Test – Indika – Au-delà du voile, le pèlerinage d’une âme…

Une odyssée mystique au coeur de la Russie
Vous est-il déjà arrivé de vous confronter à des questions existentielles ? Il est rare que les jeux vidéo traitent de sujets aussi profonds tels que la réalisation personnelle, le dévouement et la spiritualité. C’est pourtant le pari audacieux relevé par le studio russe indépendant Odd Meter avec leur titre Indika, publié par 11 bit studios (célèbre pour Frostpunk et This War Of Mine). Indika est un jeu d’aventure narratif mêlant exploration et énigmes, avec une touche de plateforme.

Face au tumulte de la guerre, Odd Meter (et ses seize employés), anciennement basé à Moscou, s’est exilé à Almaty, au Kazakhstan, afin de développer Indika dans une atmosphère plus sereine. Une partie des bénéfices du jeu est reversée au soutien des enfants ukrainiens et de leurs familles, donc en jouant à Indika vous faites une bonne action et, selon le dicton, le ciel vous le rendra ! Ce titre intriguant a su éveiller notre curiosité et nous avons succombé à la tentation du saut de la foi dans cet univers qui sort des sentiers battus…
Voyage au coeur de la Foi

L’intrigue d’Indika se déroule dans un contexte historique fictif, dans une Russie revisitée de la fin du XIXe siècle, imprégnée de sa culture orthodoxe. C’est ainsi que l’on se glisse dans la peau d’Indika, une jeune nonne qui mène une existence paisible dans son couvent. Elle s’implique activement dans la vie communautaire et s’acquitte de multiples besognes journalières, qui lui confèrent une certaine routine. Caractérisée par sa douceur et sa docilité, Indika a trouvé un havre de paix et de sécurité au sein des murs protecteurs de son abbaye. Jusqu’au jour où elle se voit confier la mission cruciale de livrer une lettre à un monastère voisin. Cette lourde responsabilité représente un tournant dans sa vie et est pour elle l’opportunité de franchir les portes de son sanctuaire, la première fois depuis plus d’un an, pour s’aventurer dans le vaste monde extérieur.
Au fil de son voyage, elle est amenée à relever de multiples défis et sa rencontre décisive
avec Illya, un homme blessé et mystérieux, va peu à peu remettre en doute ses croyances et secouer les fondations de sa foi. Les questions éthiques et existentielles, telles que la lutte entre le bien et le mal, la religion et l’introspection, sont les thèmes phares du titre, incitant les joueurs à méditer, ce qui ajoute de la profondeur à l’histoire. L’évolution de la relation entre ces deux personnages est palpitante et nous permet d’en apprendre davantage sur le passé de la sœur. Toutefois, Indika n’est pas seule durant ce périple, elle est accompagnée d’un compagnon inattendu et hors du commun, car le diable lui-même s’immisce dans ses pensées tout au long de cette épopée…
Un gameplay sacrément malin !
Indika se distingue par sa narration captivante et offre une aventure à la troisième personne, dans un univers où le sacré rencontre le profane. Le jeu excelle dans l’art de mélanger les genres, combinant l’exploration, la résolution d’énigmes environnementales et des éléments de plateforme pour une expérience diversifiée et plaisante. Le contraste des personnages est fascinant, la dualité entre la jeune nonne innocente et une présence diabolique qui hante ses pensées ajoute une belle profondeur au récit et enrichit la dynamique du jeu. En effet, en s’adonnant à la prière, notre héroïne possède la capacité de modifier les décors en temps réel, afin de se frayer un chemin dans un monde altéré par des forces maléfiques, ce qui est ingénieux.

L’acceptation divine : du pixel art à la 3D !
Les développeurs ont décidé de mélanger les genres graphiques, avec des images en 3D séduisantes. Les décors hivernaux nous amènent dans les contrées glaciales de la Russie, où l’on parcourt des lieux variés, allant des territoires sauvages à des villages, où l’on peut admirer divers panoramas. Des effets de lumières particulièrement réussis embellissent certaines scènes, apportant un charme supplémentaire. Les traits et les expressions des religieuses sont délicatement dépeints, offrant un éventail d’émotions capturées sous diverses perspectives, ce qui donne au jeu une esthétique visuelle distincte et intensifie notre expérience vidéoludique.

