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Test – Fantasian Neo Dimension – Final Fantasy n’est pas mort

Test – Fantasian Neo Dimension – Final Fantasy n’est pas mort
Le 4 décembre 2024
Le 4 décembre 2024

Hironobu Sakaguchi nous offre une véritable fantaisie finale

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Les amoureux de la série phare de Square le savent : Final Fantasy, c’est d’abord son créateur, Hironobu Sakaguchi. C’est lui qui a supervisé, développé et scénarisé la plupart des épisodes de la licence (jusqu’au IX) et il travaillera pour la firme japonaise jusqu’en 2001, qu’il quittera suite à l’échec du film Les Créatures de l’esprit. Encore consultant durant quelques années pour Kingdom Hearts, Final Fantasy X-2 et Tactics Advance, il finira par monter son propre studio : Mistwalker. Son départ s’est fortement fait sentir dans la direction prise par la licence après Final Fantasy X. Que l’on aime ou pas les jeux qui ont suivi, on ne peut nier que leur ton a changé de manière radicale. Mais, si vous êtes nostalgiques de la période durant laquelle Square-Enix s’appelait encore Squaresoft, voilà une bonne nouvelle : Fantasian Neo Dimension débarque sur consoles de salon le 4 décembre.

New Fantasy

Une usine mécanique, des explosions, un héros amnésique... Ça ne vous rappelle rien ?

Fantasian, c’est quoi ? Développé depuis 2018 et d’abord sorti exclusivement sur les dispositifs Apple en 2021, il s’agit d’un jeu de rôle né de l’envie de Sakaguchi de refaire un titre qui mette en avant l’émotion à travers sa narration. Fini, donc, les héros froids et sans peur, place à Leo, un jeune homme amnésique plongé dans une quête mystérieuse qui va l’amener à nouer des amitiés, à voyager entre les mondes et, peut-être, à affronter des divinités. Là où Fantasian innove, c’est en parvenant à user de thèmes classiques, voire clichés, tout en les modernisant à travers son gameplay et sa mise en scène. Si l’on sent l’influence des précédents jeux du maître du genre, notamment Final Fantasy VI et VII, Fantasian parvient à proposer des thématiques très actuelles et des façons innovantes de renouveler un style pourtant vu et revu.

Les jeux vidéo ont évolué...

Fantasian Neo Dimension (sous-titre ajouté à cette version console) commence donc lorsque Leo se réveille amnésique en plein cœur d’une usine robotique. Bien qu’il ignore où il se trouve et ce qu’il est venu faire là, il peut compter sur deux petits robots amicaux pour l’aider à atteindre la sortie. Malheureusement, le groupe est attaqué par une machine surpuissante. Alors qu’il tente de fuir, Leo trouve, dans sa poche, un appareil inconnu qui l’emporte vers un autre monde, seul. Il atterrit à En, un village dans lequel il retrouve peu à peu ses souvenirs. Victime de flashs de son passé, Leo décide de partir à la recherche des personnes et éléments qu’il se remémore afin de comprendre qui il est et ce qu’il faisait dans cet étrange royaume de machines, qui lui est désormais inaccessible. Mais le monde des humains, le reinaume (queendom en anglais) de Vibra, n’est pas sans danger ! Un étrange phénomène, la mechteria, se répand depuis une brèche dans le ciel et contamine petit à petit tous les êtres vivants, volant leurs émotions et leur force vitale jusqu’à les changer en machines. Un mal que l’on dit être causé par le dieu Vam le malveillant et qui pourrait bien avoir un lien avec le passé perdu de Leo.

Fantasian n’est pas le genre de jeu pantouflard qui se repose sur ses poncifs, il innove là où on ne l’attend pas forcément.

