Test - Empire of Sin - Grimper au sommet n’est pas chose aisée

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Pour fêter ironiquement le centenaire du début de la Prohibition aux États-Unis, l’éditeur réputé dans les jeux de stratégie Paradox Interactive s’est associé de manière surprenante avec le jeune studio Romero Games, créé en 2015 par le couple légendaire de l’industrie vidéoludique, Brenda et John Romero. Quitte à jouer la surprise jusqu’au bout, c’est lors du Nintendo Direct de l’E3 2019 que le fruit de cette union, intitulé Empire of Sin, fut révélé au monde entier. Ce titre, qui nous place aux commandes d’un clan mafieux dans le Chicago des années 1920, propose un mix alléchant de combats au tour par tour, de gestion financière d’un empire du crime organisé et de mécaniques RPG dans l’évolution du boss et des figures du clan. Découvrons ensemble si Empire of Sin, malgré un budget limité, tient toutes ses promesses, aussi folles que furent ces années d’entre-deux-guerres.

C’est qui le Patron ?

Pas de mode multijoueur

Le menu principal nous plonge immédiatement dans l’ambiance avec un fond d’écran dynamique : une soirée pluvieuse, les néons des bars, maisons closes ou casinos brillent de mille feux et les voitures d’époque déambulent sur la route pavée. Bienvenue à Chicago. Uniquement jouable en solo, le choix de départ est vite fait : Nouvelle partie ou Démarrage rapide. La première option activée, nous commençons par l’étape cruciale à ne pas sous-estimer, la sélection du boss et de son clan affilié.

Quatorze personnages hauts en couleur et charismatiques nous sont présentés, issus des principales familles mafieuses italiennes ou gangs de communautés. Du célébrissime Al Capone au sanglant Angelo Genna, personne ne manque à l’appel. Les Mexicains ? Présents. Les Irlandais ? Présents, et en force. Les Chinois ? Présents. Les Afro-américains ? Présents. Les Froggies ? Présents, bien sûr, avec la martiniquaise Stéphanie Saint-Clair, reine de Harlem, ou la chanteuse étoile Goldie Garneau, l’une des boss fictifs du jeu. Nul doute que ces derniers, créés par les artistes de talent du studio, ne dénotent pas vis-à-vis des légendes réelles du crime organisé de cette époque.

Salazar n’est pas à Chicago pour plaisanter

Chaque boss se caractérise par 4 caractéristiques : une capacité unique pour les combats, deux bonus pour la gestion de son empire et un bonus diplomatique. La première est souvent dévastatrice et facilite grandement les débuts du jeu pour les novices des combats au tour par tour. Surtout, chaque héros jouit d’un background travaillé, d’un accent à couper au couteau (pas de VF) et fait l’objet d’une unique “quête principale” qui nous donne envie d’en connaître la fin. Certes, ces mini scénarios demeurent classiques pour les amateurs de films de gangsters, mais ils ont le mérite d’être présents et d’apporter un vrai plus pour la rejouabilité.

Une fois le Big Chief choisi, nous pouvons paramétrer l’aire de jeu, de 3 à 10 quartiers jouables, ainsi que le nombre de factions ennemies comprises entre 6 et 13, sachant qu’il y aura obligatoirement des petits clans génériques supplémentaires sur la carte pour se faire la main et arrondir les fins de semaine. Enfin, cinq niveaux de difficulté complètent les options possibles, et c’est tout. Pari osé des créateurs car les acharnés de la personnalisation dans les moindres détails de leurs parties sont légion pour ce genre de jeu. Empire of Sin est une proposition clé en main à prendre ou à laisser.

Sweet home Chicago

Ambiance tamisée

Une fois la partie lancée, un entretien avec un personnage secondaire pose le contexte et les enjeux, puis nous retrouvons notre boss dans une ruelle d’un des quartiers de Windy City, le 17 mars 1920, soit deux mois après la mise en application des lois sur la Prohibition. Un didacticiel rapide nous permet de nous familiariser avec les combats au tour par tour et les rudiments de la partie financière de notre embryon d’empire. L’acquisition d’un QG, d’un bar et d’une brasserie par la force marque le vrai début de l’aventure. C’est d’ailleurs avec ce patrimoine que les adeptes des parties à “Démarrage rapide” commenceront.