Les souvenirs de la nonne s’animent dans des mini-jeux de plateforme au style rétro, où les pixels colorés prennent vie. Cette touche esthétique surprenante crée un contraste saisissant avec la tonalité plus sombre de l’histoire principale. L’emploi de teintes vives en opposition et la variation entre des scènes éclairées et d’autres ténébreuses symbolisent bien la bataille entre les forces du bien et du mal. Le titre navigue adroitement entre clarté et pénombre, explorant la frontière entre la moralité et la tentation, tout en soulignant le concept des péchés capitaux. Enfin, il est important de noter que notre quête spirituelle s’est avérée fluide et sans aucun bug, ce qui ajoute un autre aspect positif.

La bande sonore alterne entre des mélodies sereines, typiques d’un lieu sacré, et des tonalités plus discordantes ou inquiétantes, qui évoquent la proximité d’un lieu maléfique. Le crissement de nos pas dans la neige, le craquement des plaques de glace sous nos pieds et la voix insidieuse de Satan contribuent à créer une atmosphère tendue, reflétant la lutte entre les deux forces opposées. De plus, le titre bénéficie d’un doublage vocal de qualité et de sous-titres en français et en anglais, pour une meilleure expérience narrative immersive.
Quand le diable s’en mêle …
Cependant, il est clair que ce jeu ne séduira pas tout le monde. D’une part, bien que les sujets traités soient originaux, ils ne s’adressent pas à un large public. D’autre part, son caractère singulier se manifeste via un humour digne de la parodie avec, par moments, des scènes burlesques et surréalistes inattendues qui peuvent ne pas plaire à tous. Le système de progression, qui repose sur l’accumulation de points, est superflu, en plus d’être source de confusion, et nous a laissés perplexes.
On déplore aussi une inégalité quant à la qualité des décors, qui est hélas variable. On alterne entre de beaux visuels et d’autres plus ordinaires, et certains endroits suscitent moins d’intérêt que d’autres, ce qui est dommage. On aurait aussi aimé davantage de séquences lors desquelles on peut reconfigurer notre environnement, à l’aide de la prière salvatrice. L’idée est remarquable, mais hélas pas assez exploitée. Par ailleurs, la fin de l’aventure nous a laissé un sentiment d’inachevé, en raison de sa brièveté et de sa libre interprétation, laissant place à de nombreuses interrogations.
Nous avons consacré environ huit heures à explorer cette œuvre atypique, ce qui est assez court pour une expérience de jeu aussi riche et on en redemande. Après une sortie initiale sur PC le 2 mai 2024, le titre est également disponible sur les consoles Xbox Series X|S et PlayStation 5 depuis le 17 mai 2024.
Testé sur Xbox Series X
Le Bilan
On a aimé
- Les thématiques rarement proposées
- Les jolis paysages
- L’expérience atypique
- Le pouvoir de remodeler les décors
- La bande sonore efficace
- L’absence de bug
On a moins aimé
- Le système de progression inutile
- La qualité visuelle inégale
- La durée de vie trop courte
- La fin qui laisse un sentiment d’inachevé
Conclusion du test de INDIKA
Une ballade aux résonances sacrées !
Indika invite les joueurs dans un périple empreint de spiritualité mêlant exploration, énigmes à résoudre et mini-jeux. Le tout se déroule dans un univers torturé où se mêlent l’obscurité et la lumière, symbolisant la lutte éternelle entre le bien et le mal. Le titre se distingue par son originalité et sa signature visuelle, alternant entre des graphismes en 3D et en pixel art, et enrichit le paysage des jeux vidéo contemporains. Toutefois, en raison de ses thèmes profonds et de son humour satirique, il s’adresse principalement à un public averti et en quête d’une nouvelle expérience.