Les Cinderella Tri-stars seront un peu votre team Rocket tout le long du jeu

Notez d’abord que le jeu n’est, à l’heure où ces lignes sont écrites, disponible qu’en anglais. Pour ce test, les termes spécifiques à l’univers ont donc conservé leur version originale, qui différera peut-être de la V.F. si elle est un jour disponible, ou ont été traduits au plus proche de cette version. Par ailleurs, le niveau d’anglais requis pour saisir les tenants et aboutissants du scénario est plutôt accessible (), il serait donc dommage de se priver de Fantasian à moins d’être particulièrement mal à l’aise avec la langue de Shakespeare.

Elle ne vend pas de fleurs, mais elle joue du piano

Si l’on retrouve quelques clichés chers aux RPG japonais – le héros amnésique, les cristaux de sauvegarde et la séquence de fouille dans un tiroir à sous-vêtements féminins, pour ne citer que ceux-là – le jeu offre aussi quelques clins d’œil directs à la saga Final Fantasy, avec le personnage de Sid, des monstres inspirés des célèbres bombos ou, mieux encore, la possibilité de jouer une musique aléatoire issue d’un ancien titre de la licence lors des combats. Pour autant, Fantasian n’est pas le genre de jeu pantouflard qui se repose sur ses poncifs, il innove là où on ne l’attend pas forcément : dans la conception de ses environnements et dans son système de combat, notamment.

Tiny toy box

En est la première ville du jeu

Là première particularité de Fantasian est d’avoir des décors conçus à base de dioramas. Ils ont donc été créés à la main, en version miniature, puis photographiés et intégrés au jeu. En plus de leur permettre de conserver un aspect réaliste, malgré l’upscale dû au portage console, cette technique montre le soin et la méticulosité apportés au titre, puisque c’est plus de 150 dioramas qui ont ainsi été réalisés. Les fans de peintures Warhammer ou de maison de poupées savent à quel point ces réalisations prennent du temps et demandent de la patience. D’autant qu’elles ne peuvent pas être modifiées numériquement, à l’inverse de décors conçus en 3D. Il serait facile de penser que Sakaguchi s’est compliqué la vie, mais ce serait ignorer toute la portée symbolique et poétique de ce choix, qui fait directement écho aux « toy boxes » (boîtes à jouets) du jeu, en plus d’offrir des environnements somptueux.

Le titre s’offre un autre grand nom de la saga Final Fantasy en la personne de Nobuo Uematsu

crédit photo : gamerfocus.co ; Sakaguchi peignant l'un des dioramas de Fantasian

Les personnages ont, eux, été conçus de manière traditionnelle et intégrés dans ces décors. Leur design n’a pas l’ambition d’atteindre le niveau de finesse de certaines superproductions actuelles, mais il est plaisant et agréable à l’œil. On peut donc dire que, s’il n’est pas là pour être une claque graphique, Fantasian est joli. D’autant que le titre s’offre un autre grand nom de la saga Final Fantasy en la personne de Nobuo Uematsu, qui en a composé la plupart des mélodies. Le jeu s’écoute donc autant qu’il se joue et l’on constate que le maestro n’a rien perdu de son talent lui non plus. Les thèmes sont variés, dynamiques, et collent parfaitement à l’ambiance. Du grand art ! Tous les personnages principaux ainsi que certains secondaires sont doublés et leurs voix sonnent particulièrement juste – notamment celle du robot Clicker, qui, à la manière de Glados dans Portal, dispose d’un timbre monocorde et pourtant chargé d’émotions.

Les séquences souvenirs proposent de jolies illustrations, en plus d'enrichir la narration

Enfin, les scènes de souvenirs sont narrées à la manière d’un conte animé, avec des illustrations (souvent bichromes) sur lesquelles vient se poser un texte accompagné de musique. Le procédé rappelle les séquences de rêves du jeu Lost Odyssey, une autre production de Sakaguchi sous l’égide de Mistwalker… Leur style, entre manga et sumi-e, renforce l’aspect conte fantasy de l’œuvre en plus de proposer de très beaux visuels basés sur les illustrations conceptuelles du jeu.

