Condemned 2
A jouer dans le noir
Condemned était mon premier jeu sur Xbox 360 et m’avait à l’époque fait forte impression.
Pour résumer : le jeu m’avait foutu une pétoche de tous les diables.
C’est avec méfiance que je me suis attaqué à cette suite. Une des sources de la peur de l’original venait d’environnements et d’ennemis réalistes, ancrés dans un quotidien qui serait soudainement devenu fou. Les screens et vidéos de la suite semblent verser plus dans le fantastique, et mettre plus l’accent sur l’action plutôt que sur l’ambiance. Prudent tout de même, j’ai pris le soin de bien allumer les lumières avant de commencer à jouer.
De pire en pire…
Au début du jeu, vous retrouverez Ethan Thomas, seul devant un verre de whisky, viré de l’unité spéciale pour laquelle il travaillait suite aux événements du premier jeu.
Il est misérable, ne semble pas très propre…le genre de mecs qu’on n’a pas trop envie d’ennuyer.
Et là…et là rien du tout. Dévoiler l’histoire serait un crime ! Comme pour le premier, ce n’est pas qu’elle soit d’une originalité incroyable, mais dans ce jeu qui suit une ligne narrative forte, très cinématographique, elle a une grande importance. Le scénario est bien écrit, avec des rebondissements, des surprises, et une progression exemplaire : de l’excellent boulot. Plutôt que de vous dévoiler l’histoire, je vais vous en donner les tonalités. Le jeu est plus axé sur le fantastique que le premier, tout en restant ancré dans un monde urbain et réaliste. Votre personnage semble en permanence à la limite de la folie, et subit régulièrement des hallucinations flippantes et cauchemardesques…et pour tout dire, l’état d’esprit de notre héros semble être l’exact reflet de ce monde, au bord d’un chaos souterrain et caché qui ne demande qu’à exploser au grand jour.
Tout en restant dans la même veine que le premier, le point de vue a légèrement évolué, ce qui permet de retrouver ce qu’on a aimé sans avoir l’impression de jouer une redite. Il y a de nombreux passages à l’ambiance lourde et pesante, mais la part d’action est plus importante et plus diversifiée. Également (encore) plus violente.
Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire…allez voir ailleurs ! Je ne serai pas complice de spoilers (et il y en a dès le premier niveau !), et l’histoire est une partie importante du plaisir procuré par ce titre.
Définitivement interdit aux moins de 18 ans !
Il y a plusieurs nouveautés dans Condemned 2 qui méritent largement qu’on les étudie avec intérêt. La plus importante, et non des moindres, concerne les nombreux combats. Dans le premier, ils étaient réduits à leur plus simple expression (tout en restant efficaces). Cette fois, ils sont un peu plus évolués. Chaque gâchette correspond à une main, et vous aurez la possibilité de faire des combos en alternant vos frappes et en vous protégeant. Si vous y parvenez correctement (rassurez-vous, ce n’est pas très difficile), dans certains lieux vous aurez la possibilité de « finir » vos adversaires en utilisant l’environnement. Souvent, pour ne pas dire tout le temps, avec un degré de violence qui justifie largement l’interdiction aux moins de 18 ans. Comme je suis un adulte responsable, je peux le dire sans honte : c’est plutôt jouissif d’en terminer de façon brutale avec ces satanés adversaires qui vous donneront du fil à retordre (et oui, l’IA déjà très bonne du premier jeu a été améliorée !).
On a toujours la possibilité de se saisir de tous les objets qui trainent pour s’en servir comme arme, et c’est bien du corps à corps très physique qui va vous occuper, beaucoup plus que le combat à distance. D’ailleurs les armes à feu sont d’une efficacité toute relative, et pour tout dire rien ne facilite leur utilisation. La visée est médiocre, il n’est pas possible de se mettre à couvert…et elles s’intègrent plutôt mal au jeu, où la brutalité des affrontements rapprochés semble être la norme.
Ces ajouts apportent un réel plus aux combats, et sont caractéristiques de la nouvelle tournure du jeu beaucoup plus axé sur ces affrontements.
