Émulateur Xbox : les raisons d’un échec

«Par Toutat’X ! » le 4 novembre @ 11:002018-11-03T13:09:15+01:00" - 2 réaction(s)

NES, SNES, Megadrive, Game Boy, Playstation…on peut dire qu’à peu près toutes les consoles de la Création sont passées à la casseroles de l’émulation. Elle rend les éditeurs et les développeurs fous - et à raison. Le pire, c’est qu’elle ne cesse d’enfler au fur et à mesure que les besoins en jeux “rétros” augmentent au point même de se rendre indispensable voire incontournable. Posez-vous un instant et pensez à un jeu. Peu importe le titre que vous avez en tête. Il a déjà été émulé ! Aujourd’hui, on la dit illégale. Demain, on dira qu’elle est un mal nécessaire. Après-demain, on la considérera comme le seul moyen viable de conservation du patrimoine vidéoludique. Pourtant, il y a bien une plateforme qui résiste encore et toujours à l’émulation : la Xbox. On parle bien sûr de la toute première console de Microsoft. La succession d’échecs concernant l’émulation de son hardware fait figure d’exception dans le monde du jeu vidéo. On va tâcher d’en comprendre les raisons.

La console des CSP plus

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Faut-il le rappeler ? La Xbox est sortie en nos belles contrées européennes le 14 Mars 2002 soit à peu près un an et demi après la PS2 et un mois et demi avant la Gamecube. Maintenant que le contexte a été placé, il faut rappeler le background et surtout l’image des trois marques (on ignorera Sega dont la Dreamcast n’a pas rencontré le succès escompté même si son influence a été/est particulièrement importante et ce, encore aujourd’hui). Nintendo étant traditionnellement la marque des plus jeunes, Sony étant, eux, sur le créneau plutôt des adolescents voire post-ados, il ne reste pas grand-chose pour Microsoft à part les joueurs plus âgés (25/35 ans). Il faut également se souvenir du prix de lancement de la console : 479,99 €. Difficile donc de séduire les bourses les plus modestes. On voit donc se profiler un type de joueur ayant un certain pouvoir d’achat. Puis, Xbox ne s’est pas fait connaître avec Mario ou Crash Bandicoot. C’est Halo qui est la vitrine historique de la marque. On parle d’un FPS d’abord développé pour Mac qui sera finalement développé sur PC à la demande de Microsoft et d’ailleurs au grand dam de Bungie. Le jeu sera finalement porté sur Xbox en mettant en avant son aspect multijoueur, pour devenir ensuite avec Halo 2 le porte étendard du lancement du Xbox Live, LA plateforme de jeu en ligne dédiée à la console ; une grande première pour l’époque. Voilà donc un autre point : la Xbox amène Internet jusque dans notre salon. Encore une autre raison pour laquelle la marque au X n’a pas parlé aux jeunes de l’époque. Difficile pour des parents de laisser leur gamin jouer en ligne quand la plupart des foyers n’étaient pas encore équipés avec l’ADSL. Puis, une autre raison évidente qui peut expliquer le côté un peu confidentiel de la console : sa ludothèque plutôt mature. Tout du moins, c’est l’image qu’elle renvoyait à l’époque. La Xbox a aussi dû trouver sa place dans une France largement playstationnisée. Aucun de mes camarades de classe ne parlait de la Xbox, par exemple. Tout le monde avait une PS2 ou une Gamecube, à la limite. Connaître la marque Xbox voire carrément posséder la console faisait figure d’exception. Pour être en contact avec la console de Microsoft, il fallait donc être au moins un minimum curieux et informé. Chose que les gamins ne font que rarement car directement dépendant des décisions de leurs parents ainsi que de leur porte-monnaie.

Le prix, les capacités multijoueur en ligne de la console ainsi que la relative invisibilité de la marque Xbox dans l’Hexagone viennent créer une nouvelle communauté de joueurs. Une communauté principalement composée d’actifs ayant un certain goût pour les nouvelles technologies et tout ce qu’elles peuvent apporter. Son hardware PC attire ces joueurs qui veulent jouer aux même jeux que sur leur bécane mais sur leur télé. Très vite, la console est crackée et permet l’installation de plusieurs émulateurs. Certains même n’achètent la console que pour ses capacités en terme d’émulation et ce, jusqu’à aujourd’hui.