Multiverse of Fantasy

Le format rapelle beaucoup Final Fantasy VII

Le choix des environnements sous forme de dioramas impose des décors fixes et non en 3D isométrique. La caméra pivote donc d’elle-même en fonction des déplacements du personnage, ce qui peut amener quelques petits couacs dans la maniabilité. S’il est difficile d’exprimer ce genre de sensations à l’écrit, il faut imaginer que lorsqu’on déplace Leo dans une direction – par exemple vers le bas – et que celle-ci devient la gauche lorsque la caméra change de position, les commandes basculent brusquement pour « s’adapter » à ce nouvel angle. Il est donc fréquent de courir contre un mur en voulant maintenir le stick pour suivre un chemin un peu long, voire de tourner carrément sur soi-même, surtout lors des (rares) séquences durant lesquelles on contrôle une gondole. La meilleure astuce consiste, la plupart du temps, à lâcher le stick pour lui permettre de se repositionner lors d’un mouvement de caméra.

Chaque carte dispose de points d'intérêts vers lesquels il est possible de se déplacer automatiquement

Conscients de ce problème, les développeurs y ont apporté une réponse originale puisqu’ils ont intégré un système de déplacement automatique dans le jeu. Attention, il ne s’agit pas là d’une téléportation, mais bien d’un mode où votre personnage se déplace vers un point précis sur une simple commande. Pour cela, il faut ouvrir le menu et accéder à la carte de la zone. Les points de sauvegardes et les zones de transitions (vers un bâtiment ou une autre carte) y apparaissent et il est possible d’ordonner au personnage de s’y rendre en les sélectionnant. À quelques rares exceptions (un obscur coinçage dans un escalier), le héros va emprunter le chemin le plus court pour se rendre jusqu’à la destination indiquée.

Certaines parties de la carte du monde ne manquent pas de charme

Assez vite, Fantasian offre aux joueurs le warp device, un appareil qui permet, lui, de se téléporter vers les différents endroits précédemment visités, puis, plus tard, entre différents mondes. Bien pratique, le système propose également de voir où il reste des quêtes annexes disponibles. On regrette, en revanche, qu’il n’indique pas aussi le nombre de coffres restant à ouvrir dans un lieu, tant on en croise souvent sans disposer de leurs clés et dont on peine à se souvenir l’emplacement après plusieurs heures de jeu. Un système de détection, imprécis et plus contraignant, sera disponible plus tard dans l’aventure.

No farming

La formule tour par tour classique est dynamisée par la possibilité de choisir la trajectoire de ses attaques.

Certains boss vont demander des techniques précises

Comme ses illustres inspirations, Fantasian Neo Dimension propose des combats au tour par tour. Là où il se distingue, c’est dans la manière dont il laisse le joueur les gérer. Grâce à un objet, le Dimengeon, les monstres qui attaquent aléatoirement le joueur lors de phases d’exploration peuvent être « stockés » (jusqu’à 30 d’entre eux) pour être combattus en une seule fois. Il s’agit ni plus ni moins d’une manière de différer les combats pour pouvoir explorer tranquillement un lieu sans être interrompu par des attaques aléatoires toutes les quinze secondes. L’autre avantage est de permettre de remplacer une multitude de petits combats, qui rapportent peu d’expérience et d’argent, par un seul gros affrontement bien plus lucratif. D’autant que le Dimengeon est activable ou désactivable d’une simple pression sur la touche X de la manette et que ses combats ne se déclencheront qu’à la demande du joueur, où s’il dépasse sa capacité en monstres (qui peut être augmentée en cours d’aventure).

