Test – Humanity – Une expérience à essayer

Un puzzle-game qui a du chien
Ovni vidéoludique en provenance du pays du Soleil Levant, Humanity est un puzzle-game et la création des studios tha ltd. et Enhance. Si les noms de ces studios ne vous parlent pas, peut-être avez-vous entendu parler de Yugo Nakamura ou Tetsuya Mizuguchi, ou joué à certaines de leurs créations comme Rez ou encore Tetris Effect.
Lors de son reveal au sein du Playstation Showcase, Humanity s’est démarqué grâce à une vision artistique très tranchée. Pour vous donner une idée de celle-ci, c’est un peu comme l’une de ces webcams à l’autre bout de la planète qui filme des foules marchant inlassablement à toute heure de la journée. Étrange.
Au-delà du concept visuel, une fois la surprise passée, est-ce que ce c’est plaisant à jouer ou est-ce que ça se repose sur une simple idée ? Pas de faux suspense, Humanity est un très bon jeu qui est de plus, dispo dans le Gamepass depuis cette fin du mois de mai. Avis donc à tous les amateurs de puzzle-game et aux autres.

Guggenheim Museum
Humanity, c’est en premier lieu une rencontre étonnante. L’esthétique y est très épurée, très minimaliste dans son rendu, quasi monochrome, presque cubique. Au milieu de ces environnements et en contradiction avec ce théâtre de zénitude, une foule de personnes grouille. Elles avancent inlassablement, sautent, nagent et se soumettent à tout un tas de directives dans un ballet absurde. Ces corps soumis à la physique complètent ces décors pour former d’étranges panoramas.

Cette esthétique confère à l’œuvre un parti pris artistique qui peut tout autant attirer que rebuter. Dans tous les cas, il convient d’accorder qu’il s’en détache une identité visuelle claire, abstraite, presque art moderne. Cette plastique sert ici le level design et joue principalement sur la perspective des environnements. Certains décors ressemblent à de véritables casse-têtes, d’autres semblent d’une affligeante simplicité et le jeu se plaît à nous induire en erreur sur leur complexité. Les niveaux se construisent avec maestria, aussi bien en verticalité qu’en horizontalité.

L’ambiance sonore est, elle aussi, dans son plus simple appareil, quasi édulcorée, réduisant parfois les sonorités à une succession de bips ou à des sons très englobants. La proposition du compositeur nippon Jemapur renforce de manière sûre le côté psychédélique de l’œuvre, même si, là aussi, elle ne plaira pas à tout le monde. Comparaison n’est pas raison, mais pour autant, le thème de Squid Game peut vous donner un bref aperçu du rendu musical.
Si l’on s’est beaucoup attardé sur le packaging d’Humanity, quel est son concept ? Il est relativement simple puisqu’il consiste à guider une foule de personnes d’un point A vers un point B au travers d’un peu moins d’une centaine de niveaux.
C’est sous la forme d’un Shiba Inu que l’on effectue cette tâche et que l’on guide tout ce flux d’humains. Pour reprendre une image caricaturale, c’est un peu le chien de berger guidant le troupeau, aboyant ses ordres en tournant autour de la foule.
Ici, nulle crainte de perdre l’un de vos petits moutons, il n’y a pas de pénalités à faire prendre un mauvais chemin à vos ouailles, tous les flux se générant imperturbablement dans une boucle infinie. Chaque stage démarre en vous indiquant la porte d’entrée et en vous présentant le point de sortie. Il s’y greffe très rapidement un objectif “secondaire”, une idole dorée appelée Goldy qu’il faut également guider. Contrairement au reste des humains, cette idole, elle, peut mourir et doit être présente dans le peloton de tête en fin du niveau sous peine de ne pas être comptabilisée. Mission “secondaire” puisque la progression du scénario demande d’atteindre un quota de Goldy pour chaque séquence de niveaux. Cela débloque l’épreuve finale de chaque “monde”.

Petit bonus, au-delà de leur utilité en mode histoire, les Goldy débloquent des récompenses en fonction du nombre récupéré. Les premières récompenses sont vraiment bienvenues et sont “offertes” à tous les joueurs qui progresseront dans le mode scénario : accélération des mouvements de la foule, possibilité de recommencer les niveaux en conservant les commandes déjà mises en œuvre dans un niveau en cas de blocage, possibilité d’explorer le niveau en caméra libre… Par la suite, elles sont moins reluisantes, plus anecdotiques et n’impactent plus le gameplay et le “confort” du joueur.

