulièrement grisant et complet, quoique très classique. Adoptant le tour par tour, les affrontements se déroulent sur une grille et sont basés sur les forces et faiblesses des unités selon un système d’archétypes archi connu. Ainsi, les mages font de gros dégâts de zones mais sont de constitution plutôt fragile, tandis que les cavaliers auront une capacité de déplacement accrue, idéale pour prendre l’ennemi à revers… Bref, on est sur une grille de lecture commune, pas de surprise à l’horizon.
Les affrontements se basent sur une mécanique principale, les points d’action. Les compétences et la magie ne dépendent plus d’une jauge de mana, mais de cette ressource unique, simplifiant ainsi la gestion des capacités. Lors de chaque tour, chaque unité gagne un point d’action afin de pouvoir déclencher ses attaques spéciales, buffs et sortilèges. Il s’agit d’un choix de design intéressant, qui élimine des couches de complexité superflues pour se concentrer sur l’essentiel.

La topographie, la disposition des unités ou la météo sont des paramètres importants à prendre en compte dans l’élaboration de sa stratégie. Encercler de part et d’autre un ennemi permet de déclencher des attaques combinées. Frapper dans le dos inflige des dégâts critiques. Positionner ses unités de soutien en hauteur offre une meilleure protection et des dégâts augmentés. Lancer des sortilèges en fonction du temps qu’il fait influe sur leurs effets. Et, point positif, la diversité des situations rencontrées encourage des rotations d’équipes pour parer à toute éventualité.
Chaque unité possède d’ailleurs ses propres caractéristiques et compétences et pourra monter de niveau au fur et à mesure des combats. Dans une moindre mesure, il est possible de les personnaliser avec une gestion d’équipement simplifiée, d’améliorer leur arme ou tout simplement de les faire monter en grade.

Malgré la montée en puissance des unités, le challenge demeure et la dimension tactique reste omniprésente tout au long de l’aventure. À noter que, si la narration n’a pas peur de se débarrasser de ses personnages, il n’y a pas de conséquences à la « mort » d’une unité lors des combats. C’est, à nos yeux, une bonne chose, car cela évite d’ajouter une frustration supplémentaire au système de choix imposé par le titre.

En dehors des affrontements principaux, il existe des « défis annexes » et il est possible de rejouer les combats de l’histoire depuis le campement. Plus que l’occasion de replonger dans des affrontements déjà connus, c’est surtout celle de grappiller au passage quelques précieuses ressources et de l’expérience pour nos troupes. C’est d’ailleurs regrettable qu’il n’y ait pas plus de combats proposés via ces missions annexes. Le campement fait également office de hub entre deux batailles. En son sein, sont accessibles divers PNJ (forgeron, marchand…) et c’est donc le lieu parfait pour personnaliser ses unités, même si le tout reste relativement convenu et simple.
Testé sur Xbox Series X, code fourni par l’éditeur.
Coup de coeur de la rédac !
Le Bilan
On a aimé
- Le moteur HD-2D…
- La dimension tactique
- Le scénario
- Choisir, même si c’est parfois difficile
- Le volet musical qui participe à l’identité du titre
- Xbox Play Anywhere
On a moins aimé
- …qui commence à être un peu usé ?
- La personnalisation limitée des unités
- L’attente qui a été longue
Conclusion du test de Triangle Strategy
Le triangle des Bermudes
Triangle Strategy soigne les deux grandes facettes de son genre, à savoir l’histoire et la tactique. Si le système des combats ne permet pas toutes les fantaisies dans la personnalisation de ses unités, il ne tombe pas dans le piège de vouloir réinventer la roue à tout prix. Les mécaniques sont classiques et solides, il en résulte donc un grand plaisir. Plus que son système de combat, c’est son histoire qui vaut le coup. Histoire dans laquelle il est possible d’avoir un véritable impact avec des embranchements différents et, surtout, qui ne prend pas les joueurs pour des benêts. Si l’on y ajoute un écrin sublime (si vous n’êtes pas allergique à la HD-2D), Triangle Strategy a toute sa place au sein des grands J-RPG.