Test – Cuisineer – Une recette imparfaite malgré de bons ingrédients

La meilleure blague en cuisine, c’est la farce !
Est-ce la curiosité ou une envie gourmande qui vous a mené jusqu’ici ? Quoi qu’il en soit, votre appétit vidéoludique risque d’augmenter à cause des développeurs singapouriens de Battlebrew Productions. Ces derniers viennent tout juste de mijoter une nouvelle aventure à la sauce roguelike, genre très apprécié de nos jours puisque de nombreuses déclinaisons flambent régulièrement. L’originalité de Cuisineer est de proposer une expérience solo inédite, alliant action et gestion, dans un univers gastronomique assurément mignon. Il va sans dire que nous avons du pain sur la planche pour détailler les composants de ce jeu, alors ne poireautons pas plus longtemps !

Comme un chef
Pom c’est pas un homme et pas une femme, mais c’est tout un programme ! L’héroïne, à l’apparence humaine mais avec des oreilles et une queue de chat, illustre parfaitement la direction artistique de Cuisineer. En quelques mots, disons que c’est charmant et décalé ! Dès les premières zones, la joueuse ou le joueur prend place dans un univers dynamisé, en partie grâce à l’utilisation de couleurs vives. N’importe quel arbre, maison ou personnage participe à créer un ensemble attrayant qui ne peut que séduire un large public. Précisons que le titre est classé PEGI 7 et qu’il demeure donc assez accessible pour les plus jeunes, bien qu’il y ait beaucoup d’informations à lire et à comprendre. Heureusement, les textes sont traduits en français !
L’aventure commence lorsque Pom retourne à Paell, son village d’enfance, après avoir reçu un courrier de ses parents. Une fois arrivée à l’intérieur du restaurant familial, notre héroïne déchante car les mauvaises nouvelles s’accumulent rapidement. Ses proches sont partis faire un tour du monde et l’établissement, le prestigieux Palais de la patate, semble complètement à l’abandon. Mais surtout, ils ont laissé derrière eux d’énormes dettes financières que la jeune fille doit rembourser. Sympa la mif !

Néanmoins, Pom peut compter sur l’appui de Biscotte, une amie de longue date qui va clairement l’aider à mettre du beurre dans les épinards. En effet, pour rembourser les sommes dues, notre héroïne doit parvenir à reprendre l’activité familiale malgré des connaissances culinaires limitées. Les habitants du patelin sont impatients de pouvoir revenir déguster les nombreux petits plats, et il ne faut pas les décevoir. Face à cette demande, il apparaît urgent de trouver des ressources et des recettes afin de réussir à faire tourner la boutique…
L’histoire du jeu est assez basique, mais demeure plaisante à suivre. Nous éprouvons immédiatement une certaine empathie envers Pom, comme lorsque Saule, le menuisier, lui offre gracieusement une première petite table et un tabouret pour permettre l’ouverture du restaurant. D’une manière générale, les villageois sont plutôt drôles et charismatiques dans leur genre, avec leurs traits évoquant certains mangas ou animes japonais. Il n’y a, en revanche, aucune mise en voix de leurs dialogues. Seules de discrètes musiques viennent chatouiller nos oreilles lors de l’aventure. Attention car les guilis risquent, au fil du temps, de se transformer en un petit supplice auditif du fait de leur répétitivité.

Il est temps de se lancer dans le grand bain(-marie) et d’évoquer ce que le joueur doit faire afin d’atteindre l’objectif de sauver le restaurant familial. Le système de jeu de Cuisineer permet d’alterner entre deux types de phases : la première consiste à récupérer des ingrédients et des matériaux dans des donjons dangereux, tandis que la seconde amène à servir des plats à tout va aux différents clients gourmands à l’intérieur du bistrot. Un joli menu sur le papier, bien qu’un poil (de carotte) aventureux pour une apprentie restauratrice, vous ne trouvez pas ?
Le goût de la vie
Puisqu’il n’y a pas de supermarché à Paell, direction la sortie du village afin de rallier l’une des zones du monde de Cuisineer. Si les ruines verdoyantes constituent la seule région explorable au début du jeu, d’autres endroits plus intéressants (et dangereux) se débloquent au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire principale. Cependant, ne vous attendez pas à découvrir des sites surprenants, parce que les biomes visitables restent très classiques pour un jeu vidéo.

