Test - Battle Axe - Le hack ’n slash arcade pur jus !

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Annoncé par le biais d’une campagne Kickstarter début 2020, le projet Battle Axe a non seulement réussi à rassembler les 40 000 livres nécessaires à son financement, mais s’est même payé le luxe d’obtenir presque deux fois la somme demandée, ajoutant au passage un New Game + et un mode “Infini” grace aux stretch goals supplémentaires. Disponible sur PS4 et Nintendo Switch en version physique, ainsi qu’en version dématérialisée sur Xbox et prochainement sur PC, le titre est arrivé sans encombre à la date prévue.

Si la filiation avec le classique Gauntlet est évidente, le titre revendique aussi pour inspirations des titres comme Golden Axe, Shadow over Mystara ou encore Knights Of The Round.

Un casting de rêve

Battle Axe est l’œuvre de Henk Nieborg, un vétéran de l’industrie ayant travaillé sur des titres auxquels vous avez probablement joué. Véritable orfèvre du pixel, le bonhomme semble porter le projet à bout de bras, accompagné par Mike Tucker au développement, les deux comparses ayant travaillé sur l’excellent Xeno Crisis chez Bitmap Bureau que je vous recommande chaudement. Pour compléter cette équipe, on retrouve à la bande-son Manami Matsumae, avec un C.V. tellement long qu’il faudrait tout un article pour évoquer son œuvre.

Si cette équipe de rêve nous a intrigués dès l’annonce de la campagne de financement, vous comprendrez aussi qu’il s’agit d’une toute petite production, et qu’il est important de contextualiser pour comprendre à quel type de jeu nous avons affaire ici.

Jouable en solo ou à deux joueurs, Battle Axe est un hack ’n slash très classique dans sa proposition : un tableau fixe qui n’est pas généré aléatoirement et des ennemis à décimer avant d’affronter le boss de fin de niveau. Vous aurez le choix entre trois personnages, disposant tous d’une attaque au corps à corps, d’une attaque à distance et d’un dash offensif. Ce dernier est évidemment un élément extrêmement important, car si son temps de recharge très court vous pousse à l’utiliser très régulièrement de manière offensive, c’est aussi un mouvement absolument nécessaire pour la survie afin d’éviter une attaque ou un projectile.

Si le premier niveau semble presque mou dans son approche, la suite du jeu montre que son gameplay est plus vif qu’il n’y paraît, et propose une expérience divertissante sans pour autant être révolutionnaire ou parfaitement exécutée.

Pour marquer des points, un système de combo pas très intuitif permet de générer plus de médailles et ainsi gonfler votre score. Vous pouvez faire monter vos points en sauvant des PNJ (qui portent le nom des backers du projet), un peu à la manière d’un Metal Slug. En fin de niveau, vous pouvez acheter différentes améliorations avec l’or ramassé, mais cette mécanique n’est finalement pas très profonde, et d’ailleurs l’aspect RPG avec son système d’expérience promis dans le Kickstarter (et encore visible sur les captures d’écran sur les stores !) semble avoir tout bonnement disparu.

Si l’impression qui se dégage de nos parties de Battle Axe est globalement assez positive (surtout en co-op), on reste un peu sur sa faim une fois l’émerveillement visuel retombé, et on aurait aimé un gameplay un peu plus profond, une synergie ou une différence à minima plus marquée entre les personnages, et même pourquoi pas une gestion plus intéressante des objets et des bonus.

Insert Coin

S’il y a bien une chose marquante avec Battle Axe, c’est la radicalité de son concept : il ne s’agit pas d’une simple “inspiration des classiques de l’arcade” (comme 90% des communiqués de presse de jeux indés ...), mais bel et bien d’un jeu d’arcade, point.

Le mode de jeu principal est donc une aventure qu’il faudra terminer d’une seule traite (le fameux “1CC pour One credit clear”), le game over se concluant par un tableau des scores et un retour au menu principal. C’est à notre sens l’une des grandes forces du titre : si l’expérience arcade est conçue pour être jouée ainsi, alors les joueurs joueront de cette manière. Impossible de “Credit feed” le jeu (un terme légèrement péjoratif pour exprimer le fait d’ajouter beaucoup de crédits pour voir la fin d’un jeu), vous devez vous entraîner à la dure pour espérer voir le générique de fin.