Humanity propose aussi un mode “scénario” qui ajoute une couche narrative à l’ensemble. Pourquoi la figure du Shiba Inu comme “guide” pour ces êtres ? Notre chien revêt une forme fantomatique et entend des voix qui lui demandent d’amener vers la “lumière” les humains. Est-ce qu’on doit y voir une forme de spiritualité, un lien avec le shintoïsme, Dieu ? Qui sont ces voix ? En totale opposition avec ce mysticisme, on retrouve des accents du monde de la science, les voix nous parlant d’épreuves et de tests, et il y a cet aspect “chirurgical” dans la direction artistique. Cela questionne le joueur sur le message global du titre tout le long de son aventure.
Bodies
Au fur et à mesure des tableaux, les mécaniques se diversifient et le challenge se corse. Les situations offertes se multiplient, les capacités de notre avatar canin voient leur panoplie s’étoffer et, si les premières directives ne concernent que la direction empruntée par les humains, il est très vite possible de les faire sauter, de scinder les flux et bien d’autres choses…

L’environnement évolue aussi, introduisant des fonctionnalités vues et revues au sein du jeu vidéo, mais les présentant toujours de manière habile. Au programme : déclenchement d’interrupteurs, mouvement de blocs et autres ventilateurs sont quelques-unes des surprises qui attendent le joueur. On teste, on expérimente, on apprend des mécaniques et on recommence. La résolution d’un casse-tête fait son petit effet, gratifiant l’intellect et flattant l’ego au passage.
Pour les défis les plus retors, le titre a le bon goût de ne laisser personne au bord du chemin, la solution de chaque niveau étant disponible en vidéo. Si elle ne détaille pas comment obtenir les objectifs secondaires, elle a le mérite de constituer un bon compromis et d’éviter la frustration. D’autres options d’accessibilité sont de mise comme celles apportées par les Goldy. Il est, par exemple, possible de retenter sa chance sur un niveau en conservant les principales commandes précédemment données. Cela permet de reprendre sa réflexion en cours de chemin, de l’adapter, de la corriger sans pour autant repartir de zéro. Ces apports sont à saluer dans l’équilibre qu’ils instaurent entre challenge et frustration et il n’est pas nécessaire d’être amateurs de bizarreries ni de puzzle-game pour vraiment s’amuser avec cette formule.
Le jeu s’offre également une dimension communautaire. Libre à vous de vous essayer à la création de niveaux ou d’accomplir les défis imaginés par d’autres. Sur le papier, c’est là la promesse d’une rejouabilité infinie. Si la réussite de ce genre de fonctionnalité dépend des joueurs et de l’attrait pour le titre, le support cross-plateformes constitue un gage de bonne volonté et il y a d’ores et déjà de quoi s’amuser.
Les niveaux sont notés et classés en fonction de leur difficulté et il y a un système de progression afin de débloquer des cosmétiques pour votre avatar qui, dans ce mode, n’est pas un Shiba Inu, mais un humain.
Du côté de la création, si vous avez des envies de grandeur et vous sentez l’âme d’un bâtisseur un brin mégalo, un tutoriel vous explique comment devenir un Dédale champion dans la création de labyrinthes, d’interrupteurs et autres pièges.

À noter que, sur la console de Sony ou sur PC, le titre bénéficie d’une compatibilité avec la réalité virtuelle. Cette option est d’ailleurs disponible pour les abonnés du PC Game Pass ou du Xbox Game Pass Ultimate. Nous n’avons pas réalisé de test en VR, mais on ne peut qu’imaginer que cette technologie se prête particulièrement bien à Humanity, renforçant l’immersion et le sentiment de contrôle instaurés par le soft.
Testé sur Xbox Series X
Le Bilan
On a aimé
- Un jeu dont on se souvient
- Un équilibre si difficile à obtenir
- Voir des corps marcher, sauter, nager … ?
On a moins aimé
- Un essoufflement dans les récompenses offertes par les Goldy
- Des musiques qui peuvent taper sur les nerfs
Conclusion du test de Humanity
Le labyrinthe de la vie
L’enrobage d’Humanity est au service du game design, cette identité sert un puzzle-game malin, addictif et gratifiant. Les studios tha ltd. et Enhance se sont “cassé la tête” pour apporter des solutions à la répétitivité des puzzles ou encore leur accessibilité. Le tout se fait au service d’une expérience ludique et équilibrée. S’il trouve sa communauté, le jeu promet une infinité de possibles alors, allez-y, créez ! }