Test – Shinobi: Art of Vengeance – Un retour réussi

2024, l’année du dragon, 2025, l’année du ninja
Pour nos plus jeunes lecteurs et lectrices, Shinobi se résume peut-être à un side-scrolling trop difficile et mal scénarisé sur 3DS. Mais, ici, les souvenirs sont bien différents… L’année 1993, une Mega Drive prêtée par le frangin, cinq ninjas, des compétences à maîtriser, des échecs (souvent), des crises de nerfs (un peu) et une passion pour le jeu vidéo qui prend forme. Plus de trente ans après, autant dire qu’on était aussi curieux qu’inquiets à l’idée de retrouver Joe Musashi dans une nouvelle aventure.

Entre tradition et modernité

S’il y a bien un titre qui peut se targuer d’illustrer toute la dualité du Japon, c’est celui-là ! Shinobi nous envoie en balade dans des forêts de bambous et des temples shintoïstes pour y combattre des robots et des mercenaires armés de pistolets laser ! Avec un scénario qui, étonnamment, tient la route sans se prendre trop au sérieux. Tout commence alors que Joe et Naoko se préparent à l’arrivée d’un heureux événement, quand soudain, des soldats au service d’ENE corporation débarquent et mettent le village à feu et à sang. C’est l’œuvre d’un grand méchant qui se fait appeler lord Ruse et qui semble vouloir anéantir toute trace du clan Oboro, dirigé par Joe. Ce dernier va alors se lancer dans une sanglante quête de vengeance.

L’histoire nous permet de croiser pêle-mêle des kunoichi, des mutants, des yokaï, des démons, un poulpe géant, des fantômes, des mercenaires, toutes sortes de robots et même la mort en personne ! On retrouve également quelques personnages emblématiques de la saga (comme Yamato), dans un récit qui fleure bon le cinéma d’action des années 1980, le tout servi par une bande son délicieusement rétro. Pour dédramatiser tout ça, on peut compter sur Musashi et son éternel mutisme, que les développeurs se sont amusés à tourner en dérision dans plusieurs scènes savoureuses.

Entre tradition et modernité, parce que Art of Vengeance reprend aussi le concept initial des jeux Shinobi, à savoir un side-scrolling 2D qui mêle plateforme et action, tout en le rafraîchissant avec des stages intermédiaires très funs, des options d’accessibilités bienvenues et, évidemment, des graphismes tout neufs. Si le récent Ninja Gaiden Ragebound a fait le choix du pixel-art, Shinobi opte, lui, pour une animation à la Street of Rage 4 (logique, puisqu’il s’agit du même studio français à la réalisation), avec un style de toute beauté qui évoque le sumi-e japonais. Cela dit, si on laissait notre mauvaise foi s’exprimer, elle dirait sans doute qu’au moins, en 8 bits, les hitbox des pièges étaient bien visibles et moins traitresses qu’avec des graphismes modernes. Mais sans doute est-ce l’influence d’une longue suite d’échecs qui parle…

Murasame

Eh oui ! Que les puristes se rassurent, car, si le jeu est plus accessible, il n’est pas forcément plus facile. De fait, tout est paramétrable afin de permettre à chaque joueur et joueuse de vivre l’expérience qui lui convient le mieux. Cependant, si la puissance des ennemis peut être ajustée, les pièges, eux, sont toujours aussi redoutables. Il leur faudra peut-être plus de temps pour vider entièrement la barre de vie d’un Joe boosté, mais certaines séquences de plateformes, qui impliquent une concentration totale et une connaissance fine du niveau, vont tout de même mettre les nerfs des moins patients à rude épreuve.

Côté arsenal, Musashi retrouve son fidèle katana et ses kunai. Manette en main, le personnage réagit au doigt et à l’œil, et c’est un vrai plaisir d’enchaîner les combos et d’effectuer des exécutions dévastatrices. Si l’aventure débute avec un panel d’actions limité (attaque faible, forte et esquive), de nombreuses compétences et techniques se débloquent au fil du jeu. Elles sont soit cachées dans des coffres disséminés à travers les niveaux, soit achetables à la boutique des yokaï ou bien liées à un événement de l’histoire.

Parmi celles-ci, les ninpô sont des attaques magiques redoutables, qui permettent souvent de se sortir de situations difficiles en cassant le bouclier d’un ennemi ou en faisant pleuvoir les kunaï. Cela dit, les plus intéressantes restent les techniques de ninjutsu. Obtenues au compte-goutte via le scénario, elles sont au nombre de quatre et soumises au niveau de rage de Joe. Celui-ci grimpe en encaissant des attaques ou grâce aux rares orbes rouges abandonnés par les ennemis vaincus. Le ninjutsu permet souvent de renverser le cours d’un affrontement, en éliminant immédiatement les adversaires les plus faibles ou en restaurant totalement la santé de Musashi.