Rien de folichon, mais ça fait le travail

Ne rêvez pas d’un Chicago modélisé par Ubisoft pour Watch Dogs ou d’une Lost Heaven de toute beauté pour le premier épisode de Mafia. Dans Empire of Sin, chaque quartier est un amas de rues perpendiculaires et génériques au possible, coincé dans une aire rectangulaire. On se déplace d’un quartier à un autre via un clic sur une icône “taxi” sur la carte dudit quartier. Les textures des ruelles et des devantures se répètent la plupart du temps et peu d’éléments différencient vraiment les zones du jeu, hormis des façades plus cossues autour du Loop ou la présence de lampions dans Chinatown et d’un marché dans Fulton Market. En revanche, l’aspect global des quartiers reste plutôt joli, malgré un aliasing prononcé, et les effets de lumière font leur petit effet. De plus, la musique jazzy des années 20 qui accompagne le jeu n’est pas pour nous déplaire. L’immersion fonctionne, le principal est sauf.

Une excellente vue d’ensemble du quartier

Pour profiter de l’aire de jeu, trois niveaux d’échelle sont disponibles via la manipulation d’un zoom par les gâchettes LT/RT. Ainsi, il est très pratique de passer en quelques secondes d’un plan général de Chicago avec les statistiques concernant chaque quartier à une vue en 3D isométrique d’une simple rue animée en passant par le survol des bâtiments d’un quartier, indiquant leur fonction et leur propriétaire. Le concept remplit bien son office malgré la présence d’un petit temps de chargement lors du passage à la vue isométrique (présent sur Series X également). Si les déplacements de la caméra et des personnages sont plutôt fluides sur la console la plus puissante de Microsoft, nous constatons des saccades sur la One X. Certains bugs de collision énerveront également certains joueurs. Il est évident que la partie technique n’est pas le point fort du jeu.

Ça mitraille à chaque coin de rue

Qui sera notre prochaine recrue ?

Heureusement, ces désagréments ne sont pas un problème rédhibitoire pour les phases de combats au tour par tour. Pour aider notre boss dans sa tâche, un livre noir nous donne accès à une cinquantaine de gangsters personnalisés avec une histoire, des affinités ou des griefs avec d’autres membres du livre, une profession, des caractéristiques propres et des traits de personnalité. Ces gangsters d’élite ont malheureusement un coût à l’embauche et un salaire hebdomadaire non négligeable. De plus, les plus forts sont bien évidemment bloqués et offriront leurs services plus tard dans la partie selon la notoriété grandissante de notre boss et la profondeur de son porte-monnaie.

Les habitués du genre ne seront pas dépaysés

Une fois de plus, l’équipe du studio a cherché à encourager les liens que nous pouvons tisser avec les personnages du jeu. Si le résultat final n’est pas fantastique, il est vrai que certaines fois, nous avons été agréablement surpris par l’attitude de certains membres de notre équipe, même en notre défaveur. Lors d’un combat très difficile pour accaparer le QG d’un rival, nous avons constaté en quelques secondes la fuite à la fois de la doctoresse de l’équipe à cause de la mort de celui dont elle s’était entichée et d’une mercenaire qui sentait le vent tourner. La loyauté à tout prix n’est plus ce qu’elle était.

Un bon équipement est crucial pour les combats

Le gameplay proposé pour les combats demeure très classique et se classe dans la moyenne des jeux du genre. Une frise en haut de l’écran montre l’ordre de passage des personnages selon leur caractéristique d’initiative, puis chacun d’eux pendant son tour peut dépenser deux points d’action. Le système de déplacement et de couverture (0, 50 ou 100% de protection) est identique à la plupart des jeux de la catégorie. De nombreux objets d’attaque ou de soins peuvent être utilisés, ainsi que des actions spéciales que nos personnages débloquent avec l’expérience emmagasinée. Cependant, un défaut qui a donné des sueurs froides aux fans de XCOM est bien présent : les tirs ratés à bout portant.