Cette parti pris extrêmement rare, même dans les portages de jeux d’arcade, sera à la fois sa force et sa faiblesse : en évitant la critique facile et récurrente de testeurs n’ayant pas cette culture arcade (avec des phrases ô combien agaçantes du type “j’ai ajouté 50 pièces dans le monnayeur virtuel et j’ai terminé le jeu en 20 minutes”), Battle Axe force les joueurs à recommencer encore et encore, et à jouer longtemps pour espérer accomplir la run parfaite qui vous mènera à la fin du jeu.

Vous l’avez deviné, la difficulté du titre est à la hauteur de ses inspirations. Le jeu est de base réglé sur “difficile”, et il vous faut faire un petit tour dans le menu des options pour sélectionner le mode “facile”, qui vous permettra surement d’aller un petit peu plus loin dans le jeu avant qu’un boss vienne discrètement vous tapoter sur l’épaule pour vous remettre à votre place.

Pour un dollar de plus

C’est au moment d’entendre la musique du menu principal pour la 10ème fois de suite, signe de vos nombreux échecs, le regard dans le vide et cette désagréable impression de contempler vos choix de vie, que vous tenterez sûrement de parcourir les menus en quête d’un moyen de vous aider. Un petit stage select, une option pour sauvegarder, un entraînement pour les boss ? D’ailleurs, est-ce que votre score est honorable ? Où êtes-vous dans le classement par rapport à vos amis ?

Malheureusement, aucune de ces questions ne trouvera de réponse, et c’est là que la radicalité du titre commence à poser problème.

Je vais ici faire une parenthèse et sortir du test pour vous parler directement d’un aspect important pour comprendre cette critique. Je n’aime pas parler du prix des jeux. On ne juge pas la qualité d’une toile au prix de l’entrée du musée, ni un film au prix du ticket de cinéma. Le prix, dans le jeu vidéo, est un croisement de nombreux paramètres, et n’est pas forcément un critère pertinent, tant il fluctue avec le temps. Que dire d’un test qui trouverait que 60€ c’est un peu léger pour 6h de jeu, quand le titre se retrouve en promotion à 5€ un ou deux ans plus tard ? Peut-on vraiment quantifier objectivement le “fun” obtenu pour un montant donné, sachant qu’un titre mobile à moins d’un euro peut vous procurer une expérience inoubliable, alors qu’un gros studio peut vous demander 100 fois plus pour au final vous ennuyer 20h ou plus sur une grande map bourrée de quêtes sans saveur ? Est-ce que l’argument du prix est toujours pertinent dans un monde où les jeux les plus joués sur la planète sont gratuits ou presque ? Et encore, je n’ai même pas abordé le sujet du Xbox Game Pass, qui vient encore bousculer ces lignes.

En quelques mots, vous comprenez ma gêne à aborder la thématique du prix, d’autant plus quand on est soi-même agacé de lire depuis 20 ans des critiques de jeux d’arcade qu’il faudrait pratiquer des centaines d’heures, mais que les testeurs trouvent “trop court” parce qu’ils ont pu tricher pour arriver au bout sans même s’en rendre compte.

Et pourtant, malgré tout cela, Battle Axe est potentiellement trop cher. À sa sortie, le titre est proposé à 28€ sur les plateformes de téléchargement, et presque le double dans sa version boîte. Un prix qui ne passera sûrement pas auprès de nombreux joueurs, et pour conclure ce passage un peu plus personnel, notez que cette critique provient d’un joueur qui serait prêt à dépenser 10 fois cette somme pour l’exact même jeu si ce dernier était réellement sorti sur un support arcade. Dans un monde où des studios comme M2 vont proposer sur leurs adaptations un nombre ahurissant de fonctions, de gadgets aux replays en passant par les save-states, les tableaux des scores ou encore des galeries d’artworks et de documents de design, Battle Axe semble nu, comme prisonnier de sa propre proposition.

Reste alors à découvrir un mode Infini pas forcément passionnant qui vous propose d’affronter des vagues d’ennemis dans des environnements au level design peu inspiré, ainsi qu’un mode New Game Plus à débloquer une fois le jeu terminé, proposant une fois de plus la même expérience avec une difficulté plus élevée.