Le shinobi peut également s’équiper d’amulettes qui offrent tout un éventail de compétences passives, telles que de la régénération de santé ou des bonus de puissances qui se déclenchent généralement au bout d’un certain nombre de coups, afin d’encourager les combos longs. Il n’est cependant possible d’en porter que deux en même temps.

Shinobivania

Bien que les différents niveaux ne soient pas liés les uns aux autres, le jeu adopte certains codes du metroidvania, via des zones bonus qu’il est impossible d’atteindre avant d’avoir obtenu certains pouvoirs. Le 100 % demandera donc de retourner explorer des lieux déjà visités une fois certains gadgets obtenus, comme les griffes qui permettent d’escalader les murs ou le parapente. S’y rendre représente déjà un défi en soi, et si parfois on y trouve un coffre contenant une relique ou un costume pour notre ninja, il arrive aussi qu’elles mènent à une autre épreuve, encore plus ardue. Il pourra s’agir d’un affrontement contre les sbires d’élite d’ENE corp ou bien un portail vers les terribles failles de l’Ankou, qui sont sans doute les épreuves les plus difficiles du jeu.

Pour se déplacer entre chaque grande région, Musashi chevauche toutes sortes de véhicules ou de créatures à l’occasion de séquences de courses particulièrement fun. Même en cas d’échec à ces épreuves, il est possible de poursuivre l’aventure, mais cela signifie se passer des artefacts bien utiles par lesquels le jeu récompense leur accomplissement. Contrairement aux niveaux classiques, pas de boss à combattre ici, mais des sauts millimétrés et un scrolling qui s’accélère de plus en plus à mesure que l’on progresse. Pas simple, mais gratifiant.

Art of Vengeance peut compter sur un level design aux petits oignons, qui rend la progression très intuitive sans pour autant tenir la main de ses joueurs et joueuses. On a quelques fois été gênés par des éléments de décor au premier plan, parce qu’ils masquaient un ennemi, mais ces cas sont restés très anecdotiques. Le menu propose une carte des lieux déjà découverts du niveau en cours, avec un système de couleur qui permet de savoir ce qui nous attend dans la prochaine salle : le violet indique généralement un secret, le jaune un boss.

Itonjutsu

Les douze niveaux différents qui composent le jeu sont variés et plutôt vastes. Heureusement, il est possible de se téléporter vers n’importe quel point de passage préalablement débloqué, pratique lorsqu’on a oublié d’explorer une salle au tout début d’un tableau. Ces points de passage, représentés par un autel du clan Oboro, sont aussi l’occasion, lorsqu’ils sont franchis pour la première fois, de régénérer la santé de Joe et d’offrir un point de résurrection en cas de mort.

Si, metroidvania oblige, le jeu comporte beaucoup de mécanismes à activer afin de progresser, on regrette tout de même que la petite animation qui montre leur déclenchement ne mette pas en pause les ennemis, ce qui peut conduire Musashi à se faire cogner « hors champ ». D’ailleurs, c’est un peu la même chose pour les animations de coups spéciaux ou de ninpô. Certaines nous empêchent d’avoir la main sur le personnage le temps qu’il termine sa technique, avec pour conséquence de ne pas pouvoir le rétablir avant qu’il ne tombe dans le vide ou sous la lame d’un autre adversaire. Un peu dommage pour un jeu qui est un plaisir de réactivité le reste du temps.

Une grosse dizaine d’heures seront nécessaires pour terminer l’aventure en difficulté « shinobi » (normale), mais il faudra en compter beaucoup plus afin d’atteindre le 100 %, qui implique des boss secrets, des coffres cachés et des épreuves de vitesse plutôt cruelles. Tout le monde ne parviendra pas à relever le défi, mais les niveaux de ce Shinobi : Art of Vengeance sont un tel plaisir à parcourir qu’essayer reste un vrai bonheur.
Testé sur Xbox Série X, code fourni par l’agence de presse de l’éditeur
Le Bilan
On a aimé
- La direction artistique
- Les niveaux intermédiaires
- La variété des combos
- La rejouabilité des niveaux
On a moins aimé
- Les séquences de sauts frustrantes
- La latence après une attaque spéciale
- L’aspect die and retry des failles de l’ankou
Conclusion du test de SHINOBI: Art of Vengeance
Une suite réussie
Comme il l’a fait avec Street of Rage 4, le studio Lizardcube nous propose un vrai renouveau de la franchise Shinobi, qui offre à la fois un retour aux sources de ce qui a fait son succès et une mise à jour adaptée aux joueurs et joueuses d’aujourd’hui. Art of Vengeance va sans nul doute, comme son ancêtre, faire naître une génération de passionnés de la run parfaite ! On lui pardonne aisément ses petits défauts tant le jeu se montre convaincant manette en main. Le retour de Joe Musashi est clairement une réussite.