L’autre amélioration concerne les parties « enquête » du jeu. C’était à mon sens un point faible du premier, où elles étaient bien peu intéressantes. Dans ce deuxième volet, c’est également nettement mieux…même si cela reste anecdotique. Les énigmes à résoudre sont plus fines, et toujours en relation avec l’histoire. On est obligé d’être bien attentif à ce qui se dit pour faire les bons choix, ou bien pour savoir quoi chercher et comment. Quand je parle de choix, il faut tout de même relativiser, puisqu’il n’y a pas vraiment de bonne ou mauvaise solution mais plutôt à chaque fois une solution meilleure que l’autre.
A la place de petits jeux qui semblent détachés du reste, on a maintenant une progression fluide et ils sont bien mieux intégrés à l’ensemble.
Pour le reste, la recette est sensiblement la même que dans le premier : beaucoup d’exploration dans des niveaux bien étudiés quoique toujours aussi linéaires, beaucoup de stress, et des difficultés pour lâcher la manette, sauf quand on sursaute bien entendu.
Le laid est beau
Au niveau de la réalisation, le jeu a globalement progressé, sans pour autant atteindre des sommets. C’est plus dans sa conception que Condemned 2 est très bon. Les environnements sont plus variés que dans le premier, mais la « patte » glauque est toujours là, avec des décors insalubres, laids, sales…Bref, déjà flippants même quand vous êtes seul. Ce qui donne tant de cachet au jeu n’est pas à chercher du côté des graphismes en eux-mêmes, mais plutôt dans l’habillage du jeu. Ainsi les éclairages, splendides, donnent le ton du jeu. Contrairement à d’autres jeux très sombres qui le sont tellement qu’on n’y voit plus rien (Jericho par exemple), Condemned 2 joue habilement avec les zones d’ombre et de lumière pour renforcer une ambiance qui n’en demandait pas tant. Presque aucune faute de goût, si ce n’est parfois des abus dans l’absence de lumière dans certains niveaux. De même, l’environnement sonore exceptionnel de Condemned l’est toujours dans sa suite : les bruits que vous entendrez, ou parfois l’absence de bruit, vous mettront les nerfs en pelote !
Il faut tout de même apporter une précision importante : si le jeu reste globalement basé sur la même recette, le côté action (ou même « bourrin » si vous préférez !) fait que l’ambiance est moins oppressante qu’avant, et glisse souvent vers le grand guignol ([i]Ndr : Le Grand Guignol désignait le théatre populaire volontiers gore qui ne lésinait pas sur la violence gratuite et sur les effets spéciaux[/i]). Le stress est sans doute moins intense tandis que dans le même temps la violence est montée d’un cran.
Tout le monde flippe !
Autre nouveauté, Condemned 2 bénéficie d’un mode en ligne. J’avoue que je n’étais pas très tenté par cette idée, considérant qu’un jeu qui se prête si peu à la gaudriole et qui s’appuie autant sur son ambiance et son histoire n’est pas très propice à des parties de frag. J’avais raison de me méfier. Affronter des adversaires en ligne n’apporte pas grand-chose, et n’est pas d’un grand intérêt. L’environnement et la maniabilité sont peu adaptés à ce type de parties. Vous irez y faire un tour pour vous faire une idée, mais j’ai été loin d’être conquis, et cela m’a donné l’impression d’avoir été ajouté juste histoire de dire que c’était possible.
Par contre, il est décevant que la campagne ne puisse pas être jouée à deux en coopération. Avoir peur à deux aurait été très sympa et aurait permis d’enrichir les scènes de combat. Pour Condemned 3 ?
Bilan :
On a aimé :
- Esthétisme superbe
- Superbe gestion du son en 5.1
- Ca fait vraiment peur
On a pas aimé :
- Jeu en ligne anecdotique
- Plus bourrin que le premier
Un ride en enfer
Condemned 2 réussit sa mission : être un prolongement du jeu original en gardant ses qualités tout en apportant une évolution qui permet d’éviter la redite. Comme pour son ainé, la peur est au rendez-vous, cette fois mâtinée d’une touche de gore qui fait mal. Plus que jamais le jeu est à déconseiller aux personnes trop sensibles et à ceux qui n’ont pas les 18 ans requis. Quant aux adultes qui aiment frissonner devant leur écran, par contre, le jeu est fait pour eux.