Le level design du mode infini ...

Encore une fois, ces quelques lignes tomberont en désuétude dès que le titre sera disponible à un prix plus abordable, ou si jamais il vient s’ajouter au catalogue du Xbox Game Pass, mais c’était un point important à soulever.

Il est difficile de nier la comparaison avec Xeno Crisis, tant les similitudes sont nombreuses : reprise moderne d’un classique de l’arcade (ici Gauntlet VS Smash TV), le même réglage de difficulté, le même contenu assez limité, le même genre de shop de fin de niveau qui vend peu ou prou les mêmes améliorations, pas de classement en ligne, etc.

Là où Xeno Crisis était un jeu développé à l’origine sur Mega Drive, il devait tenir compte des contraintes du support (taille, contenu, pas de fonctions en ligne, bande-son, etc.) avant d’être transposé sur d’autres supports rétro comme la Dreamcast, sans compter un autre portage de taille pour sa véritable version arcade sur Neo Geo, toujours en cours de développement. Sur nos consoles modernes, nous avions donc affaire à un portage, certes un peu léger, d’un jeu développé et réussi dans le cadre de nombreuses contraintes techniques. Battle Axe de son côté est un jeu purement console, vendu plus cher que Xeno Crisis à sa sortie, et sans réelle justification pour son côté un peu chiche. Vous comprendrez alors plus facilement le pourquoi d’une telle différence de traitement dans nos colonnes entre les deux titres.

Test réalisé sur Xbox Series X

Bilan

On a aimé :
  • Un pixel art superbe
  • Fun en co-op
  • Une expérience arcade authentique
On n’a pas aimé :
  • Son manque criant de fonctionnalités
  • Un manque de profondeur, même pour un jeu arcade
  • Le filtre CRT pas parfait
L’envie d’aimer

Battle Axe est un titre que l’on a envie de chérir de tout son cœur, tant il joue avec une corde nostalgique qui fonctionne toujours. Plutôt solide sur ses bases, le jeu offre un univers visuel somptueux autant pour les sprites que pour les backgrounds, une direction artistique cohérente, une bande-son signée d’un grand nom et une équipe ayant déjà réussi dans ce type de production. Cependant, difficile de ne pas avoir l’impression que le jeu se repose plus sur la réputation de ses auteurs et les inspirations dans lesquelles il puise plutôt que pour son apport au genre. Même sa proposition radicale jugée ici comme une qualité risque de faire défaut à de nombreux joueurs. Un titre à réserver pour l’instant aux fans d’expérience rétro, et un jeu que l’on peut rêver de voir un jour sortir sur un véritable support arcade, là où il aurait toute sa place pour briller.

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Battle Axe

Genre : Action/Beat them up

Éditeur : Numskull Games

Développeur : Henk Nieborg / Mike Tucker (Bitmap Bureau)

Date de sortie : 23 Avril 2021

Prévu sur :

Xbox Series X, Xbox One, Playstation 4, PC Windows, Switch

1 reactions

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alaindc

30 avr 2021 @ 16:35

J’y ai joué, et je ne savais même pas pour le dash. J’utilisais l’attaque à distance, ou au corps à corps, et rarement les objets.

Le dash doit aider, pour ne pas perdre notre vie trop vite, car je ne me rendais pas très loin, la moindre erreur étant punie assez rapidement ( tu perds 4 points de vie et t’es mort). Je trouve parfois frustrant de ne pouvoir tirer qu’en 8 directions, et ça me fais parfois perdre de la vie pour rien, quand l’ennemis est juste entre les deux directions. La difficulté facile...n’a rien de facile pour moi. Une mécanique rogue-like, pour améliorer un peu les personnages, m’aurait permis de progresser.

Probablement que je ne verrai pas la fin de ce jeux, trop répétitif, avec aucun bonus à débloquer. Et, en étant un hack’n’slash, je pensais qu’il aurait du « loot », de l’équipement pour améliorer les persos, mais non. Tu peux acheter certains boosts pendant ta partie, mais ils disparaissent avec ta mort.

Si je m’étais un peu mieux informé, avec d’acheter ce jeux, j’aurais attendu, car, à $39 cad, il est trop cher.