Toutes les ressources nécessaires au bon fonctionnement du restaurant sont à récupérer au sein de donjons générés de manière procédurale. La disposition des lieux varie à chaque sortie, mais un sentiment de redondance apparaît inéluctablement après plusieurs sessions de jeu. Cela est dû à l’architecture des niveaux, puisqu’ils restent très linéaires et qu’il n’y a aucun trésor particulier à récupérer en sortant des sentiers battus. D’ailleurs, une petite carte des lieux se dévoile progressivement à droite de l’écran en fonction des déplacements de Pom. Elle n’a pas d’autre utilité que celle d’indiquer au joueur les chemins déjà empruntés. Quant à la vue isométrique, elle permet d’afficher clairement à l’écran les éléments collectables, les différents pièges et aussi les nombreux ennemis.
Le monde de Cuisineer ne consiste pas seulement à préparer de douces poêlées de champignons ou des tempuras aux légumes. Il existe de nombreuses créatures hostiles autour de Paell. Le joueur va donc devoir s’équiper de divers ustensiles, comme une spatule, afin d’affronter ces monstres coriaces. Le gameplay est assez basique avec une touche pour frapper un adversaire, une autre correspondant à l’esquive et une dernière dans le but d’utiliser un pouvoir spécial. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la difficulté est assez relevée dans le jeu. Nous vous invitons à commencer en mode normal afin de tester votre agilité, mais des options d’aide peuvent être sélectionnées à tout moment pour réduire, entre autres, la quantité de dégâts subis.

Chaque donjon est composé de six niveaux, ou plutôt étages, car il faut traverser une sorte d’escalier pour passer d’un plan à un autre. Les ennemis, qui prennent l’apparence d’animaux ou de légumes maléfiques, sont assez mobiles et cherchent toujours à s’approcher de Pom. Certains peuvent lancer des flammes afin de la brûler temporairement, tandis que d’autres sont capables de souffler de grosses rafales de vent pour tenter de la faire tomber dans un précipice. Cependant, les bestioles les plus dangereuses restent les boss que l’on rencontre près de la sortie. Ils disposent d’attaques qui évoluent en fonction de la quantité de vie qu’il leur reste. Notons que ces combats sont plutôt longs au début de l’aventure, quand notre armement et nos pouvoirs ne sont pas encore assez développés.

D’ailleurs, un élément nous a particulièrement déçus avec ce système. Lors d’une victoire contre un gros ennemi, un coffre apparaît au centre de l’arène. Or, il ne contient que des ingrédients ou des équipements basiques. En ajoutant le fait que le sac de l’aventurière se remplit vite, la progression durant les premières heures de jeu est plutôt fastidieuse et peu gratifiante. Il faut ainsi multiplier les excursions dans les mêmes donjons pour espérer glaner quelques pièces pour le restaurant. De plus, sachez que, si la jauge de Pom est réduite à néant durant un combat, vous perdrez toutes les ressources collectées lors de votre session. C’est probablement pour éviter des jets de tomates que les développeurs ont intégré un bouton de téléportation vers Paell, activable à tout moment mais réclamant quelques secondes pour se déclencher.
Le grand restaurant
Lorsque le réfrigérateur du restaurant est bien rempli, il est nécessaire d’ouvrir l’établissement afin d’écouler les marchandises et de gagner de l’argent. Dès lors, on passe à un mode plus proche d’un jeu de gestion. Pom doit commencer par choisir la façon dont elle va placer les tables et les chaises. Un éditeur, facile à prendre en main, affiche le quadrillage au sol pour tenter d’optimiser l’espace disponible. Il faut évidemment prendre en compte certaines contraintes, comme le fait que la caisse et la poubelle ne peuvent pas être déplacées.

Une fois que nous sommes prêts, il suffit d’ouvrir le restaurant pour que les clients se pressent à l’intérieur. Les premiers arrivés vont s’asseoir à l’une des places disponibles et indiquent ce qu’ils souhaitent manger. Pom doit alors préparer le plat au niveau des plaques ou du four. Les commandes en attente sont affichées comme dans une liste et le joueur doit simplement choisir quelle recette il souhaite lancer. Il ne peut y avoir qu’une seule recette en cours de cuisson, ce qui signifie qu’il faut prendre en compte les temps de préparation pour ne pas perdre de fidèles habitués. Ces derniers, dès leur repas terminé, quittent l’établissement en payant l’addition et, parfois, en donnant un pourboire. Toutefois, si Pom ne prend pas les versements manuellement, il peut arriver qu’un individu sorte sans payer. Inutile de chercher le numéro de la police pour signaler un vol, les poulets ne font pas la loi à Paell… (merci à AlexMoon pour cette contribution !)