Une belle attaque lobée, qui touchera plusieurs adversaires

Des combats dont la formule tour par tour classique est dynamisée par la possibilité de choisir la trajectoire de ses attaques. Concrètement, à l’aide du stick gauche, il est possible d’orienter le coup porté par un personnage de manière à traverser plusieurs ennemis (si l’arme le permet) ou de le lober pour atteindre des adversaires situés sur la ligne arrière. Un aspect stratégique qui peut s’avérer extrêmement satisfaisant, notamment lors d’affrontements contre de grands groupes d’ennemis. Il est également possible d’assigner la dernière compétence ou le dernier objet utilisé à une touche de raccourci afin de gagner en réactivité. C’est d’ailleurs lorsqu’on pense avoir parfaitement maîtrisé le système que le jeu nous ouvre les portes d’un tout nouvel arbre de compétences, qui vient renouveler et étoffer les capacités des héros.

L'arbre des compétences ouvre de nouvelles possibilités incroyables

Un autre point qui différencie Fantasian Neo Dimension des jeux du genre est la manière dont il pousse le joueur à user et abuser des objets. Là où les autres RPG entretiennent l’idée d’économiser les consommables pour les batailles stratégiques, celui-ci les rend extrêmement accessibles (on en gagne des quantités élevées à chaque combat et ils sont trouvables à bas prix dans toutes les boutiques), ce qui invite à les utiliser sans modération. Non seulement on y a recours pour se soigner, mais ils entrent aussi dans la composition de certaines capacités dévastatrices, via le personnage d’Ez qui peut les combiner pour créer des bombes élémentaires ou des boosts de groupe.

La mechteria infecte peu à peu le monde

Fantasian propose deux modes de difficulté (qu’il est possible de modifier en cours de partie), mais se montre plutôt accessible dans sa première moitié, avec un écart qui se creuse de manière un peu abrupte en milieu de jeu entre l’équipe de héros et les boss. Cet aspect, critiqué par une partie des joueurs lors de la sortie initiale du titre sur les appareils Apple, est peut-être le seul point négatif à relever, puisqu’il oblige à faire du leveling à défaut de proposer de nouvelles stratégies ou mécaniques afin de progresser. En dehors de cela, Fantasian est une aventure véritablement plaisante de bout en bout.

Testé sur Xbox Série X, code fourni par le service presse de l’éditeur

Toutes les captures d’écran illustrant cet article sont sous copyright © MISTWALKER/SQUARE ENIX

Le Bilan

On a aimé 

  • L’aspect « maison de poupées » offert par les dioramas
  • Le véritable retour aux sources du JRPG
  • La durée de vie
  • Les personnages de Prickle et Clicker, absolument adorables
  • L’inventivité du gameplay, notamment grâce au Dimengeon
  • La musique de Nobuo Uematsu, toujours au top
  • Les problèmes de déplacement
  • Le pic de difficulté en milieu de partie
  • LA scène particulièrement gênante (comprendront ceux qui joueront)

Conclusion du test de FANTASIAN Neo Dimension

Le véritable Final Fantasy Remake
À contre-courant de tout ce que prêche l’industrie en 2024, Mistwalker propose un JRPG qui ne cherche pas à bluffer les joueurs sur le plan des graphismes, mais qui parvient pourtant à se montrer techniquement impressionnant. Plutôt que de se servir d’un récit qui met en avant des problématiques sociales afin de se donner un air engagé, le jeu a opté pour un retour aux sources de la fantasy. Certains lui reprocheront peut-être ses personnages un brin cliché, mais là où FFVII Remake a choisi de se noyer dans des considérations pseudo-philosophiques et un multivers qui lui fait perdre tout enjeu dramatique, Fantasian Neo Dimension utilise le sien pour offrir au joueur une histoire profonde et émouvante, ainsi qu’une réflexion sur le deuil chère à Sakaguchi. Une belle leçon d’humilité pour les autres studios et un véritable bonheur manette en main.

AlexMoon
Adepte du tofu et des arbalètes. Fan de RPG au tour par tour et des propositions indé' les plus barrées. Fabrique des origamis entre deux livres et trois jeux vidéo.
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FANTASIAN Neo Dimension

Développeur : Mistwalker Corporation
Éditeur : Square Enix

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