On le voit bien, le public Xbox est à l’origine d’un profil particulier aux critères assez élevés : accès au haut débit, un pouvoir d’achat permettant l’achat de la console et l’abonnement au Live, une certaine connaissance ou intérêt pour le monde vidéoludique. Ces joueurs n’ont pour la plupart pas grandi avec cette marque et ont peut-être même arrêté de jouer aux jeux vidéo depuis. On ne peut pas non plus dire que la mort de Sega est venue rajeunir le public cible d’Xbox malgré l’apport en nouvelles licences. Car, ces mêmes licences ont été distribuées sur à peu près tous les autres supports. La résistance de la première Xbox face à l’émulation peut donc être en partie expliquée par la démographie, par les profils des joueurs Xbox eux-mêmes.

Un manque de recherche

Une autre raison notable à la quasi absence d’émulation Xbox sur PC et autres consoles vient directement de son hardware en partie propriétaire. En effet, quand bien même vous arriveriez à émuler le software d’un jeu, si vous ne parvenez pas à émuler le reste - le hardware donc - il vous sera impossible d’imiter le comportement de la console d’origine sur votre bécane et par conséquent de jouer.

Ajoutez à cela le manque de recherche directement impacté par le profil des joueurs Xbox de l’époque, vous obtenez une scène émulation Xbox au mieux qui tourne en rond, au pire qui est au point mort.

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Enfin, cela n’a pas empêché quelques tentatives d’émulateurs de voir le jour. 25 auraient été créés à ce jour. Seulement 4 ou 5 auraient véritablement fait des progrès et seraient encore actifs. C’est le cas notamment de CXBX-Reloaded, la nouvelle version de CXBX, émulateur autrefois abandonné par ses créateurs. Ce dernier était capable de faire tourner seulement 5 jeux complets. On retiendra aussi le très prometteur Xeon qui a, pendant un certain temps, donné de l’espoir à la communauté Xbox en faisant tourner Halo Combat Evolved - certes, dans un état lamentable - mais, pour la première fois, l’émulation Xbox semblait enfin être sur de bons rails. Des rumeurs parlent de rivalité voire de vol de technologie entre l’équipe de CXBX et celle de Xeon. Des rumeurs qui auraient découragé l’initiateur de ce dernier de poursuivre ses recherches.

On ne peut pas vraiment dire que la Xbox ait jamais pu être émulée tant la qualité des titres soi-disant jouables était mauvaise sur émulateur. Si elle a pu donner quelques signes de vie durant les années 2000, l’émulation Xbox semble aujourd’hui complètement au point mort, assurément tuée dans l’oeuf par l’initiative de Microsoft de rendre sa One rétrocompatible avec les jeux Xbox. Malgré le nombre limité de titres disponibles sur le store, Microsoft propose aujourd’hui l’expérience optimale permettant de profiter de ces jeux que l’on pensait oubliés. Pour le reste, eh bien, il reste une solution radicale mais qui fonctionne à coup sûr : acheter une Xbox. D’ailleurs, le manque de jeux Xbox sur One ne serait-il pas directement lié à ce problème de hardware propriétaire ? Rien n’est moins sûr.

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Halo CE sur Xeon : entièrement jouable mais sans une partie des textures…
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Date de sortie : 22/11/2013
Date de sortie Xbox One sans Kinect : 09/06/2014
Date de sortie Xbox One S 2To : 2/08/2016
Date de sortie Xbox One S 500Go/1To : 23/08/2016

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2 reactions

eykxas

04 nov 2018 @ 16:56

Le hardware de la Xbox n’est pas si propriétaire que ça.

on est a la base sur du Pentium III et une carte graphique nvidia basé sur le GPU NV2A (dérivée du nv20 des GeForce 3).

selon moi, le plus gros problème de la Xbox est software. En particulier sur la gestion de la mémoire. 64 Mo de mémoire unifiée entre CPU et GPU. C’est la première fois que ce type de mémoire est utilisé et avec du matos qui a la base n’est pas du tout prévu pour ce type de fonctionnement.

L’autre chose importante c’est le système d’exploitation. Dans les consoles Sony et Nintendo de l’époque, on peut presque dire qu’elles sont « Systemless ». On a juste un équivalent d’un « bios » qui est chargé au démarrage et c’est tout. Ensuite c’est le jeu qui prend la main directement sur le hardware via les API mis à disposition des devs.

pour la Xbox, il y a un vrai OS, qui va masquer la plupart des opérations de bas niveau et qui empêche de comprendre comment est programmé le hardware.

la rétro ingénierie est très compliqué dans un cas comme ça. Les développeurs d’émulateur sont obligés d’y aller « à tâtons ».

Koubiwan

05 nov 2018 @ 08:27

Intéressant. Merci !