Cuisineer propose un système temporel assez étoffé, qui permet de développer des stratégies pour rentabiliser les sessions d’ouverture du restaurant. Lors des heures du déjeuner, du goûter et du dîner, l’affluence augmente nettement, beaucoup plus qu’en temps normal. Ainsi, il faut multiplier les commandes et tenter de ne pas laisser repartir un client qui n’aurait pas de place assise pour se restaurer.
Au-delà du Palais de la patate, le calendrier de Paell indique au joueur les événements importants du village. L’histoire débute au printemps, une saison qui comprend certaines fêtes précises en lien avec la floraison. Les clients seront plus enclins à venir manger au restaurant lors de ces journées exceptionnelles s’ils savent que des plats à base de légumes leur seront proposés, par exemple. Cela a également un impact sur la réputation de notre établissement, qui augmente de niveau en fonction du degré de satisfaction. En atteignant une certaine renommée, des habitants plus fortunés viendront dépenser leurs pièces d’or et nous enrichir plus rapidement. Ah, la belle vie capitaliste…
L’aile ou la cuisse
Si la quête principale revient à rembourser la dette familiale, il existe de très nombreuses missions secondaires qui permettent d’obtenir de nouvelles recettes. Il suffit pour cela de parler régulièrement aux villageois pour en apprendre plus sur la vie à Paell et leurs différentes envies. Cependant, les menus du jeu sont assez brouillons et n’affichent pas toujours efficacement les éléments permettant de mener à bien les objectifs. Les ingrédients que réclament parfois certains habitants ont un visuel trop petit. De plus, les moments où l’on doit déplacer les ressources de notre sac au réfrigérateur ou au coffre de notre chambre souffrent de petits soucis d’ergonomie.

En évoquant ce sujet, il est indispensable d’aborder un autre point très frustrant de l’expérience Cuisineer. Pour passer d’un espace à un autre, le jeu affiche une image fixe qui se colore en fonction de l’avancement du chargement. Si cela ne dure que quelques secondes, il faut avouer que notre patience a été trop sollicitée du fait que l’on change très fréquemment de zone. Ne serait-ce que pour sortir de son lit à chaque début de journée : boum, un moment d’attente… Il y a de quoi tomber dans les Pom !
Une (maigre) consolation, autre que celle de se ruer sur une tablette de chocolat pour soulager sa peine, peut être trouvée dans tous les éléments personnalisables à acheter. Il existe plusieurs marchands itinérants à Paell, qui permettent de modifier la tenue de Pom, de s’offrir de nouvelles armes ou de décorer le restaurant à l’aide de tableaux et de tapis. Si ce concept de customisation vous plaît, vous risquez de devoir passer de très nombreuses heures sur Cuisineer.

L’histoire peut s’achever au bout d’une bonne trentaine d’heures, mais cela ne marque pas nécessairement la fin de la partie puisqu’il est possible de poursuivre l’aventure et le développement du restaurant. Les chasseurs de succès pourront commencer leur digestion après une bonne dose d’épreuves supplémentaires, notamment les défis de ligue, qui requièrent un certain savoir-faire culinaire vidéoludique. Bon, je vous laisse, c’est l’heure du casse-croûte !
Testé sur Xbox Series S, code fourni par l’éditeur.
Le Bilan
On a aimé
- L’univers coloré et charmant, à savourer sans modération
- Le challenge proposé plutôt épicé, même avec les options d’aide
- Les innombrables possibilités pour personnaliser son restaurant
On a moins aimé
- Les longs temps de chargement entre deux zones
- Les maigres récompenses après avoir vaincu un boss
- Le manque de clarté de l’inventaire et des menus du jeu
Conclusion du test de Cuisineer
On ne peut pas toujours être au four et au moulin !
Cuisineer est le parfait exemple du jeu qui manque de cuisson pour être totalement savoureux. Le concept central, qui consiste à développer son restaurant en collectant des ressources dans des donjons, est assez alléchant de prime abord. En outre, les décors chatoyants et les personnages atypiques ajoutent leur grain de sel à l’amusement ressenti. Toutefois, le système de progression laisse un arrière-goût désagréable, car il génère une sensation de répétitivité trop prononcée. Et sans en faire tout un fromage, il est évident que les incessants temps de chargement risquent d’agacer de nombreux joueurs ! L’addition peut paraître un peu salée, mais le titre ne mérite pas encore d’obtenir sa première étoile au guide Xboxygen.