Test – Tails of Iron 2 : Whiskers of Winter – Un Souls-like 2D avec rats et compagnie

Winter is coming
Une bonne louche de boss imposants, quelques pincées de magie et un soupçon de roulade : telle est la recette de Tails of Iron 2. Il s’agit bien d’un deuxième service puisque le plat a déjà été servi une première fois il y a quelques années. Face à la multitude de productions qui sortent en prétendant une connexion plus ou moins directe avec les créations d’Hidetaka Miyazaki, cette suite démontre qu’il existe un certain engouement pour cette licence. Les rats sont de retour et ont remis leur préparation au goût du jour en espérant ne pas nous laisser sur notre faim.

El rata alada
Si vous n’avez pas mis les pattes sur le premier épisode (comme ce fut mon cas), il est peut-être utile de replacer Tails of Iron dans le paysage vidéoludique. Succès de la scène indé sorti en 2021, l’œuvre se présente comme un action-RPG en 2D estampillé du macaron souls-like, ce qui attire forcément l’attention. Au-delà de l’argument marketing largement dévoyé, Tails of Iron séduit par son esthétique singulière très “BD” et son univers médiéval où rats et grenouilles s’affrontent pour le contrôle des territoires.
Voyons maintenant sa suite. Il s’agit d’un deuxième opus, certes, mais qui peut être apprécié de manière totalement indépendante par rapport au premier épisode. À la guerre entre les rats et les grenouilles succède une nouvelle menace : les chauves-souris. Bien plus redoutables que les affreux batraciens, ces chiroptères, oubliés et relégués au rang de mythes par nos amis rongeurs, ressurgissent et attaquent la forteresse du nord, l’Orée hivernale qui protège les royaumes. Cela vous rappelle quelque chose ? Ce n’est pas le seul clin d’œil appuyé à d’autres œuvres.

C’est sous les traits d’Arlo, bâtard du roi des rats confié à la bonne garde de l’Orée hivernale, que l’on évolue dans les pas de notre père adoptif, commandant des lieux. Malheureusement, ce dernier meurt tragiquement après l’assaut surprise des chauves-souris. Devinez qui va devoir le remplacer ? Oui, la trame est cousue de fil blanc, nous sommes une fois de plus l’élu et le pitch reste très sommaire. Pour autant, c’est joliment narré, avec quelques bonnes idées de mises en scène et on prend plaisir à suivre les aventures d’Arlo.

Le volet narration est d’ailleurs porté par la voix anglaise de Geralt de Riv, Doug Cockle qui effectue un travail impressionnant. Il apporte beaucoup en donnant vie aux situations, puisque les communications entre les personnages se font uniquement par de petites illustrations sous forme de bulles de BD. Et, coïncidence, le look de notre héros n’est pas sans rappeler celui du fameux loup blanc. Seule ombre au tableau, la présence de sous-titres qui cachent parfois l’action lors de certains affrontements, mais nul doute qu’une mise à jour viendra régler cet écueil.

Visuellement sublime, la direction artistique est très réussie. Elle a ce petit quelque chose, cette patte particulière, peut-être héritée de décors et de personnages dessinés à la main ? On prend plaisir à les découvrir et ils ont tous un look mémorable. Le travail sur les arrière-plans mérite également d’être souligné, tant ils grouillent de vie et sont souvent aussi détaillés que les premiers plans. Quant à l’ambiance qui se veut assez sombre et mature, elle offre bien plus que ce qu’elle laisse présager avec des moments drôles, voire même touchants.
Ratatouls
Avec des références implicites aux productions de FromSoftware, la dimension combat occupe, bien entendu, une part importante de l’aventure en cherchant à inventer sa propre formule magique. Ceux qui s’y sont risqués savent combien l’exercice peut être périlleux.
Se pose en premier lieu la question de la maniabilité. Les animations semblent un peu hachées, un peu lourdes, presque saccadées. Manette en main, il faut un temps d’adaptation, mais on finit par s’y faire et la crainte d’une certaine inertie disparaît peu à peu. Le plus grand apprentissage réside dans la gestion de l’espace entre les adversaires et Arlo, ainsi que dans la portée des attaques. Avec des ennemis à l’allonge souvent plus importante que la sienne, il faudra savoir combler la distance et maîtriser le panel de coups qui permet de bondir sur l’adversaire, en calculant bien pour le faire au bon moment.
Pour le déroulement des affrontements, les développeurs reprennent une mécanique bien connue des joueurs : les monstres annoncent leurs attaques. Ainsi, une attaque auréolée de rouge doit être esquivée, une jaune peut être contrée, tandis qu’une blanche indique une attaque à distance qu’il est possible de bloquer. La fenêtre de timing pour contrer est assez large, ce qui permet à tout le monde de réussir avec un peu d’entraînement. Contrairement à l’une de ses inspirations, Tails of Iron 2 n’importe pas de jauge d’endurance et se base sur un système classique de combos avec des respirations.
L’ensemble fonctionne plutôt bien et rend les affrontements chorégraphiés, même si les patterns des boss restent prévisibles.