Autre défaut majeur, il est impossible d’automatiser certains combats et se coltiner parfois des sous-fifres dans la rue n’apporte qu’une perte de temps. Pire, ces combats de rue deviennent pénibles en cas de guerre contre un autre clan car ils sont trop fréquents. Enfin, une victoire permet d’obtenir du loot en armes, objets et argent afin d’améliorer le matériel de notre équipe. Des achats complémentaires au marché noir sont également possibles.

L’empire du vice

Va falloir investir pour gagner gros

Pour devenir le roi de Chicago, une bonne maîtrise de la partie gestion est primordiale. D’une simple pression sur le bouton LB, l’apparition d’une roue vous permet d’entrer dans un des nombreux sous-menus dédiés à cette partie du jeu. Bonne nouvelle, l’ergonomie et la lisibilité des fiches d’information sont globalement réussies et le jeu est entièrement traduit en français. L’amélioration des bâtiments en notre possession est une étape importante pour fortifier son Empire. Moyennant finance, les casinos, maisons closes, bars et brasseries peuvent renforcer leur sécurité ou peaufiner la qualité de leurs prestations. Le business de l’alcool est plus poussé car il faudra adapter régulièrement l’offre et la demande pour chaque quartier. Les néophytes des jeux de gestion ne doivent pas être effrayés. Les options possibles ne sont pas exhaustives et le titre propose un gameplay très simplifié en comparaison d’autres titres où le moindre détail est modifiable. Les fanatiques du genre seront quant à eux forcément frustrés et déçus.

Les options de négociation sont nombreuses

Tous ces biens acquis par l’argent ou la force font l’objet des convoitises de vos rivaux et peuvent se trouver sous la surveillance de la police et des agents de la Prohibition. Il faudra faire preuve de diplomatie et devenir un expert de la négociation pour limiter ces impacts négatifs sur votre business. Il est ainsi possible de soudoyer, de signer des ententes commerciales, des pactes de non-agression, des alliances ou de déclarer la guerre. Dans un sens, la vulgarisation de la partie gestion financière et diplomatique d’Empire of Sin se rapproche de la vision d’un Civilization, à la fois simple mais efficace et fun.

Enfin, de nombreuses quêtes ou objectifs secondaires seront à accomplir lors de votre partie. Au-delà de la quête principale liée au choix du boss, des PNJ feront irruption dans votre aventure pour vous proposer différentes missions.

Test réalisé sur Series X et One X

Le coin des chasseurs : Empire of Sin propose 46 succès pour 1000G. Si certains succès sont très faciles à débloquer, d’autres prendront un temps fou. En effet, chaque chef de clan a son propre succès de victoire, ce qui exigera autant de parties à réussir.

Bilan

On a aimé :
  • Un mélange des genres qui fonctionne
  • Des boss et gangsters d’élite au background travaillé
  • Une traduction en français de bonne qualité
  • Une bonne rejouabilité
  • L’ambiance des années folles respectée
On n’a pas aimé :
  • Une technique limitée
  • L’impossibilité d’automatiser certains combats
  • Les fameux tirs à bout portant qui font pschitt
  • Une partie gestion un peu trop simplifiée
Un whisky encore un peu jeune

L’alliance surprenante entre Paradox Interactive et Romero Games accouche finalement d’un jeu un poil décevant. Empire of Sin demeure amusant, propose de nombreuses bonnes idées et marie élégamment la gestion d’un empire du crime organisé et des combats tactiques au tour par tour, même si sa technique est limitée. Malheureusement, il manque à Empire of Sin ce grain de folie que nous attendions du nouveau studio du couple Romero. Le titre symbolise parfaitement le syndrome du jeu moyen/bon partout mais excellent en rien.

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Empire of Sin

PEGI 0

Genre : Aventure/Réflexion

Éditeur : Romero Games

Développeur : Romero Games

Date de sortie : 2020

Prévu sur :

Xbox One, Playstation 4, Switch