Le système de jeu n’introduit pas de points de caractéristiques et le côté RPG s’appuie sur un duo de mécaniques : la gestion d’inventaire/loot et le principe de résistances et de faiblesses des ennemis. Il y a ainsi une gestion de l’équipement, et donc de poids, qui va influer sur la grâce qui sied à Arlo et sur son niveau de protection et de dégâts.
Pour se débarrasser des légions de chauves-souris, batraciens et autres monstruosités, Arlo brandit épée, lance, hache, arme à distance et envoie quelques sortilèges. Le tout fonctionne sur le système d’affinités élémentaires selon les ennemis. Sur le papier, c’est plutôt bienvenu. Dans les faits, notamment au début de l’aventure, on se retrouve souvent à préparer chaque combat tel un certain sorceleur. Cependant, en fonction des zones, cette préparation est rapidement mise à mal, puisqu’une même catégorie d’ennemis ne semble pas souffrir des mêmes faiblesses. Notre ami ne pouvant équiper plusieurs sets d’armes à une ou à deux mains, il faut alors mettre le jeu en pause pour chercher dans l’inventaire l’arme pouvant accomplir quelques dégâts supplémentaires à l’ennemi en face de lui. Procédé un poil fastidieux !
Justement, parlons des ennemis. Le bestiaire est l’un des points forts de l’aventure, que ce soit par la diversité des adversaires ou les stratégies qu’ils adoptent. Un réel effort est fait pour éviter les clones et pour ne pas reproduire les mêmes situations, même si la nature du genre veut qu’il y ait un peu de répétition.
Reste, pour le dessert, la question de la difficulté et de l’équilibrage. En réponse, sachez qu’Odd Bug a intégré au titre des modes de difficulté, dont un facile dans lequel les ennemis infligent moins de dégâts et ont tout simplement moins de vie. Quant à l’équilibrage, le début de l’aventure semble plus éprouvant que l’épilogue. En effet, à la fin, il est moins nécessaire de préparer chaque combat. Cela s’explique par l’apprentissage de la maniabilité et les options mises à disposition qui s’élargissent : sorts, armes à distance et toutes les améliorations apportées par notre campement. Avec ces éléments, le tout se déroule évidemment mieux.
Hollow Knight, c’est toi ?
Une autre facette du gameplay consiste en une forme d’exploration, agrémentée d’un poil de gestion. Ces aspects restent assez simplistes et s’intègrent dans une progression linéaire. En résumé, au cours de son périple, Arlo est amené à régler les problèmes des royaumes, tout en reconstruisant petit à petit l’Orée hivernale qui lui sert de camp de base.

Par son esthétique sublime entièrement illustrée à la main, par les environnements parcourus, on se plaît à croire qu’on a affaire ici à un metroidvania. Malheureusement, il faut bien se rendre à l’évidence, ce n’est qu’un mirage, même si les zones bénéficient pourtant bien de quelques secrets et divers recoins. Le début du jeu laisse entrevoir une certaine mobilité pour notre rat en le dotant d’un grappin et en implémentant des dégâts de chute (si, si et c’est peut-être l’un des pires ennemis du jeu). Mais finalement non, la plupart des niveaux n’utilisent pas la verticalité.
Au fil de l’eau, notre rongeur n’acquiert pas d’autres capacités majeures qui vont lui ouvrir des chemins cachés. De plus, pas besoin d’annoter la carte, puisque l’objectif est toujours clairement indiqué. Enfin et surtout, on ne retrouve pas ce sentiment de perte et de (re)découverte propre aux métroidvanias.

On retourne d’ailleurs dans les différentes zones pour accomplir quelques missions secondaires assez anecdotiques, qui consistent principalement à chasser certains types de créatures. Ces quêtes sont surtout un prétexte pour renforcer notre camp et, par la même occasion, les capacités d’Arlo. Construire une cuisine redonne un peu de lustre à l’Orée Hivernale, mais est aussi utile pour augmenter la barre de vie. Idem pour les autres boutiques, telles que la forge, qui permettent d’améliorer l’équipement. Ainsi se dessine la composante gestion où il faudra recueillir des types de matériaux pour restaurer la forteresse.
Le prix n’est jamais un bon argument dans l’appréciation d’une œuvre, mais Tails of Iron 2 est proposé à une vingtaine d’euros et s’offre même un bundle avec le premier volet. Il faut compter un peu plus de dix heures pour en voir la fin et compléter les quêtes secondaires.
Testé sur Xbox Series X
Le Bilan
On a aimé
- La mécanique des combats qui fonctionne bien
- La très jolie direction artistique
- Le narrateur Doug Cockle qui apporte vraiment…
On a moins aimé
- …même si certains sous-titres entravent la lisibilité de l’action
- L’exploration et la gestion qui mériteraient plus
- Les dégâts de chute injustes (oui, il fallait bien le mentionner)
Conclusion du test de Tails of Iron 2 : Whiskers of Winter
Un, deux, trois ?
Tails of Iron 2 reprend une formule éprouvée de l’action-RPG, tout en présentant une direction artistique en 2D très soignée et en bénéficiant même de la voix de Geralt de Riv. Mis à part quelques ajustements d’ergonomie, la composante des combats, qui constitue le cœur de son gameplay, est rodée. L’exploration et la gestion laissent entrevoir un potentiel bien supérieur à ce qui est offert actuellement. Ainsi, au-delà du bon jeu que l’on peut vous conseiller sans sourciller, la licence Tails of Iron pourrait devenir bien plus, à condition d’exploiter davantage ces autres facettes. Comme on dit, jamais deux sans trois.